Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°6- Avril 2008- Jean-Louis Guitard-

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 1 Mars 2008, 00:01am

Catégories : #poèmes

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CELUI DU COIN
 
 
 
 
Le type
du coin
vient
du coin…
Le type
du coin
vient
de loin…
Le type
du coin
vient
de loin
puisqu’il vient
du coin…
Il vient
de loin
pour moi
qui ne suis pas
du coin
mais
qui suis
d’ailleurs…
Pour lui
c’est moi
qui vient
de loin,
moi,
qui suis
d’un autre coin…
Nous sommes
deux types
qui viennent de loin…
qui viennent d’autres coins…
Nous sommes
deux types
de coins…
deux types
de loin…
Nous sommes
deux coins…
Nous sommes
deux loins…
Nous sommes
deux étrangers
qui s’étrangent
de coin
à coin,
de loin
à loin…
Il m’inconnut.
Je l’inconnus.
Il est du coin
quand je suis d’ailleurs
comme
il sera d’ailleurs
quand je serai
du coin…
Chacun
son coin,
son loin
et son ailleurs
jusqu’à la fin…
D’ailleurs,
et à jamais,
le type
de loin
vient
du coin…
 
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COINS DE RUES
 
 
 
 
Au coin
de la rue des Cigognes
et de la rue des Prés,
au Havre,
on a trouvé
le cadavre
d’une femme
étranglée…
Et alors ?
Rien d’extraordinaire.
C’est chaque jour
qu’on découvre
des cadavres
aux coins des rues.
Avez-vous
déjà vu
autre chose
que des cadavres
aux coins des rues ?
Ah !…
Moi non plus.
Les cadavres
s’amoncellent,
s’accumoncellent,
s’arc-boutemoncellent,
s’envermificellent
à tous les croisements
depuis
la nuit
des temps.
Ca
n’empêche pas
les temps
de continuer
à s’écouler
depuis
leur nuit.
Les cadavres
on s’en fout,
c’est tout.…
Les coins
aussi…
Il y en aura d’autres,
la fin
n’est pas
pour demain.
Les rues se croisent…
se croisent…
se croisent
d’ici
à l’infini…
et au Havre,
au coin
de la rue des Cigognes
et de la rue de Prés,
on a trouvé
le cadavre
d’une femme
étranglée.
Voilà.
On l’enjambe,
on passe
à côté,
on le passe
à l’as
et la vie
poursuit
sa vie…
 
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CHAMP DE MARS
 
 
 
Il bruine…
Des gouttes fines…
fines…
fines…
envahissantes…
pénétrantes…
Un crachin…
qui s’insinue,
gagne,
s’empare
de Paris
à la nuit
tombante.
Au coeur du Champ de Mars
la Tour Eiffel,
soudainement,
se reflète dans l’herbe
mouillée
comme un échelle
en gerbe
dans un baquet
débordant d’eau savonneuse,
de nénuphars spongieux
et de grenouilles adipeuses.
La bruine s’épaissit.
Au restaurant du premier étage
nagent
à l’envers,
dans les reflets en dentelle
de la Tour Eiffel,
les cuisiniers,
les maîtres d’hôtel,
les épiciers,
les héritières,
les fonctionnaires,
les condottiere
et les pommes de terre
aux cerises
qu’on leur a servies
en guise
d’apéritif.
A cheval
sur les gouttes de la bruine
qui,
maintenant,
brusquement,
se transforme en cataracte
de pluie compacte,
les rues,
les avenues
grouillantes,
les voies ferrées
luisantes,
glissantes,
trempées,
rail
après rail,
montent à l’assaut de la Tour Eiffel…
Les trains,
les métros,
tous les véhicules
à ressorts,
à pneus
et à roues
écrasent la dentelle des reflets,
engloutissent
les avaleurs de cailles aux raisin,
les serveurs de vin,
les tapis,
les vaisselles,
les ascenseurs,
les tentures synthétiques,
les soleils électriques,
les circuits électroniques,
en hurlant des tangos argentins
et en se photographiant
dans des poses lubriques
et obscènes…
la pluie
convulsive,
oblique,
se transforme en orage…
les éclairs éventrent le ciel…
la foudre gifle
l’un
après l’autre
les millions
de vis,
de poutres,
de boulons
de la tour
qui vacille,
bascule
et fond,
mais surnage
par endroits,
en vomissant son dessert dans les nuages
qui enflent
et roulent
entre les creux béants de la Seine…
les ponts éclatent…
le Trocadéro s’effondre…
Notre-Dame se dissout…
Montmartre se suicide…
sur des barriques
en fonte
et en fer
les archanges de Lucifer
jouent du gourdin,
du cancer
et du désespoir…
la nuit est noire…
noire…
noire…
l’orage s’exalte en cyclone…
les tombes s’entrouvrent…
les vagues des mers,
des océans,
énormes,
immenses,
explosent
dans le déferlement des raz de marées…
dans les bouillonnements de lave des volcans…
et la tache
claire,
transparente,
ondulante
de l’amour,
tourne
autour des restes de la tour
et du monde
en jouant de l’accordéon
au dessus…
loin au dessus…
du nombre
insaisissable,
incalculable
des mourants,
des morts
et des décombres…
 
JEAN-LOUIS GUITARD
 
 
Enfance et adolescence à Antibes. Commence très tôt à dessiner.
 Monte à Paris au début des années 60.
 Dessine sans cesse, étudie toutes les approches possibles des sujets les plus opposés par le biais des   différentes techniques du crayon, de la plume, de la mine de plomb.
 Adopte l’encre de Chine, pointe (Rotring), plume et pinceau, à partir de 1976.
 Expositions personnelles et de groupe se succèdent dès 1977 en France et à l’étranger.
 En 1984, première exposition personnelle à Paris, à la Galerie Visconti. Dès lors, cette galerie lui consacrera une exposition chaque année jusqu’au décès de son propriétaire.
 Depuis 2001 c’est la galerie La Hune-Brenner qui, à Paris, présente ses nouvelles oeuvres… A laquelle s’ajoutent diverses galeries en France et à l’étranger.
   Aujourd’hui les oeuvres de Jean-Louis Guitard, considéré comme l’un des plus grands créateurs du dessin actuel, figurent dans de nombreuses collections privées non seulement dans l’hexagone, mais aussi aux Etats-Unis, en Italie, en Espagne, en Angleterre, en Belgique, au Brésil, en Suisse, au Canada, en Allemagne, en Australie, à Taïwan et au Japon.

   Parallèlement, Jean-Louis Guitard a écrit et composé plus de 900 chansons… Il continue d’écrire, de composer, et donne régulièrement des récitals dans lesquels il est seul en scène durant 1h30.
  De plus, dans le domaine de l’écriture, il compte à ce jour une trentaine de pièces de théâtre ainsi que des nouvelles et de très nombreux textes poétiques. Toute son expression repose sur les drames quotidiens présentés à travers une sorte d’éclat de rire constant fait de détachement et de dérision.


 
 
 
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