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Samedi 11 décembre
 
11 est le chiffre de l’incomplétude à jamais fertile
du manque parfait
(c’est pourtant le nombre des apôtres
moins un plus un qui fait dix
la déficience c’est ça heureux les pauvres d’esprit
car on leur en donnera et ceux qui auront eu en recevront encore
et ceux qui n’ont pas eu on leur en prendra
(donc ces derniers auront de moins en moins de ce qu’ils n’ont pas
ergo seront de plus en plus riches de ce qu’ils ont
alors que les premiers n’ont aucune chance de voir diminuer leur manque
car on ne leur en prend jamais rien
(et c’est comme cela que les derniers seront les premiers)
maintenant, pourquoi est-ce une porte de naissance et de mort, mon cher 11 ?
(pourtant si tous dans ma lignée sont sortis le 11 au point que
cela a même contaminé par alliance, ce n’est que moi
qui suis entrée le 11 et encore à la 24ème heure du jour du 12ème mois de l’année
alors ça rime à quoi de naître le 11 décembre vers minuit
naître est nêtre et naître à perpétuité
dans une boucle fermée (le mouvement perpétuel dans le fini
c’est ça le temps et l’univers est bien clos bien qu’inépuisable
à l’intérieur
(et là oui là où se touchent dans l’irréel le clos et l’infini
c’est là que naît et meurt l’univers
(est-ce une question à poser de savoir / de penser si / que
ce cycle apparent a un commencement et une fin ?
la question n’a évidemment pas de sens car c’est pas un cycle
c’est pas un quoi c’est pas que c’est pas
(là où néant rose une fleur sculptée dans son parfum
un nid couvé par l’œuf d’un coq nocturne et à demain
dit la poule retournant sa veste quand sort de son chapeau
non non pas un lapin mais éternellement et à jamais frais
le pain de ce jour
 
Dimanche à la manne
 
Ce mot-ci je suis allée confesser
bruit de vagues océan céleste
dans mon sang infesté de manne
non bue
ô quelle énorme soif de toi ineffable
sans goût sans odeur sans mot
dire
de ce qui n’a pu se passer
eh oui j’suis allée consulter
la psychanalyse nous écoute renversés
catoptrique anamnèse
j’suis une bouteille Klein à la mer
 
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Mardi aux échos
 
Le temps toujours et encore le maître
des sujets car ses sujets assujettis au vent
sommes-nous êtes-vous sont-ils sont-elles
si frêles si belles les Elles carmelles
(arrêtons-là veux-tu ces facilities management
externalisation de nos impuissances à gérer
nos quotidiennes de chiennes de vies alors oui
vous dis-je les chinois viendront
nous noyer dans leurs chinoiseries
car on ne chine pas dans la même eau
et les flots couleront sans répit
(et quoi encore          l’obélisque de Luxor
appel                    réponse
écho                     déco
des plis de mon corps sort le sort au tort du rebord mort
et des plis de mon âme une dame entame la trame du drame
que nous chantons
avec José Van Dam
                  (vds microsillon dédicacé 60 €)
 
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Vendredi de veille de Noël
 
Noël avide de grâce tendant les bras
des langues de cendres
luminescentes
nous tirant de nos retranchements
nous extrayant par le haut
(c’est qu’en fait on nous renverse
les racines poussent de la tête
nos langues de terre lèchent la terre
bien pendues / mal pendues
(la pendule pend au pédoncule
(alors la graine éclot de partout
et une lumière-or dissout la trame du temps
telle un tissu de bandelettes de momie
quand on ouvre brusquement le sarcophage
c’est la jonction du début et de la fin qui se croisent
sans se toucher
mon amour éternel soleil et lune espace pétrifié
 
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Samedi de Noël
 
Des neiges d’antan me vient une chanson je souhaiterais entrer dans son tunnel
de son
un souvenir est une lunette renversée
cela te regarde agrandi alors que tu rapetisses à l’autre bout
nous sortions par la fenêtre à travers la neige c’était en ’54
et mon frère venait de naître
souvenir à peine inventé par recoupes simultanées
nous sommes tous les palimpsestes les uns des autres
et le regard qui nous regarde est ailleurs
tableaux dans une exposition avec le compositeur absent
 
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Ne sachant pas je quête
ne trouvant pas je pleure
me retournant je meurs
haletant comme une bête
 
j’expérimente quoi
 
tant de siècles passés en un clin d’œil
oui je vois je vois le bébé que j’étais
sur les bords du Nil et toutes les catastrophes
qui engloutirent mes villes successives
et mes bibliothèques
mes mille et une nuit de vies
alors pourquoi garder une stricte chronologie
quand le temps lui-même s’en moque
quelques jours, quelques semaines sucrés –
oui, mais si je ne remplis pas toutes
les cases l’exercice sera faussé
la boule sera vide
tout ou rien omnia vel nihil
(mais ‘tout’ garantit ‘rien’ et vice-versa
(ce qui veut également dire que ‘tout’ ne garantit rien
et que rien ne garantit ‘tout’
(ce qui revient à dire aussi que tout ne garantit pas ‘rien’
et que ‘rien’ ne garantit pas tout
(mais aussi que ‘tout’ ne garantit pas ‘rien’ et que
‘rien’ ne garantit pas ‘tout’
(eh oui les signes universaux
avec ou sans négation sont interchangeables
(l’égalité des chances de l’être et du néant
dans la virtualité du big-bang et du big-crunch car qui fut au commencement
(mais si égalité égale identité alors égalité égale différence aussi
car plus d’un
(à partir de deux on ne peut que supprimer
(big-crunch fantasme identitaire du big-bang
(quelle différence entre une poule ? a un pied plus égal…
(ainsi pépin le bref monopode rêve de multipode
qui rêve de monopode qui…
 
 
Extraits de « Exercices de résurrection »
Groupage de poèmes « Lucy »
 
 
 
DANA SHISHMANIAN
 
Née en Roumanie, diplômée en philologie de l'Université de Bucarest avec une thèse de maîtrise spécialisée en littérature comparée, Dana (Popescu) Shishmanian a travaillé sur la littérature roumaine ancienne, ce qui l'a amenée à l'étude des hérésies dualistes médiévales, mais aussi de la Gnose, des chronographes byzantins, et de la patristique orientale et occidentale.
Suite à des persécutions politiques dues à l'engagement pour les droits de l'homme, elle quitta définitivement la Roumanie en janvier 1983 avec son mari, l'écrivain et historien des religions Ara Alexandre Shishmanian. A Paris elle fit des études de copte, égyptien hiéroglyphique, paléographie médiévale, et entama des recherches linguistiques et historiques. Elle est co-éditrice, avec son mari, du volume collectif Ascension et hypostases initiatiques de l'âme. Mystique et eschatologie à travers les traditions religieuses, dédié à la mémoire de I. P. Couliano, représentant les Actes du colloque d'histoire des religions "Psychanodia", organisé à Paris sous l'égide de l'INALCO en 1993. Depuis 1990 elle poursuit également une carrière d'ingénieur informaticien et s'est spécialisée en architectures des systèmes d'information, notamment en conception, analyse sémantique, et gestion des données référentielles dans un contexte ERP ou DWH, plus particulièrement autour des technologies Oracle.
L'écriture et en particulier la poésie l'ont accompagnée avec intermittence au travers des expériences de la vie. Le groupage ci-dessous, intitulé Lucy, fait partie du premier volume écrit en français, Exercices de résurrection, inédit. Un deuxième volume est en cours de développement.
 
 
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Je vis de l’air du temps, d’un souffle à la pointe des ombelles ; ailes et rosée. Du sang frisquet au réveil, d’une main attardée sur ma nuque. 
 Je vis bien, je sais mal ; je vais à coup sûr dans le jour titubant. Ivre, je chancelle.
 Un appel me hisse malgré moi. Les mots prennent corps dans la voix, sous les doigts, s’affolent, apeurés, puis s’affranchissent. 
 Respirer au plus près de toi.
 
 
COLETTE NYS-MAZURE
 
Colette Nys-Mazure se présente : « Longtemps professeur de lettres, j'anime des chantiers de lecture et d'écriture.
Poète - Singulières et plurielles (Desclée de Brouwer), La criée d'aube (L'arbre à paroles), Le for intérieur Prix Max-Pol Fouchet et Seuils de Loire (Le Dé bleu), Trois suites sans gravité (Rougerie), Feux dans la nuit (Labor) -, nouvelliste - Contes d'espérance(Desclée de Brouwer), Sans y toucher (Labor) Tu n’es pas seul (Albin Michel) -, j’ai publié aussi des essais : Célébration du quotidien, Secrète présence et La Liberté de l’amour, L’âge de vivre (Desclée de Brouwer), Célébration de la mère et La chair du poème (Albin Michel), L’Enfant neuf(Bayard)Célébration de la lecture(Luc Pire), du théâtre Dix minutes pour écrire (Lansman), des livres pour la jeunesse Enfance portative (Esperluète).
J’aime travailler en correspondances avec des peintres (Roger Dudant, Alain Winance, Bern Wéry. Christian Rolet.), sculpteurs (Gigi Warny), musiciens (CD Cordon Nord-Sud), graveurs (Ingrid Dubois, Manuela Pamelin)
Je collabore à différents journaux et revues ; je partage mon enthousiasme pour la littérature de Belgique avec des lecteurs et auditeurs des Etats-Unis, d’Italie, de Suède et d'ailleurs. ».
 
 
 
 
                                      
           
 
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Tag(s) : #poèmes

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