Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS n°1-Novembre 2007-Gilles Bizien-Fabienne Alliot

Publié par LE CAPITAL DES MOTS ( revue de poésie) sur 10 Novembre 2007, 00:00am

Catégories : #poèmes

1.
 
Oiseau métal, machine du ciel - souffle - envol au cœur comme main sur le front. Promesse source, transversale, ascension vers la peau, vers les lèvres.
Lié aux vagues, aux tourbillons évanescents. Route, route de nuages, boyaux invisibles sur l’espace. Tôt ou proche, cacher, enfouir l’arc-en-chair dans l’égout du firmament.
 
 
 
 
2.
 
- étincellement - vitesse, sortir de l’image et des canaux par les larges fjords de la sensibilité, toucher les pinces métalliques du futur. Temps éviscéré, fouillé, bâti, pour un baume de ciel, un mutisme confortable, pour que grille la torche des yeux. Incision, ce qui reste en nous ou fuit entre les feuilles des doigts. Tombe de jade, nudité cristalline, nuit à peine contemplée, aimée, nuit contemporaine.
 
 
 
3.
 
Trouée - d’inépuisable - raviver la flamme, faire fondre le sable feuille sous le fleurissement du pas. Temps mort, arrêt, installé dans l’ombre comme dans un trop pur ruisseau. Route des eaux, éteinte, adoucie sous les cendres, les neiges orangées. Route des eaux, jaguars rivaux de l’urgence.
Monde qui se souvient du monde, avance, dépèce, trahit le partage entre le figement et l’éclat. Dépaysement, fragilité, sur la roue tremblante des pupilles. Falaise fermée du torse, incision, labours jusqu’aux nerfs, jusqu’aux os. Braise du cœur, glaçon de radium sur la paume, rayonnement, lumière alimentée par peu, par rien. Jungle chair, traverser l’opacité, vers le sommet, vers l’organe du haut.
Il faut bercer la chair sous des houles sauvages, nourrir le ciel et l’horizon, remplir le grenier des soupirs aux commissures des lèvres. En perdre le moins possible, ne rien perdre, réchauffer l’éphémère dans le brasero usé du pavot, il faut se souvenir de soi, des naissances qui précèdent le soleil, des naissances de l’hiver et ses graines bleues       provisoires.
 
 
 
 
4.
 
Le verdoiement est sous la terre, l’horizon est une tige de cuivre que toutes les errances courbent. Comme la mer témoigne de l’éternité du sable, la main est une empreinte invisible sur le vent, une collision muette         abrégée.
 
 
5.
 
Hiver sans pli, ciel cristal, dans la mer du dessus le gris est en miettes. Le gris paralyse l’ombre, parle avec franchise tout en frissonnant.
L’aube est visage, parcourue, des passages invisibles s’y ramassent. La chair que l’on respire est vierge et lointaine, primordiale.
Rien ne change, tout tourne sans fin sur la roue sanguine inscrite dans le dénuement. Voisin des cieux comme des gouffres, voisin des bidonvilles comme des palais, intime du mirage. Logé au travers du ronronnement industriel de la profondeur.
Après la nuit, pluies translucides, ruisseau autant qu’aurore, boréal du ruissellement.
 
 
 
 
 
6.
 
 
Mains safranées
de la poésie
regard
          presque le monde
 
sueur
        sang
mince mélancolie des astres
 
est-ce possible
( le cœur comme une jade bleue )
                    de vivre sans révolte
 
sans le savoir sensible du sable.
 
 
 
 
 
 
 
7.
 
Rocs bleus
comme des miroirs
pour la blondeur ouverte
 
une mesure
de sable
- hologramme de la patience -
 
joie assouvie
lande et mer
en une seule parole
 
dire
avec les mains et le sel
le pouvoir du baiser
l’étincellement
                     tourné au large de l’éclat.
 
 
 
8.
 
Petitesse
insignifiance
ma taille est celle d’un grain
 
d’une perle
à l’extrémité du firmament
 
front intouché
                     sans brume
sans neige ou particule bleue
 
                    °
 
assures-tu encore mes pas
corde d’or
filin d’amour
 
fleur froide.
 
 
 
9.
 
Est-ce parole
infinités            filaments d’ivoire
parallèles à la source
 
tu pirogues
sur le chapiteau ciel
à contresens
des visages et des fleuves
 
au revers de la rive
second corps
- le tien -
soufflé
au méridien de verre.
 
 
 
 
GILLES BIZIEN
 
 
Gilles Bizien est né le 27 octobre 1970 à Harfleur (76). Il écrit et peint depuis son plus jeune âge. La création prend une grande part dans sa vie mais il aime aussi la mer, sentir le sable humide sous ses pieds, deviner des étoiles derrière l’horizon, voyager par les êtres, échanger, contempler les mondes passés, présents et à venir.
Il a publié dans de nombreuses revues: Décharge, Mortibus, Comme en Poésie, Poésie Première, Géante Rouge...
 
Son blog:
 
http://gilles.bizien.over-blog.com/
 
 
 
 
 
 
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                                    Le train
 
 
Les plaintes d’une mère
Aux tonalités de consolation
Trahissent les refrains du train
 
Les regards des passagers
Brisent leur silence
Fragments de sentiments
 
Entendent-ils le râle du train ?
Sonorité à la traverse de la vie
Destination aux multiples arrêts
 
Les caresses de la main
Sur son enfant immobile
Cherchent du sens
 
Vont-ils rester en rade sur le quai ?
 
 
 
 
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                                   L’ombre
 
 
Tambour gronde, trompette sonne
L’ombre réanimée surgit du banc
Pulsations rythmées
                             aux battements du tambour
Respiration unie
                             au souffle de la trompette
 
Elle dévoile dans l’espace étriqué
 
                             les arabesques de son corps
 
Tourbillon de délire qui s’imagine revivre
Ses yeux pénètrent des regards sans reflet
Dans la foule figée aux visages ternes
 
L’élan du métro ferme le rideau
Avale les musiciens et les autres
Le spectacle est terminé
 
                             Sur le quai, un homme oublié
                             
 
                                         
 
 
           
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                                    L’intrus
 
 
 
Corps désarticulé
Mains abandonnées
Regard blessé
 
La rue est aveugle
Il crache sa révolte
De mots asphyxiants
 
Les lâches apeurés
Pressent le pas
L’enfant tiré par la main
                          S’interroge
 
 
 
 
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                 Face
 
 
Face au mur
L’ombre trace les mots
Qui s’éteignent
Dans la lumière en fuite
 
Face à l’amour inconnu
L’ombre trace la solitude
Qui s’endort
Dans l’amertume
 
Face à l’exclu
L’ombre trace la déchirure
Qui gémit
Dans la blessure
 
Face à tant de mépris
L’ombre pousse son cri
 
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          Sortir de la page
 
 
 
L’abandon entre les griffes
Du livre des maux
       Sortir de la page
       Prendre son envol
       Dans celle du ciel
Que ses orages lavent les plaies
Que ses nuits les pansent
Que ses jours les libèrent
S’ébattre dans les paysages
Enlacer tous les visages
Fusionner avec le vent
Dans sa douceur sa force ses parfums
Même dans ses tornades
S’évader au-dessus de la mer
Se soûler avec ses vagues
        Et renaître
        Sous le signe de la vie
        Au sang purifié
        Rouge d’énergie
 
       ------------------         
Le départ
 
 
Son cœur bat dans la douleur de ses pas
Elle s’efforce de garder leur présence
Ils sont là
Comme un vêtement chaud
Les couleurs aimées
L’odeur respirée
A chaque instant
 
Elle écoute les flots de paroles
Bientôt ils raisonneront dans le vide
Les au revoirs sont des coups
Les baisers qui se pressent
Qui s’empressent
 
Seule sur le palier
Ses yeux de larmes
Elle s’en retourne
Tête penchée sur sa main
La solitude traverse sa gorge
Elle titube et fuit
Dans les images de rêve
Qui apaisent
 
 
 
 
FABIENNE ALLIOT
 
 
Fabienne Alliot, membre d'Hélices à Nogent sur Marne et du " Chaînon poétique" à Champigny sur Marne. Participation aux revues "Le Chaînon poétique" , "Comme en poésie".Publiée dans l'anthologie "Poésie sur Marne" Hélices, collection "Poètes ensemble". http://helices.poesie.free.fr
 
 
 
 
 
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