Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - IOCASTA HUPPEN

Publié par Le Capital des Mots sur 15 Avril 2020, 08:13am

Catégories : #poèmes

Poèmes et Haïkus

 

 

 

 

 

Lettre au Printemps

 

 

Mon cher Printemps,

Je ne peux plus venir te voir pour l’instant,

Alors je t’écris

 

Je n’ai pas osé raconter dernièrement

Ma peine

À tes premières fleurs,

À leurs côtés

Je n’ai fait que sourire

 

Mon Printemps,

Je suis en quarantaine pour l’instant,

Ma famille, les voisins, le quartier, le pays

Ma Terre est en quarantaine,

Je pense que tu dois le deviner

 

J’ai relu mes anciens poèmes pour toi

Et toutes ces couleurs, ces nuances de vert,

Ces insectes et ces oiseaux

Ont envahi ma maison

 

Mon cher Printemps,

Tu me manques

Et en pensée je me réfugie

Auprès de toi,

Je pense que tu dois le deviner.

 

 

le 21 mars 2020


 

***

 

 

Jours après jours

 

 

Des journées

à l’identique

le soleil

le ciel magnifiquement bleu

la fraîcheur

le confinement

la quarantaine

la distanciation sociale

les déplacements réduits

l’interdiction de s’installer sur un banc

le soleil

le ciel magnifiquement bleu

l’air redevenu pur

nos journées

à l’identique.

 


 

***

 

 

L’heure du soleil

 

 

C’est l’heure du soleil

Au-dessus de l’érable,

L’heure d’une après-midi fraîche

D’avril 2020

 

Je reste là au soleil

Sur ma terrasse

À l’abri du virus,

À l’abri des autres,

Loin des regards et des sourires

 

Je ne bougerai donc pas

Terminant un verre de vin rouge,

C’est si bon de lire

La passion d’un Japonais*

Pour les Noces de Figaro,

Pour Mozart, « un homme des Lumières »

 

C’est l’heure du soleil

Au-dessus de l’érable

Et je me sens tellement bien.

 

 

 

 

* Akira Mizubayashi – Un amour de mille-ans, éditions Gallimard, 2017


 

***

 

 

Ce printemps

 

 

Ah, comme je me sens proche

Aujourd’hui

De chaque oiseau

De chaque pas que le ramier aligne

Sur la branche encore nue

 

Comme le printemps me parle

Aujourd’hui

Avec ses premières feuilles

Et son lierre qui luit et brille

Au soleil insistant

 

Ah, comme je me sens bien

Et pourtant

Les temps sont tourmentés et incertains

Car nous voilà obligés

De rester chez nous confinés

Avec le printemps

À nos fenêtres

 

Comme je serais heureuse

Le jour où je pourrai reprendre

Le chemin vers les arbres

Et me coucher dans l’herbe

Essayant de ne pas fermer les yeux

Sur le ciel d’une vie retrouvée.


 

***

 

Sans titre 

 

 

Donnez-moi

Un seul petit oiseau qui chante fort

Au moment où la terrasse

Est mon unique refuge

 

Donnez-moi

Un seul arbre en fleur

Par temps de quarantaine

 

Donnez-moi

Juste un carré de ciel bleu.

 

 

***

 

Concernée

 

Tous

sur ce même bateau

en ces temps de confinement

alors, lorsque pleure

le gosse des voisins,

moi, je me sens concernée

 

Je me sens concernée aussi

lorsque mon autre voisin

fait un BBQ

un dimanche ensoleillée

d’avril 22°C à Bruxelles

olfactivement parlant

je suis avec lui

 

Et lorsque mon voisin le plus proche

installe une tente dans son jardin

alors là, oui,

je me sens carrément concernée

surtout ces dernières nuits

lorsque la lune est magnifique

 

Tous

sur ce même bateau

je vous dis,

en ce temps de confinement.


 

***

 

Série de 7 haïkus : Quelques Nouvelles

 

 

Il chauffe bien

le petit soleil de printemps –

s’arrêter d’écrire

 

 

Jours de printemps –

des bulles de savon

amenées par le vent

 

 

Confinement mondial –

seulement deux traces d’avions

en plusieurs heures

 

 

Mars ensoleillé –

de la musique ne s’échappe

que d’une voiture

 

 

Jours de quarantaine –

j’imagine plein de pétales

au pied du magnolia

 

 

Des bus et des trams vides

passent régulièrement –

mars - avril 2020

 

 

Je reprends l’écriture –

le petit soleil de printemps

chauffe bien

 

Mars-Avril 2020

 

 


IOCASTA HUPPEN 

 

 

( Notice Mars  2019 )

 

 

Elle se présente : 

 

Iocasta Huppen est haïjin : 4 recueils de haïkus (dont le dernier paru en 2018 chez Bleu d'Encre Editions, intitulé "130 haïkus à entendre, sentir et goûter, une Mention honorable au Concours Prix Jocelyne Villeneuve, 2018 et quelques anthologies et publications dans des revues. Elle est également poète : un premier recueil paru en 2018 chez L’Harmattan, collection « Poésie(s) », intitulé Etats d’âme, Préface de Félix Boulé, quelques prix (dont le Prix de Créativité Naji Naaman en 2015 ; le Premier Accessit au 48e Concours Arts et Lettres de France en 2016 et 3e Prix au Concours Europoésie en 2017) ainsi que des anthologies et publications dans des revues, dont Cairns, LIBELLE et Bleu d’Encre. Iocasta Huppen est aussi l’initiatrice du Kukaï de Bruxelles qui réunit quatre fois par an des auteurs de haïkus.

Iocasta Huppen - DR

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