Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - ALINE RECOURA

Publié par Le Capital des Mots sur 26 Avril 2020, 14:41pm

Catégories : #poèmes

La lune perchée

 

La nuit tu marches
tu entends tes pas claqués
sonores comme talons
ils résonnent dans les tunnels

les pas
les élans
tu serres quand même ton corps

 

tu te récites des poèmes

tu cherches l’odeur qui te rappelle ta grand-mère

ce jour où un soir tu as ouvert la fenêtre de la cuisine

et pour la première fois tu as senti l’odeur de la nuit

tu te souviens de ta grand-mère car tu étais chez elle

au sixième étage

vue sur le square

où tu avais toujours l’impression de voir des formes bizarres

tu ne reconnaissais même plus le bac à sable

les arbres changeaient de couleur ils ressemblaient à des hommes

les bancs parlaient tout seuls

 

Mon corps devient rapide
un retour une pulsation battement oisillon
un froid à fuir transperce le pantalon
des bruits à apprivoiser

 

Je n’ai pas envie de rencontrer un vampire

ni la bête des villes

elle rôde et se promène avec une hotte pleine de mauvaises surprises

dompter le silence comme un fusil porté à l’épaule

 

Regards qui entendent loin
oreilles qui voient près

circulaire toujours
la vue dans le noir

des kilomètres de nuit
des visions
des films
des idées
des fumées blanches
brouillards
broussailles
boue invisible juste une sensation de glissement
vide personne

 

Arrivent des feux de route inquiétants
qui est au volant
peur d'un arrêt

les yeux de chats à l’affût

les oreilles montent la garde
elles réagissent plus vite que le hérisson

 

L’odeur de la pluie remonte

quand le frais et le chaud se mélangent

la lune t’envoie ses rayons

tu penses au sabre laser de ton fils

le corps lumineux

tu arrives chez toi

c’est ton thriller de minuit

 

 

 

 

***

 

Ma nature

 

Coincés entre route nationale et zone commerciale

les bus traversent les bus transportent

des paysages aux yeux station météo

vue sur les bouchons les fumées

sur auto-stoppeurs coincés avec pour seul phare

un château d’eau planté au loin

 

au fond de chacun les images de la nature
les mots du ciel de l'arbre et de la terre
des saisons flamboyantes ou blanches
des soleils ardents ou déclinants
de la mer inspiratrice de son sable

de ses vagues de son scintillement

de son humeur océane capricieuse soumise aux tempêtes
pour parler de soi au monde
de ses états d'âme mouvants

un grand fantasme ou un grand carnaval

le lieu de naissance
le lieu de vie
le lieu dans la peau que l'on n’a pas choisi
les premières années de nos pas
sur le bitume dans le béton armé
les premiers mots voitures pompiers bus police avion train
les premiers jeux au petit square
trois balançoires se battent en duel
un tourniquet tagué
au mieux une araignée
une petite maison transformée à ses heures

en local à joints barbecues beuveries quand les enfants sont rentrés
square au milieu des immeubles
square au revêtement anti-casse de bras
anti-dérapant de jeunesse
pleins d'enfants quelques parents sur un banc
tous les autres au stade
les mamans assises couvertures goûter autour des lignes de courses de la rampe
au bord du terrain de foot
près des paniers de baskets des crêpes dans leurs filets et des mots fleuves dans leur langue

 

Roller vélo squat sous la rampe des petits
quand des grands fument le narguilé
petits jouent avec les petits cailloux
les petits bouts de tickets de métro
les petits bouts de tabac petit tas de sable
sauts de capoeira et acrobaties

le bitume grosses croûtes au genou
gadins ça pique ça saigne
peau rappée collants troués
vitesse sortie de quartier
sortie de résidence sortie de stade
sans les parents qui regardent
ils sont là-haut dans l'appartement

jeux d'enfance pas cabanes dans les arbres
sonner aux portes du rez-de-chaussée
partir en courant
repérer les portes généreuses et vendre des petites poteries faites à l'appartement
avec le cadeau anniversaire du frère
seule activité qui l'éveille
dire qu'elles sont faites par des enfants aveugles les vendre pour une association
ils font semblant d'y croire
ils donnent petites pièces
partir à la boulangerie acheter les bonbons avec les sous
parfois vouloir voler un paquet au petit supermarché et penser que sortir à plat ventre c'est plus discret
se faire attraper
naïveté à faire rire

Trouver des caddies comme on voit
des hermines des chevaux des vaches
jouer avec dans les parkings
pousser courir foncer
voir la vie en grand dans son bruit de ferraille
et son air de no man's land
l'aimer dans ses barreaux et sa petite place rouge
celle qui ne laisse plus passer les jambes
packs d'eau de bière ont pris la place
caddie urbain au pied des tours
plus facile de porter les courses
quand on a pas de voiture
ça c'était quand ils étaient pas esclaves
attachés les uns aux autres en file indienne

Apprendre la campagne du silence
le bruit d'une chèvre sur un CD
le son d'une vague sur un CD
voir un cheval à la télé
apprendre à l'école
que le lait vient de la vache
et pas d'une brique

les briques le gris les papiers gras
les capsules de bière
les débris les tas d'objets cassés
télés crevées meubles aux portes défoncées
vieux sèche-linges éventrés moteur retiré après chirurgie de son propriétaire
étendoirs à linge désarticulés
poupées déchirées ficelles câbles
vieille poussette sans roues
tapis effilés ajourés
cages d'escaliers peau de léopard
odeurs de shit de riz de menthe
les quelques arbres juste pour l'ombre
pour se dire y'a un peu de vert quand même
et pour la couleur des stores aux rideaux déchirés

orange volants au vent

ma nature mon cœur qui bat

 

***

 

Tu y crois toi
aux bleus glacés au ciel givré
aux herbes cristallisées
aux espaces rapprochés aux temps différents
aux vieillesses simultanées
aux crustacés dans la roche
aux images de ma caboche
au fluor sur mes ongles

et si mon fils devenait plus vieux que moi
en quelques secondes il prend trente ans
quand pour moi seule une minute est passée

tu y crois
la terre est ronde
elle tourne
tu ne le sens pas
tu ne le vois
tu tournes juste en toi-même
où que tu ailles
une tête ronde
quel soleil pour toi
quelle distance entre
toi et la lune
entre moi et toi
quelle vitesse de la lumière quand il fait jour
quand il fait nuit

poète chimiste astro-physicien
autour des mots invisibles
révolution de ses planètes
à la vitesse de la lumière
son temps est très vite
ou très lent
il vieillit moins vite que
ses enfants

flocon sur son nez
il croise les directions
brûle d'émotions
il ne connaît plus
le zéro et la virgule

sa science est un jardin
des jardins
sous ses yeux
sa gorge cavale l'espace
sa cheminée laisse partir
une fumée
comme coiffe de mariée
qui court dans la rue en fuite
de son mariage
ou de magicienne trop magicienne
qu'on poursuit pour la faire taire
ou d'enfant déguisée
tellement bien avec sa voilette
qu'elle veut dormir avec

elle se voit de loin
du royaume des poussières

 

ALINE RECOURA 

 

Elle se présente : 

 

Éprise d'écriture et de littérature très tôt,  je poursuis un cursus littéraire puis m'oriente et deviens libraire. Éprise de liberté je deviens professeur des écoles tout en poursuivant ma passion pour la poésie.

En 2019 je participe à la création du collectif les Déméninges tout en poursuivant ma passion de l'écriture poétique. Nous préparons un spectacle.

Publication dans des anthologies : Slam, éditions Nathan, On dit cap et Ad vitam Eternam coordonnée par Romain Suerte édition SelaProd.

Contribution à la revue numérique Lichen

Hors-série numérique 6 de la revue Cabaret, 40 jours 40 vies

Aux éditions LTA, Les masques en boites d’œufs, les bouchons, les allumettes.

Aline Recoura - DR

Aline Recoura - DR

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