Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - RAPHAËL ROUXEVILLE

Publié par Le Capital des Mots sur 20 Janvier 2020, 21:22pm

Catégories : #poèmes, #photos

Les hauteurs de l’automne

 

C’est peur, c’est tellement resté

La peur collée à l’immobilité

Qu’on avait fini par aimer un peu

Enfilée près, la seconde peau

Comme un chien aime sa gale

 

Le scénario des fois s’agite encore

Dans un tourbillon fou de pure calamine

Ou bien dans la rêverie sans fin étagée

Rose et saure, d’un Hélène Delmaire

 

Mais tu es là

Et tu le retournes à chaque fois

Le scénario

 

Et tu m’emmènes

Ayant quitté la fête

Tu me renverses, tête en bas

Dans les hauteurs de l’automne

Ayant aimé la fête

 

Jamais ne fus aussi Chagall

 

La joie est à ce point de volatilité

Qu’on ne peut l’attraper

 

Et me voilà face aux nuages

Parlant comme un curé

 

*

 

En aéroglisseur

 

Là où être

Il y a toi, tes eaux

Et il y a où se tenir

C’est différent

Car ce n’est pas toi

Où se tenir

L'eau

Ce n’est pas vrai

 

Là où être

Se trouve à l’endroit précis

Entre ma main et ta surface d'eau

A cet endroit, frôlement

 

Au-dessus ce serait part de moi

Pourri de mort

Suinter la peur

Hors l'eau

 

Et c’est facile pour ça

Les églises froides et reconstruites

Le fléau

Les amulettes

Offrandes de blés et de galets

Bandelettes sacrées autour des tarses

Sacrées au fond du trou

 

Là où être

Ce n’est pas non plus le dessous de toi

L'eau

Partout se dissoudre pour s’absoudre

Sous le profond de l’eau du lac

 

Alors c’est ici seulement

Dans l’espace entre nos deux corps

Qu’il y a où se tenir

Dans l’épaisseur d’une feuille

En aéroglisseur, sur l'eau

A fond dans l’air
Et à fleur de vie

 

*

 

Bora Bora

Oui, c'est ça
Mieux sans doute qu'épinglés

Bora Bora
En langue corse
Couronne de tiaré

Deux frégates avancent
Flanc à flanc
Accostées
Et se soutiennent
Accolées
Vers le très bel inconnu

*

Le pigeon

J'ai l'intime conviction de ne plus en avoir

Oh ! que passe un pigeon au-dessus de ma fenêtre
Et puis c'est tout

Plus je raisonne
Prêchi-prêcha et cervelas
Et moins je résonne

C’est quoi ce poème alors
Sinon salmigondis centripète ?

Rien ne sonne
Tu l’auras fini quand ton boudin ?

J’ai la pupille intime, pupille conviction
De la lumière qui l'effleure
C’est tout

Et que passe un rat
Tout aussi bien
Au-dessus de ma fenêtre

*

Jour naïf

Un carré de lumière pratiqué dans le toit

Tout dans le jour qui vient promet d’être naïf
En dessous, c’est moi, à plat dans un rectangle de fin de nuit

 

C’est une peur, une peur du matin

Comme si dans le lit, le lit me regardait

Peut-être une vieille habitude

 

Le sommeil de tes cheveux n’y peut rien

 

Il n’est rien à craindre, vraiment, du carré de lumière

Que les battements de mon coeur

 

Tout sera parfait bonheur

Comme dans la grande maison de l’enfance

Avec ses matins, l’été
Ses odeurs de paille et de bêtes
Avec aussi le chant des tourterelles

 

Sous le carré de lumière
Je pose les deux pieds au sol, quittant ma nuit

Et le jour alors, avec toi, m’inonde de sa naïveté

 

RAPHAËL ROUXEVILLE 

Il se présente :


La poésie de Raphaël Rouxeville  a été publiée, depuis 2017, dans les revues Décharge, Le Capital des mots, Lichen, La Cause littéraire, Terre à ciel et Recours au poème.

Raphaël Rouxeville - DR

Raphaël Rouxeville - DR

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