Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - SÉBASTIEN ROBERT

Publié par Le Capital des Mots sur 13 Décembre 2019, 08:46am

Catégories : #prose poétique, #texte

 

Au voyageur, la Corse offre un spectacle neuf, si dépaysant qu'on ne peut établir de correspondances avec aucun autre territoire connu. Comme dans les livres d'images, sur les publicités ou les cartes, la mer découpe la côte avec une irritante perfection. Çà et là, quelques pins parasols viennent saluer l'eau bleue, prennent la pose pour le photographe. Étonnant paysage où l'humilité combat l'arrogance naturelle.

Lorsque l'on quitte les environs de Porto-Vecchio, le ciel se détache en de longues traînées claires, fuyant la pinède pour caresser l'immensité de la mer. La chaleur tombe alentour, immobilisant arbres et fleurs. En mai, ces dernières investissent quelques prairies : l'asphodèle y prolifère. C'est un spectacle de couleurs vives et de reflets satinés, quand le vent discret de la côte vient lécher l'herbe fine.

En allant vers Corte, au centre de l'île, dans les hauteurs, la Corse se fait plus pauvre et primitive : on a semé, à flanc de montagne, quelques maisons farouches entourées d'une roche rouge ou noire, esquivant le regard, préférant célébrer des sommets menaçants dont la ronde entoure dangereusement rivières et torrents. Pas de secours pour le pauvre égaré : il lui faudra souffrir le roc ou s'en retourner. Sombre, la montagne se coiffe de brumes ; lumineuse, le soleil vient pleuvoir sur la pierre, moussant une flore vaporeuse et drue.

À l'Île Rousse, l'horizon découvre une pointe posée sur la mer blanche : la Nature rase indique une eau parfaite, accueille un souffle léger. Descendre vers Calvi s'avère tout aussi éclatant, mais la route qui borde la Méditerranée jusqu'à Porto traverse une campagne encore changée : les nuances de vert sont innombrables et le maquis rehausse le ciel d'une lumière liturgique. L'exotisme est saisissant : il s'agit là d'un bucolique étonnant où le rouge, le rose, le jaune et les nuages communient dans l'étrange fraîcheur maritime. Les rares maisons de pierres viennent s'appuyer contre les fleurs ; la route, petite et cahoteuse, semble vouloir se lover dans des buissons d'émeraude. Peureuse et variée, on se demande comment la Corse étouffée de touristes peut souffrir l'obscurité de notre époque.

 

San Ciprianu, 9 mai 2018

 

SÉBASTIEN ROBERT

 

Il se présente : 

 

Sébastien Robert (Châteauroux, 1983) est professeur de lettres et diplômé de philosophie. Il dirige la revue de poésie Haies Vives et a publié dans Décharge, Littérales, Bleu d’encre ou POESIEDirecte. Ses ouvrages portent sur La philosophie de Louis Lavelle : liberté et participation (L’Harmattan, 2007), Montherlant (Pardès, 2016) et Sartre (à paraître en 2020). Très attaché à l’Indre, marqué par les paysages du Boischaut et de la vallée de la Creuse,  il est l’auteur de deux recueils poétiques, Epiphanies (Le Petit pois, 2014), Le Monde diaphane (Alcyone, 2018). Il a reçu le prix Rollinat en 2016.

 

Sébastien Robert - DR

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