Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - MARIE-ANNE BRUCH

Publié par Le Capital des Mots sur 17 Décembre 2019, 11:10am

Catégories : #poèmes, #prose poétique, #texte

Le calme avant l'aube

 

L'arbre frissonne dans la nuit ;

L'éclairage urbain défie la lune de lui survivre mais elle lui tient la dragée haute ;

Le goudron des rues, tels des fleuves de lave durcie et rétractée, scintille sobrement ;

L'imagination remplace la réalité dès qu'elle fait défaut, autant dire toujours ;

Le silence s'impose à mon esprit comme conclusion pertinente à chaque pensée ;

Les haies emprisonnent l'obscurité en leurs profonds réseaux de probabilités ;

La réalité pousse l'imagination contre les murs des villes fantômes et les piédestaux des statues utopistes ;

L'aube laisse la nuit en haillons, avant d’éparpiller ses loques dans les jardins névrosés des riches villas disciplinées.

 

***

 

Méli-mélo de saison

 

Parce que les erreurs donnent un sens à nos vies, et que les beaux automnes ont les pieds dans la boue et les dorures pourries (et tandis que le fil des souvenirs me brode des motifs d'insatisfaction), je regarde le passé se changer en Minotaure.

Parce que les roses ne lisent pas Ronsard et que l'hiver réduit le silence à sa plus simple expression (une ébauche de souffle) ceux de mes sonnets les plus prompts à éclore dépendent pour l'essentiel de la neige indolore et des buées diluées dans leurs propres larmes.

 

 

***

 

Lieu de vie

 

Ma banlieue n'en finit pas de rester banlieue, grincheuse sous la pluie, bourrue sous les nuages, hargneuse au soleil. Ma banlieue n'en finit pas de me tirer sa gueule de prosaïque réalité ; même avec ses pavillons tape-à-l’œil et ses jardinets m'as-tu-vu, ma banlieue n'en finit pas de passer inaperçue.

Les chats errants s'y battent la nuit pour des motifs vitaux, les habitants s'y épient le jour pour des motifs futiles. La grisaille éternelle pénètre jusqu'en leurs cœurs fleuris les printemps trop sensibles.

On vit dans ma banlieue faute de mieux, comme une raide concession à la nécessité; c''est le choix par défaut des gens sans qualités.

 

 


MARIE-ANNE BRUCH 

 

 

 

Elle se présente :

 

Marie-Anne Bruch, née en 1971, commence à écrire des poèmes en 1989 et reçoit le Prix Arthur Rimbaud en 1996. Se consacrant pleinement à l’écriture à partir de 2008, elle collabore à plusieurs revues, parmi lesquelles Friches, Décharge, Verso, Les Cahiers du Sens, À l’Index, Arpa, Le Coin de Table, ou encore Traction-Brabant. Elle a publié Ecrits la nuit chez Polder/Gros Textes en 2014, Triptyque chez 5 Sens en 2015 ; Haïkus des Quatre Saisons chez Encres Vives en 2017 et Buées dans l'hiver aux éditions du Contentieux en 2019
 
 
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Commenter cet article

Henri-Etoile 18/12/2019 15:05

"Lieu de Vie" me parle principalement, pour ce désenchantement de la fraternité-sororité et de la vie en tribu.... Quel dommage et dans mon Coeur a résonné et résonne le magnifique Groove de Kery James...
Le méli-mélo évoque joliment les dimensions aquatiques de nos incarnations unies à nos pensées.
dé-sin-carnées... là aussi, le désenchantement affleure...
Le calme avant l'Aube, j'en aime vraiment beaucoup les images évoquées et représentées, de diverses manières...
J'aime et j'ai aimé cette pose poétique et vos mots....
s
Vous avez proposé de vous dire, alors je suis passé...

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