Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - JENNIFER LAVALLÉ

Publié par Le Capital des Mots sur 8 Décembre 2019, 22:50pm

Catégories : #poésie

 

Je me souviens de tous les jardins
les jardins des souverains avec leurs fontaines étincelantes
les jardins où j’ai vécu
les jardins où j’ai rêvé
les jardins couvent sous ma plume
le cerisier perd ses feuilles roses du Japon
sur la terrasse baignée de soleil
ma grand-mère avec ses roses et ses dahlias
je me suis revue peindre le mur de rouge
je me suis revue planter des bambous
construire la cabane de mes rêves d’enfants
ramasser une à une les pommes de pin
cueillir les feuilles de sauge pour les offrir
des mésanges dans le sapin
je me souviens de tous les jardins
les jardins de l’antan
et ceux de la saison future
la musique des voix d’enfants
le jeu, les disputes
les premiers pas
la grande fête au printemps
et nos amis qui se rencontrent
pour la première fois un dimanche d’été
le son du vent dans les branches
et la petite pluie rafraîchissante
d’un côté du jardin, il pleut, l’autre est au sec
je passe la frontière une fois, deux fois, trois fois
la fin d’un nuage de pluie ici exactement
la brouette remplie d’eau
le Bébé au ciel émerveillé
le ventre rond
tous les jardins
ceux d’un jour, ceux de mille ans
la rangée des bouleaux blancs
jardinet à l’avant, prairie à l’arrière
coupée par la rivière
le pont brûlé par mon frère
je me rappelle si bien les jardins
le jardin du jour de son mariage
elle portait une robe rouge de sorcière
la volière pleine d’oiseaux
et les framboises délicieuses tout au long du mur
je me souviens de tous les jardins
les ronces et les orties
l’herbe abîmée par les trous des taupes
les brebis de Roger
et sa cigarette accrochée au coin de la bouche
« Aux hommes, dit-il, je préfère les bêtes. »
les chatons à la mère morte
dormant contre ma chienne
le chemin de marches vers la rivière
et mes rêves d’ailleurs
revenue trempée, m’être fait sonner les cloches
les pentes escarpées, les pierres mousseuses
les arbres nains devenus rois
les ombreux, les charmants, les majestueux
même les plus minuscules
je me souviens de tous les jardins
ils couvent sous ma plume
les jardins des Murs à pêches
et derrières les jardins, les terrils noirs du pays du charbon
mis bout à bout
les jardins des amis
les jardins désertés
les secrets
les célèbres
les antiques
ne cessent de refleurir
merveilleux Alhambra
des visages qui les peuplent
de papillons et d’embruns
de soie et de marbre
à l’arrière-plan, la ligne de la montagne
jardin de mer, jardin sauvage
jardin du soir et de l’aube
et un autre encore plus vaste
constellé d’étoiles
y rester dormir la nuit
paresser dans le hamac et le vent chaud
se balancer
planter la tente
de fruits et de légumes
je me suis rappelée où je cachais la clé

 

JENNIFER LAVALLÉ

 

Elle se présente : 
 

Jennifer Lavallé est monteuse, documentaliste et poète. Elle est l’autrice d’un album jeunesse poétique “Un trou dans la page : si les arbres pouvaient parler” illustré par la peintre Claude Biche. D’autres de ses textes ont été publiés dans des recueils collectifs (“De l’humain pour les migrants”, “Un haïku pour le climat”) et dans les revues papier “Le Coin de Table”, “Poésie 1 Vagabondages” ou encore “Le journal des poètes”. Elle a aussi réalisé un essai filmique documentaire “Marble Road” et des créations radiophoniques. Elle anime un blog consacré à la poésie pour la jeunesse “Chamboule-tout poésie pour les enfants” ainsi que le concours “Un haïku pour le climat.” 

 

Jennifer Lavallé - DR

Jennifer Lavallé - DR

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