Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - HENRI CACHAU

Publié par Le Capital des Mots sur 22 Décembre 2019, 17:15pm

Catégories : #récits, #nouvelles, #texte

 

Faunes…

 

Descendus d’’un pays délaissé par ses dieux, composé de villages chaulés et de ports tranquilles, de criques et de caches potentielles, où les pins maritimes caressés par les vents font un bruit de ressac, je les ai repérés ces vieux boucs biscornus dans ces barbons diserts écumant nos rivages, dévalant égrillards de leur monde hellénique en recherche d’amours frivoles ou affranchis… Alléchés par les odeurs épandues, Jean-Paul Gaultier, Guerlain, cyprine ou chèvrefeuille, des fragrances titillant l’olfaction des caprins bondissant autour des naïades faussement alanguies… Car bronzées et comestibles ces nymphes , ni de Patmos ni ioniennes mais de Saint Tropez ou de Cannes, dont les lourds appas , réfléchis par la grande bleue en mirages instables, troublent les esprits de ces anciens satyres..

 

Depuis des millénaires attentifs à l’éveil de la nature, sensibles au chœurs des cigales jouant de leurs élytres, leurs rhapsodies troublant le repos de ces priapiques divinités, derechef conduits à se dégourdir membres et humeurs… Mais, s’aventureraient-ils à les serrer de près ces callipyges vestales, descendraient-ils de leur mont Olympe en bondissant de taillis en halliers ces faunes, si nos plages aoûtiennes regorgeant de vierges peu farouches ne prêtaient à cette chronique estivale une salace issue ?…

 

Les yachts se balançaient mollement, la marine étincelait, c’était l’après-midi des faunes, les barbons et les starlettes en mal de promotion peaufinaient leurs entrées en scène, les boîtes n’ouvrant que sur le coup des vingt-deux heures…

 

***

Irina…

 

Des tarots quotidiennement manipulés par sa mère, Bertrand confondait l’hiérophante avec l’éléphante, ça la faisait rire…

Aussi, lorsqu’elle l’avisa qu’ils se rendraient chez une pythonisse, à juste titre songea-t-il à la femelle du python, une nouvelle fois ça la fit rire..

 

Chez Irina, Bertrand fut saisi par son aspect de vieille sorcière, authentifié par ses yeux perçants, ses mains crochues, son attifement, puis au-delà d’une odeur incommodante -des des pipis de chats – par la boule de cristal trônant sur la table, lui proposant comme une kaléidoscope des cartes étalées autour…

 

ça amusa Bertrand, le temps que ces deux grandes personnes déblatèrent sur des choses qui ne le concernaient pas… pas encore…

 

Ensuite, au lieu d’aller à la pâtisserie ou après ces visites ils y prenaient une collation, nerveuse sa mère lui déclara ne pas avoir le temps… d’autres urgences ?…

 

Lesquelles ?, Bertrand l’apprit par son père, le surlendemain venu le chercher à la sortie de l’école… Sa mère… Irina… des conneries… le destin lui dit-il en pleurs...

 

***

 

Insomnie…

 

Je m’étais réveillé en pleine nuit avec la sensation d’être épié. Prenant sur moi je n’allumai pas, à mon âge la crainte des fantômes, d’éventuels voleurs, ça me paraissait ridicule… D’ailleurs le forçage de mes portes ou fenêtres m’auraient déjà alerté… Aucun bruit, sauf celui de ma respiration oppressée… Que se passait-il, pourquoi cette pénible sensation de se savoir fixé par un regard loin d’être bienveillant, suspicieux… Ma conjointe décédée, nos enfants et petits enfants envolés, rangés !…

 

C’est ce mot de rangement qui au-delà d’un immédiat soulagement m’octroya la réponse : n’étais-je pas dans l’après-midi monté jusqu’au grenier avec l’intention de l’alléger d’un tas de vieilleries, desquelles j’en avais sauvé un ours en peluche… Mon ours ayant réchappé à de nombreux déménagements, qui une fois que je l’eus dépoussiéré, depuis la commode faisant face à mon lit sur laquelle je le disposai, par delà les ténèbres, de son regard – non de ses anciens yeux de verre mais de deux boutons dépareillés en faisant fonction – fouaillait ma conscience, voulait savoir ce que j’avais fait de mon… de notre enfance ?… Je terminai la fin de nuit éveillé, tachant de lui donner, sinon de bonnes réponses, de réelles excuses, hélas je n’en trouvai aucune… Dorénavant, à demeure l’insomnie s’installa…

 

 

 

HENRI CACHAU 

 

Il se présente : 

 

Henri Cachau, né en 1945 à Villeneuve-sur-Lot. Vit et travaille à Rambouillet, peintre et sculpteur, poète et nouvelliste, a participé à diverses expositions nationales et internationales ; publié dans diverses revues, papier et ‘net’ notamment ‘le capital des mots... Organise des expositions, des ateliers ainsi que des soirées lectures et théâtrales, etc. En 2013 un recueil de nouvelles intitulé : Le quotidien des choses. En 2018 un recueil de poésies : ‘Déraisons d’être’... Pour plus d’informations voir site... 

www.henri-cachau.fr

 

Henri Cachau - DR

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Commenter cet article

DICENDE 26/12/2019 17:59

Petites proses prégnantes, surtout "Insomnie".

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