Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - NICOLAS JAEN

Publié par Le Capital des Mots sur 18 Septembre 2019, 16:39pm

Catégories : #poésie

 

 

 

 

 

La chasse aux images

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Trois fenêtres renvoient le ciel au ciel – à l'eau morte des flaques

où l'on enjambe sa propre image. Œil laissé à sa vacance,

 

chemin à peine tracé, lavé de tout soupçon de chemin.

La lumière et le vent se courent après parmi les joncs.

 

Le souffle ride la surface des eaux où se morcellent les soleils,

et les pierres du sentier, à jamais refermées, gardent enclos

 

le silence et l'immobilité. Sans doute le monde est-il

parti, nous congédiant de lui lorsque la nuit est venue.

 

Les saisons ont deux visages. Toi qui n'en as pas encore, je t'appelle.

 

 

Avant de descendre à la mer, les lueurs se sont rompues

comme l'éclair se courbait pour frapper dans les ornières, les digues

 

et recommencer les limites de la terre par le relief,

la sinuosité, l'impact. Arbres pris dans le tourment

 

qui oubliaient leurs noms d'arbres pour mourir dans la lumière

mariée à la violence d'un époux, à lui asservie, douce,

 

jeune encore malgré son âge, son vécu, ses liens d'épouse

dormant dans l'ombre d'une civilisation de nuages.

 

Le jour reviendra – les mains reconstruiront sur des ruines.

 

 

Trop souvent les chemins manquent d'ailes ou d'allant, même s'ils dévalent.

La pluie qui dansait pieds nus nous ramenait à la pauvreté des cailloux.

 

Des fleurs rouées de coups, des roses sans tiges dans les ruisseaux

de la pente, voilà tout ce qu'il reste du lit, de la lumière couchée.

 

Le jour est revenu. Mains et toucher à jamais réconciliés.

La plénitude est la joie essorée d'avoir passé cela.

 

Nous sommes cependant à la merci des cargaisons d'ombre

que peuvent traîner certains nuages jusqu'au fond de leur ventre.

 

C'est l'envers de cette joie qui n'est pas lisse mais rugueuse comme un cal.

 

Si je rêve? Non, ma main serre une poignée de tourbe, compacte, noire.

J'ai touché le point. L'affleurement d'un réel terraqué.

 

La nuit se reconstituera toute et habitera mes yeux.

Cela étant, j'apprécie mieux l'allégorie de l'oiseau

 

qui sait voler sans pourquoi, juste pour l'ivresse de voler,

avec et contre le monde...

 

Hier, les étourneaux volaient groupés au-dessus du parc,

ils prenaient de l'altitude pour redescendre d'un piqué,

 

un instant seulement je fus avec eux, je détins cette clé...

 

 

 

Cette clé me fut retirée l'instant d'après, je touchai « terre  »

et sa dormition d'eaux avant les premières salves des tempêtes,

 

l'éclair qui se courbe pour frapper, le ciel de nouveau vertical,

loin de la lumière couchée où il était mer en miroir.

 

Maintenant que les feuilles ont tremblé, que l'arbre a chancelé,

la graine la plus intime s'est fendue et de l'orage a germé,

 

patiemment, la part de soleil que la terre a cachée tout l'hiver.

Ce soleil, c'est le simple et la promesse d'un fruit dans ma main.

 

Je regarde cette main vide s'emplir et s'affermir à mesure.

 

Elle est encore nue, elle ne tient que le souvenir du gel,

des longs chemins ridés d'eaux et du ciel de décembre dans les flaques.

 

Tenir est tout ce qu'elle a. Avoir, et elle se referme aussitôt.

 

 

 

Volets clos sur des intérieurs retournés, le ciel un trou, une tranchée.

Les oiseaux ont porté la pluie sur leurs ailes. Les dieux la versent.

 

Plus un seul migrant là-haut, c'est nuage trait pour trait, eaux

Vous partiez vers votre ciel natal, oiseaux. Le chemin est droit

 

qui mène à l'absence, à la désertion de chaque être dans la nuit close.

Femmes sans visages, hommes décharnés, futurs squelettes.

 

Cet espoir, ces élans contrariés qui vous portaient. Je tiens.

 

N'étant que la griffure fauve de moi-même nu endormi.

Le chemin est un livre d'eaux. La pluie joue seule dans les roseaux.

 

Une armée de coquelicots, têtes casquées, a envahi le champ.

Je dérive dans l'idée de sang, dans mon nom qui n'est pas moi.

 

Je me forme un corps dans les flaques, les tessons, j'éclate l'idée de corps.

Je n'est plus rien qu'un mot de plus, une image de pente à descendre.

 

Au bout de la pente, il y a ce que l'on ne sait pas, l'impasse Paradis.

 

Le contre-jour. Le lit défait. Le clair d'une fenêtre s'arrache.

Au coton du nuage. À la palissade blanc cassé.

 

Deux anges s'aiment, ils se peignent, s'échangent leurs rousseurs.

Le pieu de l'ego dans le cœur annulé. La cicatrice d'enfance.

 

Deux anges s'aiment, ils se font des nids à baisers sur la peau.

Des murs de larmes au coin du bois. À pleurer la lumière.

 

Deux anges s'aiment, ils dorment leur nuit l'un contre l'autre.

 

 

 

 

 

NICOLAS JAEN 

 

 

Il se présente :

 

Nicolas Jaen est né le 2 février, dans le Sud-est de la France. Derniers textes publiés: Lettres à A., l'Atelier des grames; Bestiaire et La photographie absolue, éd. du frau.

 

 

 

 

Nicolas Jaen. Capture vidéo YouTube - DR

Nicolas Jaen. Capture vidéo YouTube - DR

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