Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - DOMINIQUE MANS

Publié par Le Capital des Mots sur 12 Septembre 2019, 10:38am

Catégories : #poèmes

 

 

Oranges amères

 

Oranges amères et oranges douces

traverser la cuisine

trois marches à descendre

au jardin

vous retrouver

les années ont passé

-des ombres et du soleil-

portokalopita et marmelade

me reviennent encore

plus présentes que

la voix du père

les gestes de la mère

les odeurs de la cave

les bruits de la rue d'alors

me reviennent aussi tous les avant

que vous avez tus

les réfugiés d'orient noyant le port

les enfants sans maison les familles entassées par delà le fleuve

le peu de temps d'embellie

avant encore

les pleurs et le sang des cousins et des frères

et la guerre et celle d'après la guerre

enfin

sourire

peut-être

une maison à construire

trois marches vers cinq orangers à regarder pousser

ouvrir la porte sur la rue

graver le nom dans le fer

poser aux murs les photos

des bords de mer et des banquets

des poses laissées en traces

des passés rêvés

trois marches à descendre

vers l'arrière de la maison froide

volets et portes fermés

tout oublier

Metaxas

l'Elas

les rois d'ailleurs

et les colonels

oublier ce que tous ont oublié

mêler oranges amères et oranges douces

regarder le ciel

bleu.

 

 

Rébétiko oublié

 

Débarqués par milliers des cargos

venus de l'est et du nord

échangés

un contre cent et contre mille

partis

sans plus aucun rêve

sans plus rien

des vies

de vos pères byzantins

arrivés là avec

la langue

en partage

l'histoire par dessus vos têtes

au ventre le sang des mêmes dieux

familles entières couchées dans l'hiver

sous les halles à tabac et dans les entrepôts

frères sœurs et cousins d'ici

mains à tous mêlées

pour que dans les yeux des enfants

s'ouvrent encore des demains.

 

 

 

Poly-out

Oubliées les mains
effacées des gestes
oubliés les pieds gommés des pas
les souvenirs aussi
oubliés de tout ce qui peut s'oublier
les yeux la voix les mots la pensée
ouste
partis tous
où jamais venus

c'est du vide crois-tu
pas de vie
rien à dire
rien à rire ou à pleurer
on peut rire sans les yeux
pleurer sans les mains
tout faire sans le rien d'autre
jusqu'où va-t-il le sans
tous les sans
jusqu'au fond
de ton toi
au fond du juste un peu de ton sourire
de ta bave
de ta peur
de l'air qui rentre encore
de la faim
du soleil de la musique
du juste filet vers ton ventre
filet des paroles du dehors
des bruits
des doigts sur ton corps
des éclatements du monde
de tous ceux-là dans ton dedans
jamais dits
jamais vus
jamais renvoyés
vers tout l'autour qui parle qui bouge qui te touche
fermé dans ton dedans
gardé bien là
dans l'au fond de toi
loin du grand monde

dans une parcelle à clôture
portes serrures et fenêtres décalées
qui a la clé de ta clôture
qui viendra la chercher la clé
qui verra la serrure
où tourner pour trouver
mais qui tourne
le dedans du dedans de ta tête
de tes pieds
de tes yeux
et de tes mains
et de tous ces tas mêlés dedans ton toi
ça court à tout sens
dans le temps hors d'ici
dans les lieux
les traces sans nom
les signes en foire
vacillent en nuages
ça vide ça remplit
malgré toi
le dessus
le dedans
le dehors
l'à côté
ça remue
il en vient de partout
ça rentre toujours
ça rentre sans dire

par où ça passe
ni pourquoi ni comment ni de qui
ni si même un espoir
un demain à partager
à dire et redire
des
tu t'en souviens
tu as aimé
c'était comment
dis moi encore
ils viendront ces demains
ils viendront quand ces demains
ils viendront tu crois
on pourra s'épuiser dans l'attente
cacher du rêve dans tous les bruits
les morceaux de gestes et les à peine perçus
est-ce la vie qui regarde
ou
qui croit voir
ou
le sang de ton sang
aux chemins jamais tracés
chassés de toutes les machines
des objets soudés à la chaire
qui tiennent
et retiennent
tous les morceaux de toi.

 

 

Au professeur Thierry Bilette de Villemeur, Hôpital Trousseau Paris

 

 

DOMINIQUE MANS 

 

Il se présente :

 

 

Poèmes publiés en ligne

•    Où sont passées les gommes ? Lichen, avril 2019

•    Des gobelets, des heures Lichen, mai  2019

•    Que faire ? Lichen, juin 2019

•    Ligne A  Lichen (4 poèmes à paraître en décembre 2019 et janvier 2020)

 

Poèmes en revues et recueils collectifs

•    Marche sur la route  in Décharge n°183, septembre 2019

•    De pierre sèche in Cairns n°25, septembre 2019

•    Météora in Les voi(e)x des possibles, Ed. Lignes d'horizon, (à paraître en décembre 2019)

Dominique Mans - DR

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