Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - NICOLAS JAEN

Publié par Le Capital des Mots sur 2 Août 2019, 09:37am

Catégories : #poèmes

 

 

 

De l'enfant au vieillard

il y a trois petits pas d'élans

au-dessus d'un abîme

identifier la cage dans l'enfant

sonder la servitude de l'adolescent

trouver la figue de barbarie

avant de la laisser patiemment pourrir

entre ses dents

 

***

 

Je n'avais plus rien à écrire

un verre s'est brisé

qui décida de la suite

pardonne-moi silence

si je la découpe en fragments

c'est le verre qui me l'a soufflée

 

***

 

 

Tu attends la nuit pour écrire

parce que le soleil s'il lisait

par-dessus ton épaule

se souviendrait de Dieu

 

***

Un ivrogne qui bat le vent

c'est ce qu'on disait de lui

quand son pas s'éloignait quand

sa solitude le dévorait tout cru

dans son studio avec vue

sur l'amer

 

***

 

 

Soyons sincères je ne pleure plus que seul

face à la mer ma semblable

ou bien dans mes silences au téléphone

sans que personne ne le remarque

de mes larmes je goûte le sel sombre

rien qu'en passant la langue

à la commissure des lèvres

elles me nourrissent mais

je les vomis

chaque jour

par les yeux

comme en poésie

 

***

 

 

Dans l'étreinte elle mordait sa langue

elle lyrait tout bas

comme un lointain hululement

elle attendait

tout bonnement

le ressac

et ravalait des mots crus

qui lui faisaient comme une boule au cœur

celle d'avoir été crue

puis d'avoir été cuite

 

***

 

 

Quand je la prenais au sexe la vérité

ôtait ses gants

et nous nous battions

sans nous être lavé les mains au préalable

c'était une très-longue maladie d'enfance

que dis-je

c'est

 

 

***

 

 

L'enfant fauve qui tourne

en touchant ses yeux en feu

dans la cage de ma tête

au vingt

avenue des grands brûlés

à deux pas

pourtant

de la lande perdue

les yeux dans le bleu

que j'extirpe de mon cœur

à chaque instant sacré à

chaque coup de pioche métaphysique

 

***

 

 

Dans les yeux de ce chien

j'ai vu luire

une montagne rouge

 

***

 

 

 

J'irai manger mon pain gris sur ton épaule mon amour

j'irai cueillir la fleur et ses haillons pauvres

la fleur qui n'existe qu'en nous

mon doux

mon tendre

mon plus bel amour

 

 

***

 

 

Je le plains

il trempe son pain

chaque matin et

chaque soir

dans une soupe d'étoiles

 

 

***

 

Violence de Dieu-le-Réel

violence de la poésie

poésie de la violence

j'ouvre le tiroir de gauche oh

un ange

tel un pou de grâce

 

***

 

La reine bleue

le demi-sourire de l'impératrice

la fossette attaquant l'œil

le révélant las

sous son voile et son la l'hallali du laid

lance et lancine

les souriceaux

de la mélancolie

une lie tout au fond

dans le soir de lin l'aboi des chiens-loups

les fumées meurent en anneaux

au plafond des pensées

 

 

***

 

Les petites filles vont au ciel à cloche-pied

à cloche-pied elle tombent en amour

comme on tombe en Dieu

 

 

***

 

Je voudrais me souvenir de tout

mais je n'y parviens pas

toi qui es arrivé à toi

montre-moi l'étoile

montre-la moi

 

 

 

NICOLAS JAEN 

 

 

 

Il se présente :

 

Nicolas Jaen est né le 2 février, dans le Sud-est de la France. Derniers textes publiés: Lettres à A., l'Atelier des grames; Bestiaire et La photographie absolue, éd. du frau.

 

LE CAPITAL DES MOTS - NICOLAS JAEN

 

Nicolas Jaen. Capture vidéo YouTube - DR

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