Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - MATTHIAS VINCENOT

Publié par Le Capital des Mots sur 18 Août 2019, 17:26pm

Catégories : #poèmes

FILLE OU GARÇON

 

Il sera le plus beau du monde

Parce qu'il illuminera

L'éternité d'une seconde

Elle sera reine ou avocate

Mécanicienne ou acrobate

Éclaireuse de mappemonde

Ou générale de cinéma

 

Tu feras des rêves plus grands

Que la colline des enfants

Et tu les réaliseras

 

Je te lirai des histoires

En écoutant tes silences

Toi qui sauras vivre au présent

Tu m'apprendras la simple chance

D'être là

 

Il sera danseur, musicien

Ou poète, comme papa

Il deviendra peut-être artiste

Ou acrobate, ou alpiniste

Cultivateur de chocolat

Dessinateur ou bien dentiste

 

Même si tu aimes le sport

Je ne t'en voudrai pas vraiment

C'est l'influence de maman

Vous ferez du basket ensemble

Et je compterai les paniers

Mais si jamais tu me ressembles

Tu les mettras à côté

 

Et peut-être, si ça se trouve

Qu’il ira au musée du Louvre

Les jours où il fera soleil

Ou qu’elle aimera les groseilles

Tu vois, tu ressemblais à ça

 

Si maman te fait des misères

Viens dans les jupes de ton père

Et plus tard quand tu seras grande

On votera François Hollande

Même s’il ne se présente pas

 

En cas de problème à l'école

Mon pacifisme en souffrira

Mais il n'en aura pas deux fois

Si elle a des idées bizarres

Qu'on ne lui gâche pas ses rêves

Qu'elle continue à y croire

 

Nous serons champions en bêtises

Nous nous en apprendrons aussi

Je te chanterai des chansons

Pas bien, mais tu feras semblant

En ajustant tes vocalises

De les aimer sans conditions

 

Si elle aime les papillons

J'en dessinerai de nouveau

Mais en cas de cœur d'artichaut

Afin de se méfier très tôt

Des pelles des petits garçons

Je lui dirai l'utilité

De savoir manier le râteau

 

Vois la beauté en toute chose

Et ne réduis pas ton sourire

Si plus tard, c'est ta vigilance

Qui sauvera ce qui peut l'être

De la société des fâcheux

Rien n'aura plus d'importance

Que le bonheur dans tes yeux

 

***

 

TANT QUE JE TIENS DEBOUT

Poème inédit

 

Tant que je tiens debout, je marche

Tant que je suis vivant je tourne

Autour de l’idée du bonheur

En pensant que je la dessine

Tant que je tiens debout, j’ai peur

D’avoir inventé des mirages

Et d’avoir cru en Mélusine

Je protège mes illusions

Qui serviront un jour ou l’autre

A ceux qui les retrouveront

Tant que je tiens debout, je tente

De ne pas plier, tomber

Et de laisser la porte ouverte

A l’inattendu, aux étoiles

Au retour de rêves

Si mal oubliés

Tant que je tiens debout

J’essaie de maîtriser les heures imbéciles

Qui m’échappent

Il y a longtemps que je ne perds plus mon temps

J’ai tôt passé l’âge pour ça

Tant que je tiens debout j’écoute

Un peu de la marche du monde

Et je mets à distance

Les semeurs de petits chaos

Qui se nourrissent de l’écume

Tant que je tiens debout, je me dis « Pourvu que ça dure »

Et je regarde

J’aime

J’écris

 

***

 

REGARDER LA MER

Poème inédit, à paraître prochainement dans l’anthologie autour de l’intime, réalisée par Laurence Bouvet, aux éditions Unicité

 

Je finirai peut-être un jour seul sur un banc à regarder la mer
Malgré les mouettes toujours imbéciles
Qui ne comprennent rien

Je crois que tous mes rêves devenus impossibles seront simplement

A léguer aux gamins

Qui n’en voudront pas

Et s’en construiront d’autres, en tous points identiques

La nouveauté n’est rien qu’éternel recyclage

Et rejet systémique, parfois

 

Alors j’aurai le temps, et plus grand-chose à faire

Et je repenserai à tous ceux qui m’ont fait

A celles qui ont compté, qui ne le savaient pas

Ou bien qui le savaient

 

Je finirai peut-être par combler le silence d’histoires singulières

Que je m’inventerai pour oublier la mer

Qui emporte, implacable,

D’autres rêves flottants, toujours un peu fragiles

Comme le sont nos vies

 

 

 

 

 

 

MATTHIAS VINCENOT 

 

Il se présente : 

 

 


www.matthias-vincenot.fr


Né en 1981, docteur ès lettres, Chevalier des Arts et des Lettres, il est l’auteur d’une
quinzaine de recueils et est présent dans de nombreuses anthologies. Certains de
ses poèmes ont été mis en musique et chantés, d’autres ont été traduits.
Président de l’association Poésie et Chanson Sorbonne et du Festival DécOUVRIR, il est aussi le directeur artistique de Poésie en liberté, concours international en langue française pour les 15-25 ans. Il tient la chronique « Le mot et la note » dans le magazine FrancoFans et a fait paraître en 2017, aux éditions Fortuna, Poésie et chanson, stop aux a priori ! (100 pages pour remettre les pendules à l'heure). Après un nouveau recueil, J’ai vingt ans, chez ce même éditeur, en 2018, soit vingt ans après le premier, il a fait paraître deux ouvrages en 2019 : Instapoèmes, avec Julie Biet (éd. du Mont-Ailé) et La chair des mots, avec André Prodhomme (éd. Hermann).

Il est également directeur de collection.

Avec Eric Poindron, il a créé et anime, tous les premiers lundis du mois, les Lundis du Livre en Mairie du 5ème arrondissement.

Sociétaire de l'Académie Charles Cros, il est aussi le co-fondateur et le co-directeur (avec Thierry Cadet) du Prix Georges Moustaki.

Il est également professeur aux Cours de Civilisation française de la Sorbonne.

Photo : Matthias Vincenot. © Tristan Sébenne.

Photo : Matthias Vincenot. © Tristan Sébenne.

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