Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - HOUSSA OUACHRINE

Publié par Le Capital des Mots sur 30 Août 2019, 19:17pm

Catégories : #poèmes, #texte

 

 

 

Poèmes harragas, brûleurs de frontières

 

 

L'autre face de mon pays.

 

           Dans l’ardeur caniculaire inaugurant l’été, alors que les visages de jeunes scandinaves, messagères de beaux jardins des mythes nordiques, torturées assassinées, endeuillent encore nos mémoires et bouleversent nos esprits indignés, comme pour crever nos réflexes amnésiques, une autre tentative d'un crapuleux assassinat nous surprit et frappa de son onde tellurique. Revers macabres d’une vilaine haine germant dans les failles sombres des villages de de mon haut pays, sous l’aplomb du soleil léchant de son brûlant éclat habitants et maisons souvent faites de pisé et pierre sèche,  Dans cette contrée où l’on craint et redoute uniquement scorpions et serpents, dans ces confins de belles mentalités aimables, sobres, accueillantes, rieuses aux pigments luisant sous le jus de l’argan, personne ne pouvait imaginer qu’un précepteur de campagne, d'apparence sobre et morale, portait dans ses poumons inondés d'air pur du grand Souss, cet autre poison de reptile à face humaine, détruisant sagesses locales et universelles, cet intégrisme venu d'ailleurs. Homme pétri de croyances déviées, le travestissant culturellement, le transformant en mécanique de terreur par le verbe, pour faire de simples ruraux des assassins, trahissant les réalités telluriques de leur terre. Parmi eux s'activait ce démon de la terreur rêvant de mort par la lame de sabre ou par le jet de pierres. Rêvant d'éventrer, immoler, d'innocentes jeunes femmes venues d'un autre royaume des peuples, la Belgique, tendre leurs mains, blondes comme les épis de blé, aux populations, ouvrant et terrassant des chemins et pistes dont les orages effacent jusqu'aux traces à chaque saison. Elles s'affairaient, portant shorts et chemisettes comme les marocaines sur les plages ou sur les boulevards, sous l'accablante canicule, sans rien attendre en retour des paysans aux maigres ressources, d'argan et caprins. Elles partageaient, s'intégraient par l'amour et le labeur, sans savoir les terrifiantes menaces, heureusement déjouées.

 

                                                                ***

 

Dans mon pays, bien aimé pourtant, les vieux partent et disparaissent dans les villages mortuaires, emportant sous terre de gros viatiques d'angoisses et de déceptions.  À leurs amers et ultimes adieux pendent les visages pâlissants de leurs enfants, diplômés mais désœuvrés, marginalisés sous l'opacité de tatillonnes politiques. Et ces jeunes s'envolent vers des rivages lointains, ignorant quels accueils portuaires leur réserve l’au-delà des terres et océans où souvent leurs savoirs et titres les sauvent. Ils oublient. Alors, dans leurs réminiscences presque éteintes ils murmurent à l'adresse de leurs seuls parents : PARDON.

 

                                                               ***

Envol marocain, vers toi, monde tzigane, peuple errant, itinérant, éternel oiseau survolant mers et continents, toi qui mérites le meilleur chapeau coloré de teintes des espaces traversés sous l'unité du bleu céleste... Je suis tzigane ou autre galopant, t'appartiens. Mon pays damassé de mille sols vibrant de mille voix, mon pays école volière m'a déjà enseigné l'envol... Je suivrai tes pas éphémères, habiterai tes mouvants sols.

                                                               ***

 

Ô Terre, sœur germaine des océans et des mers, de la magie de tes confluences naquirent les Mères. Ton cœur portant mille alvéoles – encriers mystérieux gouffres où tes génies aiguisaient leurs pioches, trempaient leurs plumes, façonnant les merveilles de ton corps et ses frémissements dans l’univers, sertissant tes plis mouvants d’immortels contes. Et pour l’éveil humain tu es la meilleure et sublime école où s’abîment les viles et perverses passions de l’Homme, pour qu’éclosent en son esprit de divines fleurs d’amitié sur le fleuve purifiant des voyages de méditants, où se trémoussent impatiemment les beaux violons païens, vie spiritualisée.

 

                                                                 ***

Oraison 

À Kénitra, meurtre infamant par négligence, subite mort. Au coin d’un chemin, à la gare, dans le ventre urbain, affûté tel un reptile ardent de venin, un fil électrique tua le gamin. Calciné, Douya, fleur fauchée, et sève d’une chanson juste un laps de temps avant, joyeux voyageur à 14 ans parmi ses amis imberbes, impatients de voir le Nord et Kénitra.

Immenses sont les malheurs dans nos villes sans esprit et sans âme, qu’illustre seul le sourire d’irresponsables bouffis imbus d’eux-mêmes, persifleurs dirigeants. Leur farceuse façade dissimule de vilains indigents, de funestes prévaricateurs, assassins même de loin. Et sans jamais se défroquer, conservant leur caquet. Habiles sous l’habit blanc - l’art de se moquer, de truquer.

Un 20 du mois de Juillet 2016, d’un été de la ville en deuil.

 

 

                                                              ***

 

 

Hymne aux filles berbères de la montagne – son âme.

 

Seront-elles évoquées dans l’hospice universel à Marrakech, là où se discute le droit d’être, de penser et de vivre – où l’on pèse la dignité humaine ?

 

Nos accoucheuses de sabreurs baroudeurs, là où les gloires se chantaient sur les hautes cimes, là où le soupir des amants érode de sa lime le corps du jour pour y semer la nuit des cœurs et leurs duels sans bruit.

Autour d’un sein de femme, d’un genou de terre, ainsi se déroulait le destin de femmes altières, ce même destin sous d’autres cieux controversés.

Des peuples et ceux des hautes terres ayant versé dans une tombe froide, dans un feu de noces, des enfants venant au monde, hommes précoces portant leurs layettes de martyrs jusqu’au déclin des jours, emportant amours et vertus des matins.

                                                     

 

HOUSSA OUACHRINE 
                                                

 

Présentation par Marie-Claude San Juan 

 

Houssa Ouachrine est un intellectuel marocain (qui préfère se définir comme poète), un communiquant passionné. Concerné par la justice sociale, la démocratie et la laïcité (contre les dogmes et l’obscurantisme). Actif sur Facebook.

Houssa Ouachrine - DR

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