Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - RAPHAËL ROUXEVILLE

Publié par Le Capital des Mots sur 21 Juillet 2019, 15:38pm

Catégories : #poèmes

Cochise 

Alençon
Aire de la Dentelle
Du feu dans les genêts

Un Scénic carbonise là
Juste avant le péage

Bordeaux-Tours
Mes chéris
On naît dans des villes où on ne grandira pas
C’est aujourd’hui

Un pont rouge
C’est pas Padoue

Un type en terrasse a raconté
Une rixe dans un café

Papa rentre inaltéré
Quatre femmes
La mer plane
Dans tes rêves
Et je ne me suis pas trouvé

Tours

Le patron a reçu deux pâquerettes en pleine poire il dit
Et Paulette qui ne méritait pas ça
Elle a fait un looping et s’est cassé quatre côtes
Tu crois que c’est normal ?

Chenonceau

On se tatoue au rasoir
Des biceps Pierre et Gilles
Pour rien
Pour voir
A l’encre de marine
Qu’on ramène

Quatre kilomètres de cerfs
Bondissent dans des triangles

J’ouvre les portes de la nuit
Baigné de mucus
Entre les glissières

Leurs catadioptres blancs
Se superposent exactement
A ceux de la remorque
Qui arrive en face

Vous me manquez mes poulets

Châteauroux

Running running running
Ventre blanc et flancs roux
La route est aspirée
Horizon noir

Je parle tout seul à quelqu’un
Assise à côté de moi

Tu es ma marvelous
Ma sainte parachute

Je tourne la tête Place du mort :
-Tu-crois-que-quelqu’un-a-déjà-mesuré-le-nombre-de-
litres-de-peinture-de-
toutes-les-bandes-d’arrêt-d’urgence-de-France-?-

La nuit me sourit et me répond
Elle a tes lèvres

Vierzon

Maintenant allez
Rentre chez toi
Cochise

*

Robotika de Saint-Louis

Juste après
Cinquième colonne d’un cheval de fer
Lightman
Tu m'étonnes
Moi

Je me présente
Je suis ce poète incompris
D’ailleurs moi-même souvent j'ai du mal
Je viens du Pôle d’Or, mes ancêtres n’avaient jamais vu une mouche
Et massacraient fièrement les tout derniers mammouths

Peut-être avant
Ou bien plus tard
Vagin de limaille
Fourreau pour poignard rouillé
Lightlady
Elle

Robotika de Saint-Louis
Robe Courrèges
Sur sa peau Sénégal
Sa lumière et ses lamelles diffractent
Nos reflets urbains pisseux qui nous vont bien
Sur ce trottoir

Mais pour l’instant elle arrive
Souple sur ses cuisses sucrées de brownie – mais peut-être qu’elle repart
Beaux yeux brillants de nuit à la dérobade
Dans miens yeux brillants au coeur de ma débandade
La nacre habite sa bouche comme elle arrive
Enveloppée d’une robe verte en roseaux de Casamance

Enfant elle faisait colibri pour un combo d’hippopotames
Nettoyait leurs dents dans leurs gueules qui sentaient le marécage
En retour ils lui souriaient et lui chantaient Louis Armstrong

Elle a fait philo à Lyon
Il ne faut pas croire tout ce que je dis
Lightlady
Pas plus que sa robe Courrèges et sa rose rose qui ventouse un cylindre
Mais il faut y croire très fort très fort
Puis arrêté pour psycho et une double licence
Le poème n’a pas plus de consistance qu’un souvenir
Je lui explique que la chasse au mammouth peut reprendre et mes affaires
Si j’arrive à accoupler un éléphant de la Terranga avec un ours du Pôle d’Or
Lightman
Le poème est le souvenir et l’équation se retourne
Elle se marre et me dit qu’elle en parlera au marabout
Une double licence pour vendre des BMW à Langres – Langres ?
Ce qui l’a fait encore plus rire – Oui, tu connais le plateau de Langres ?
Kierkegaard, Lacan, Schopenhauer - et tu as vendu des Audi aussi ?
Mais elle vient d’arrêter, cherche dans le social
Moi-même je ne crois pas un mot de ce que j’écris
On biographiera si l’on veut la fille Courrèges Lightman les mammouths
Le concessionnaire lui payait ses fringues
Quand je pense à mes anciens poèmes je les regarde comme des souvenirs
Et nos souvenirs sont des poèmes.

*

Géronimo 

Envoie le mou bison
Façon Géronimo
Station Shell
Donne
Donne

Franges du daim
Odeur de bête
Chorégraphient la prairie

Le canif bien enfoncé
Dans charogne
Gras & cartilages
Prends ça
Prends

48 piges d'Actors studio
Joue marche danse
Respire en Apache

A6
Asphalte
File
Sous container Maersk

Comme sauvage est la route
Tu te souviens

N'oublie pas d'être toi

Cheveux de jais claquent
Même temps que balaie la croupe
Les mouches
Sueurs & crottin
Poteaux et glissière

Sais-tu
Où s'arrête-t-elle un jour

Prends prends le vent
Sauvage

Et c'est tout.

 

 

RAPHAËL ROUXEVILLE

 

Il se présente :


La poésie de Raphaël Rouxeville  a été publiée, depuis 2017, dans les revues Décharge, Le Capital des mots, Lichen, La Cause littéraire, Terre à ciel et Recours au poème.

Raphaël Rouxeville. Rose L - DR

Raphaël Rouxeville. Rose L - DR

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