Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - LOUIS RAOUL

Publié par Le Capital des Mots sur 27 Juillet 2019, 15:47pm

Catégories : #poèmes

Des lampes dans l’écoute

 

 

Volets ouverts, les premières fouilles dans le vent, pour exhumer l’odeur des feuilles qui furent de nos automnes, et le gant ôté de la mémoire pour saluer le paysage. L’âge nous rend attentifs, et cette politesse est une réponse aux arbres qui, soulevant leurs oiseaux, saluaient notre enfance.

 

Genoux

Vos pâles saisons dans les villes

Où des nuits de toile longue

Vous couvraient en temps d’hiver

Genoux

Vos autres saisons

Aux jeux aussi longs que les jours

Jusqu’à ce que fatigue et silence

Vous portent à nos yeux

Pour prendre mesure de nos douleurs

Aux écorchures du soir.

 

Nous ne savions pas encore, en marchant dans le sang bruissant de septembre, ce qu’allait être pour nous cette cruauté du don. Le poème était jeune, et nous le tenions par le vague. D’enfance nous étions encore les hôtes, et ce que nous vivions était sans partage avec les mots. Nous allions très loin dans la fatigue, et le sommeil nous rejoignait dans l’obscur où les lampes dociles dans les mains qui les portaient, nommaient très bas ses chambres.

 

Quand l’enfance criait, ils entrouvraient la nuit avec leur lampe, parlaient de cette ombre disjointe par où s’échappait le sommeil. Ils parlaient aussi de la mort, comme d’un outil nécessaire pour colmater cette absence qui laissait entrer la pluie, comme un nom mille fois répété.

 

Feuillage ployant doucement

Nous assistions à la pesée des jockeys du vent

Nous n’avions pas besoin de parier

Sur notre ordre d’arrivée dans l’âge

Nos projets avaient toujours de faux départs

Enfance de toutes les victoires

Nous posions en silence devant un ciel gris

La brève éclaircie nous fixant à jamais

Avec les oiseaux de l’instant.

 

 

Lorsque nos jeux étaient finis, c’est le vent qui pliait les peupliers pour les ranger dans la nuit. Nous partions grandir d’un sommeil de plus, laissant les gestes, les rires, et les pierres au fond de la rivière, avec l’amitié de nos mains.

 

L'été

Le soir était une autre saison pour nous

Un automne pour nos jeux

Et les arbres perdaient nos mains

Nous avancions très loin dans la nuit

Nous n’avions pas peur

Nous savions qu’il y aurait ces appels

Comme des lampes dans l’écoute

Pour guider le retour.

 

Devant la source qui grimace et nous tire une belle langue d’eau, le corps se courbe sur son reflet, ouvrant une parenthèse dans l’âge. Comme pour nous rappeler ces années où nos pas nourrissaient les chemins sans compter. Nous pensions que le soir les ramassait derrière nous, et les rangeait en même temps que le silence, dans nos coffres à sommeils.

 

 

 

 

LOUIS RAOUL 

 

Il se présente : 

 

Louis Raoul est né en 1953 à Paris où il réside toujours. Il a publié à ce jour de nombreux recueils dont : Démantèlement du jour (éditions Éclats d’encre), Les beaux suivants (éditions de l’Atlantique), En attendant les murs (éditions La Renverse), Pailles de pluie (éditions Alcyone) et a collaboré à diverses revues et anthologies. A paraître, un livre d’artiste avec le peintre Guévork Aivazian.
 

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