Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - NARKI NAL

Publié par Le Capital des Mots sur 24 Juin 2019, 14:54pm

Catégories : #poèmes

L’Autre moi           dans la série Introspection

 

 

 

Je marche

Elle marche

Elle marche à mes côtés

Je ne veux pas la regarder

Je ne peux pas la regarder

 

Miroir

Le problème est le miroir

Devant le miroir

Le double apparaît

Le regard

Effroi Mon regard s’est vidé de moi

 

Le miroir me donne à voir

MOI

Avec à l’intérieur de moi

UNE AUTRE…

 

C’est là dans ce regard symétrique

Que je rencontre l’étrangère

L’échange aggrave l’effet l’altérité

Ce que j’y lis me bouleverse

Une part enfuie de moi, perdue ?

Je la toise, l’Autre, je me fais forte

 

Je suis dans un espace-temps étrange

ENTRE ELLE ET MOI

Elle étant moi quand même…

Je suis vacillante sur une route improbable

Entre deux mondes, un ancien, un nouveau

Et dans cet entre-deux je voudrais remonter mon temps

Je cherche la machine miraculeuse

En vain

Peur du regard de l’étrangère dans le miroir

La peur aggrave le désarroi

Et mon corps oscille voulant choisir sa tête…

Vertige. Combat muet

 

 

JE SUIS VIVANTE

je suis vivante

 

Et ces aveugles autour de moi

Ne comprennent pas

Ne voient pas

Ne savent pas

Ne sentent pas

S’aperçoivent de rien

Vivent autre réalité

 

Je marche à leur côté

Mais un indicible nous sépare

Avec la discrétion de l’indicible

La ténuité de l’indicible

Le POIDS de l’indicible

 

JE SUIS VIVANTE

je suis vivante

 

Pensées flottantes

Toute une vie à chercher le feu

Devenir feu

Mais ne brûle pas tout bois

Mais ne danse pas dans les flammes tout corps

 

La tiédeur me répugne

Comme la faculté d’oubli

 

Ne rien perdre

Ne rien oublier

Horreur des portes fermées telle une chatte

 

Or vous fermez vos portes

Vous déclarez « tout passe »

Vous cultivez l’oubli

Mais rien ne passe jamais

 

 

 

 

Je ne veux dissoudre ni mes douleurs ni mes joies

Ce que j’ai vécu est à son poste

Quelque part en mon cerveau dans une somnolence légère

Un rien le ranime et le transmet à mon cœur, à mon ventre

Et ma poitrine exulte ou s’écrase à ces souvenirs

 

JE SUIS VIVANTE

je suis vivante

 

Un être vivant devrait se laisser traverser par ses émotions

Et non les tenir à l’écart

Pas de pilule à effacer les ressentis

Ne savent plus supporter leur vie

Appellent la chimie à leur secours

Ainsi sont morts avant la mort

 

JE SUIS VIVANTE

je suis vivante

 

Pourvu que celle du miroir

Aux yeux d’absence

Ne fasse pas de moi une résignée

J’accepte la souffrance en la frottant au combat

 

je suis vivante

je suis vivante

 

Je suis celle qui marche

Qui arpente les rues

Mais l’autre m’accompagne

Elle m’épouvante

 

Je suis celle qui marche

Qui arpente les rues

Je suis celle qui court

Pour perdre l’autre moi

 

Narki Nal Avril 2019

 

***

 

 

Ma vieille douleur           dans la série Le tourbillon de la vie

 

 

 

La vieille douleur

La douleur fondamentale

Toujours la même peine

Celle qui est tapie

Enfouie mais tremblante de resurgir

De sombres fondations

Nous surprenant par sa vigueur

Alors même qu’oubliée juste avant

La vieille douleur dis-je

Ce n’est pas que je l’aime

Mais qui serais-je de l’effacer

Sinon une autre que moi

 

Peut-être une mère t’a manqué

Mais une fille a manqué à sa mère

La vie s’est écoulée sans elle

On prend l’habitude

Mais regardant le passé on s’étonne

On l’aurait voulu autre la vie

 

Et la vieille douleur s’allume

Et on la regarde cette lueur

Que l’on ne peut éteindre jamais

 

Un amour absolu a manqué

Jamais nous n’y aurons goûté

Et privé.e.s de ce goût

Sans vraie conscience de ce qui nous meut

Nous le cherchons pourtant jusqu’à la mort

Éperonné.e.s par une sorte de sourd mal-être

Qui n’est que ce qui émerge de cette vieille douleur d’exister

La faille ontologique

MA vieille douleur

 

Narki Nal Oct 2017

 

 

***

 

 

Animalité                       dans la série Les animaux, la nature et moi

 

 

 

L’animal en soi sommeille
On le dit
Mais l’animal en moi est éveillé
Je vibre aux odeurs de terre mouillée
Je hume la mer d’aussi loin que le chien hume sa pâtée
Nulle fleur odorante ne passe inaperçue 
Ma peau est sensible aux alizés
J’entends la petite vie qui grouille, sable ou gravier
Humus, lichen, pourriture organique
Je vois la douceur tendre du vert des jeunes pousses
Les feuillages éclaboussent ma rétine
Les pétales blancs ou pastel y impriment leur pointillisme
Toute bête qui croise mon chemin me rend l’extase des lointains jours d’avant
D’avant que ne se séparent femmes et femelles
Je froisse entre mes doigts leur pelage doux ou rude ou leurs merveilleuses plumes
La nature dont je suis est l’indicible bonheur où puisent mes racines
Et la puissante attraction des corps est mon vertige d’amour
L’amour, le vrai, celui qui sent la chair comme un capiteux parfum 
Celui qui ne craint pas les humeurs liquides et odorantes 
Celui qui au contraire peut s’y vautrer sauvagement
Celui qui a connu la force indescriptible et chavirante du désir décliné en ses multiples formes dont celle de l’enfant à naître de celui qu’on aime du fond de ses entrailles

Mais qui est l’animal en moi sinon moi
Mais qu’est-ce une femme ?

 

Narki Nal 28 avril 2017

 

 

"Quand l’homme reconnaîtra de nouveau sa nature animale au plein sens du terme, il pourra créer une culture authentique."
Wilhelm Reich

 

***

 

 

Mycélium                           dans la série Introspection

 

 

 

Je suis celle qu’on quitte, celle qui se noie

Je suis Ophélie au fil de l’eau

Vous êtes sur les berges endormies de brume

Où les hautes herbes traversées de vent

ondulent leur caresse

Je passe, je vous vois, vous êtes mon passé

Mon passé qui me regarde sans me voir

Mon passé qui défile comme je vais au fil de l’eau

Je suis celle qu’on quitte, celle qui se noie.

 

Je suis celle qui se révolte, je suis celle qui tue

L’envie de le toucher qui monte puis vole en éclats

Le baiser qui s’approche et qui devient morsure

Ce désir inconstant comme les herbes aux saisons

Cette brûlure qui se glace. Lumière blanche.

Lumière diffractée. Fraction du temps. Lame miroir

Éblouissement bref de la rétine. Vois ma vie. Bobine dévidée. Poitrine évidée. Sanglot du sang qui afflue… Pour rien.

Je suis celle qui se révolte, je suis celle qui tue.

 

Je suis celle qui part sans partir, celle qui reste-fuit

Écrire est une nuit. Mes pas dans cette nuit profonde.

Vertige.Tige de feu.Pensée morbide.Taire. Se taire.

Mycélium de pourriture répandu en soi, en silence.

Lancinant ce bruit sans bruit. Bouffée-désir de l’explosion.

Ma tête qui explose. Éclaboussures d’os brisés.

Mais où est le cerveau ? Dissous.

Violence du refus muet. Dernier voyage.

Le mycélium de pourriture gagne. Cerveau dix sous. Cerveau rien.

Je suis celle qui part sans partir, celle qui reste-fuit

Je ne suis plus qu’une enveloppe.

 

NC/Narki Nal avril 2014

 

***

 

 

L’obstination des rêves               dans la série Les rêves rêvent

 

 

Le rêve exauce le désir.

Les désirs enfouis renaissent et, ainsi, au gré de mon inconscient réapparaissent.

Parfois le plaisir est si grand d’enfin toucher au but

Que je refuse le réveil

Je flotte et pilote mon rêve

Je m’accroche à ce voyage et m’approche enfin du port,

Du fantasme.

Mais quelque chose se détraque

Le vaisseau tangue, je bascule et glisse hors du rêve.

Déçue, amère de ce retour honni.

Ô, me rendormir !

Et rendormir je ne peux me.

 

Mais le rêve exauce le désir

Le désir obstiné à renaître.

Une autre fois…

Une autre nuit…

Un autre rêve… ou le même

Obstiné à renaître.

 

NC/Narki Nal avril 2014

 

 

NARKI NAL  

 

Elle se présente : 

 

 

Nicole Cardinali alias Narki Nal

 

Comme beaucoup, j’ai eu plusieurs vies : enseignante mais scientifique, éditorialiste polémiste dans des journaux associatifs, comédienne puis metteuse en scène … Une constante, l’écriture, qu'elle soit pédagogique, politique, sur mon travail de mise en scène ou depuis très longtemps poétique. Des poèmes tristes ou violents, souvent tragiques, mais je suis une femme qui aime rire !

« En vrai » je suis née deux fois. La deuxième lors de ma participation au Collectif des Diables Bleus dans les années 2000, pendant l’occupation des casernes abandonnées des Chasseurs alpins à Nice. Ma vie y a pris un autre cours dans ce lieu agriculturel de poésie réalisée, d’expositions sans musée, de rencontres et d’échanges, de concerts et spectacles où il n’apparaissait pas étrange de s’occuper de jardins partagés, de distribution de paniers de légumes de producteurs du coin et de monter une pièce de théâtre tout en participant à la cuisine collective, de dire des textes lors de soirées appelées Mardis bleus… Ce lieu n’est plus.

Mais la tradition continue, d’une soirée mensuelle de lecture de textes, ouverte à toutes et à tous, ce que nous appelons « Banquet poétique », dans un lieu modeste mais chaleureux. Banquet de mots et de mets, que j’anime avec mon compagnon et artiste Zacloud, au 29 route de Turin à Nice, lieu nommé « Diables Bleus Le 29 ».

Narki Nal - DR

Narki Nal - DR

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