Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - YASMINA MAHDI

Publié par Le Capital des Mots sur 15 Mai 2019, 21:22pm

Catégories : #récits

FICTION

 

 

LE PAPILLON DE NUIT

 

Il faudrait savoir comment cette bourgeoisie négrière a traversé la Révolution, où elle a converti ses capitaux...

 

MARS 1959

Amor Driss, l'adjoint d'Amirouche dit "Le Terrible", fut torturé par un officier français./... Deux cent cinquante grandes familles négrières du XVIIIème siècle, à Nantes et à Bordeaux.../... Ils ont foutu par terre un berger du djebel... et ils l'ont achevé à coups de pieds./C'est la France qui a exporté la torture en Algérie, la liquidation expéditive de milliers, de millions d'êtres humains, torturés et fusillés à l'aube./...Le tour des cafés le soir : vous prenez tous les types qui s'accrochent au bar ou tous ceux qui déblatèrent et qui portent haut leur virilité, les épaves entre la pisse et la bière, et vous leur demandez : "Qu'avez-vous fait en Algérie?"/Prenez votre famille : "Les Fellaghas, c'était eux ou moi, hein!"/Le Mezdour, construit en 1960, était en réalité un camp de concentration à la Vauban, avec un fusil mitrailleur pointé en permanence dans l'axe des rues./Plus tard, des égorgés et des pendus et des noyés et des rôtis, voilà.

 

ALGÉRIE/J’ÉCRIS TON NOM

"Dans les anciennes villes aux noms français, les propriétaires terriens tyranniques faisaient la loi sur nos terres, en employant des méthodes irrégulières. Sur la colline de Beni Flick, complice avec des voyous achetés par des légionnaires, un gros possédant avaient fait exécuter des dizaines de paysans qui avaient refusé de régler des patentes pour pouvoir cultiver leur lopin de terre. " À ces mots, chuchotés par la grand-mère Asti, le cœur de Farida brûla de douleur, une révolte enflamma tous ses sens. Elle comprit alors l’injustice de la propagande contre les révolutionnaires, fellaghas de montagnes, affamés et humiliés./Un soir, alors que les femmes puisaient l’eau au vieux puits central, une ombre enveloppée d’un châle s’avança sur le chemin caillouteux. Un poignard à la ceinture, une toute jeune fille, la chevelure dissimulée par des voiles, se dirigeait vers la forêt, un panier en équilibre sur la tête. À l’intérieur, des armes destinées aux rebelles se trouvaient enfouies sous des galettes entourées de linge.

 

HISTOIRES CHINOISES

"Dans l'ancienne société si ténébreuse, les propriétaires de pêcheries despotes faisaient la loi dans nos villages, y exerçant une tyrannie sans nom. Sur ce tertre de la Trompe d'éléphant, de connivence avec des réactionnaires kuomintaniens, un grand propriétaire avait fait massacrer plusieurs pêcheurs qui avaient refusé de payer des impôts." Au récit de Li, une haine implacable contre les ennemis de classe s'alluma dans le coeur des enfants./Un beau matin, alors que les miliciens de la brigade de production de Tsaohsi faisaient de l'exercice sur la plage, une lance sortit brusquement d'un bosquet non loin de là. La très jeune fille qui la tenait en main, venait faire ses exercices militaires à l'exemple des miliciens, ses aînés. Comme elle avait envie de devenir, elle aussi, une milicienne au service de la Patrie ! Cette fillette du nom de Hai-Houa (Fleur de la mer) est membre de le Petite garde rouge de l'école primaire Étoile rouge. Elle chasse les taupes, les loutres noires. Elle porte en bandoulière un fusil, ses cartouches, et des rubans rouges à ses longues tresses.

 

ROMAN ANGLAIS

"Non, ce n'est pas vrai, affirma Willie avec chaleur. Bien sûr, tu n'as pas les longues boucles et les yeux bleus de cette fille-là, et j'imagine que tu n'es pas ce qu'on peut appeler une beauté, mais quand tes joues sont roses et que tu ris de bon coeur, je trouve, moi, que tu es la fille la plus charmante que j'ai vue de ma vie. Et je me moque de ce que peuvent penser les autres du moment que j'aime ton visage. Et si tu as de la peine, je souffre autant que si c'était mon chagrin".../Mais le malheur vient quand on ne l'attend pas. L'oncle True tomba malade. Une attaque de paralysie s'abattit sur lui, et Gerty le soigna avec dévotion. Il put tout de même se lever péniblement, et quand le médecin lui ayant ordonné de faire le plus d'exercice possible, mais sans fatigue et en douceur, Gerty sortait avec lui, soutenant de toute sa jeunesse le frêle vieillard infirme, qui se déplaçait si lentement. Partout ce couple étrange suscitait la curiosité et la pitié mais Gerty, qui veillait tendrement le vieil homme, ne s'en rendait pas compte. Elle n'avait d'yeux que pour son bienfaiteur. Les maigres économies de l'allumeur de réverbères fondaient rapidement et elle avait du mal à pourvoir aux besoins du ménage. Il allait falloir faire quelques tâches ménagères, ou bien dispenser quelques cours à des filles et des fils de bonne famille, les assister également dans leur quotidien d’enfants gâtés, de parents riches./La nuit tombait sur la ville. L’on ne distinguait plus que quelques ombres errantes. Assise sur les marches branlantes d'une pauvre maison d'un quartier misérable, une petite fille de huit ans contemplait la rue vide, les arbres dépouillés. Elle était pieds nus, en haillons. Dans son visage pâle et maigre, encadré de longs cheveux noirs emmêlés, seuls ses grands yeux sombres et attentifs portaient une apparence de vie. "Gerty! hurla une voix rude et rocailleuse. Le lait, le pain, les oeufs !" L’enfant jeta un regard apeuré vers l'intérieur de la masure et, se levant d'un bond, courut se réfugier à l'abri d'un porche voisin. Un brouillard étrange commençait à tout réduire. Au même instant une grande et forte femme, haute en couleur, grossière, apparut sur le seuil que l'enfant venait de quitter : "Où donc est-elle, cette diablesse, cette crève-la-faim ? " grommela la virago. "Ah ! Si je l'attrape..." Un petit garçon du voisinage, qui avait suivi la scène et qui détestait la petite comme tout le monde, indiqua du doigt la cachette où elle s'était réfugiée. Il put alors contempler avec grande satisfaction la correction que l’ignoble femme infligea à la pauvre Gerty. Une gifle pour sa laideur, une autre pour ne pas avoir répondu à ses cris, le fouet pour son insolence - car elle adressa force grimaces à Nan Grant, qui la rouait de coups, sous les rires et les jurons des sans-le-sous./

 

[…]

 

 

YASMINA MAHDI 

 

 

Plasticienne.

 

( Notice La Cause Littéraire ) 

 

Yasmina Mahdi, née à Paris 16ème, de mère française et de père algérien.

DNSAP Beaux-Arts de Paris (atelier Férit Iscan/Boltanski). Master d'Etudes Féminines de Paris 8 (Esthétique et Cinéma) : sujet de thèse La représentation du féminin dans le cinéma de Duras, Marker, Varda et Eustache.

Co-directrice de la revue L'Hôte.

Diverses expositions en centres d'art, institutions et espaces privés.

Rédactrice d'articles critiques pour des revues en ligne.

 

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