Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - DOMINIQUE BERGOUGNOUX

Publié par Le Capital des Mots sur 4 Avril 2019, 06:14am

Catégories : #poèmes

A nu

sur le fil de l'âme

écorchée

la mélancolie se cache

sous la cuirasse usée

C'est là qu'un chant crépusculaire

distille en secret

des notes murmurantes

comme des petites morts

dans la nuit fracassée

la douleur est un monstre sauvage

elle brise la parole

en morceaux épurés

taillés

à fleur de plume

illuminés

dans le noir abyssal


***

Le cri bleu

que lançaient tes yeux en mal d’horizons

ta voix alourdie de tropiques


 

J'ai lu dans ton regard

le rébus des marées

sans retour

J'ai bu le sel et l'écume des larmes

à la crête des mots

Tu n'étais plus là

tu avais pris la mer

je suis restée

à terre

en rade


 

le cœur lourd comme une ancre


***

Alors on court, on court tout le temps

on court après le temps

l’amour la jeunesse le soleil la tendresse


 

On court dans la rue

dans le métro dans les parcs


 

On zappe on surfe on twitte on like on poke on share

-toujours connectés

à cette petite lumière qui clignote dans la nuit

avec des pouces bleus

des smileys jaunes fendus

et des cœurs roses qui s’empilent


 

Comme si ça pouvait

empêcher la mort

de tout arrêter

net.


***

Fin de dimanche

le jour décline

le gris gagne

un nuage prend de la couleur

rose

ça donne un ciel à la Watteau


 

les voitures se rangent à leur place

en épi

l'une après l'autre

et moi

en double file,

qui n'arrive pas à rentrer

chez moi


 

les familles sortent leur week-end du coffre

des enfants boudeurs

assis dans les feuilles mortes

jouent

avec un ressort jaune


 

mon cœur suit sa course

spirale perpétuelle

et retombe

dans le vide

entre leurs pieds


 

bientôt on allumera les veilleuses


***

Je n'ai pas d'autre chant

Que celui que je tais

J'écoute dans mon cœur

La frange d'un écho

Mon ombre boiteuse

Ma voix aphone

Ont épuisé

Leur tranche de lumière


 

Nous sommes si nombreux

A errer dans la nuit

A graver des signes

Sur les parois enfouies

De nos grottes virtuelles

Pour ne pas mourir tout à fait.


***

L'écriture est une porte ouverte

sur le monde

les arcanes

du chant intérieur


 

un basculement ébloui

les pieds dans le sable

les yeux mouillés de larmes


 

c'est une plage dans la nuit


 

une prière avant la mer


 

une cicatrice intime

         lumineuse

comme une rivière bleue


DOMINIQUE BERGOUGNOUX

 

(

 

Elle se présente :

 

Née en banlieue sud de Paris, elle a fait presque tous les métiers : visiteuse médicale, hôtesse de l’air, responsable de communication culturelle, professeur de lettres, documentaliste, orthophoniste.  Mais elle a toujours écrit, de la poésie surtout, et chanté, souvent — du jazz à la bossa. La musique des mots comme dénominateur commun. Elle a publié  : À rebrousse-cœur (La pensée universelle, Poètes du temps présent, 1981), et dans Les cahiers du détour/Silence n° 5 (Acerma, 2000), ainsi que quelques poèmes récemment publiés par les revues en ligne Le Capital des Mots et Lichen.

Elle poste des poèmes sur sa page Facebook depuis quelques années et appartient à plusieurs groupes de poésie, dont « Vents de haïkus ».

Un recueil  en autoédition.

 

Dominique Bergougnoux - DR

Dominique Bergougnoux - DR

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