Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - MATHIAS LAIR

Publié par Le Capital des Mots sur 21 Mars 2019, 18:04pm

Catégories : #poèmes

jubilation

 

on avait l'élan la turgescence

on pressentait des jours

heureux on croyait l'angoisse

du suspens une attente seulement

bientôt disparue

alors que l'on voit

déjà la fin la petite

mort comme prélude le grand

jeu n'est pas si loin qu'on

l'aurait voulu la chair joyeuse

n'altéra la menace

pas autant qu'on l'aurait

voulu

––––

tout compte fait depuis

le premier jour sur le chemin

le cartable à la main

pendant soixante an et plus

accepter le sort on avait

pour nous jeté les dés d'avance

cru l'espoir radieux quand

serai grand (pourtant près

de soi d'édifiants contre

exemples pa et ma) mais

l'espoir grimper l'échelle

plus tard toujours triomphant

ou

simplement abruti c'est mon cas

n'imaginant pas d'autre sort

possible alors cheminant disant

bonjour au monsieur cet immense

étouffement à petit

pas avancer

dans cette purée

–––––––––––––

la fin s'allège

elle ne pèse plus alors qu'elle

s'annonce comme déliaison

peut-être on la voudrait

enfin libéré du sort

–––––––––––––––

malgré les bonnes raisons

bien construites

les obligations de tous les

progrès possibles grandir

prospérer jouir de tous

les biens la réalité bien

établie où résider vaquer

peiner intacte la question

du premier jour

 

 

 

 

 

Presque rien

 

peut-être ça

comme pied de nez aux grandes

entreprises qu'il nous faut

conduire à moins d'être conduits ou bien

trainés entrainés malgré soi pour

bouffer simplement

 

infimes histoires

du journalier valorisant

en rien lever

manger dodo et surtout

l'art d'agencer les plaisirs

à chaque minute de vie

rien de soufflant ni

conquérant simplement

aménager la place de

la tasse le matin

accueillir la lumière

disposer l'espace autour

de soi les objets familiers

tout un jeu de nuances

où puiser un plaisir

léger

vivre sans plus sans

la formidable épopée

du progrès humain

débarrassé (ou plutôt

ignorant) du toujours

plus

rester en paix en deçà

du désir être

seulement livré

à une coulée de vie

trouver là l'essentiel

le bruit de base

simple coulée de vie

au fond n'avait voulu

que ça

avait dû sortir

par forceps jeté

au sacrifice universel

école boulot conjugo

fallait la cadence

l'aimer de force s'inverser

prendre goût au mauvais

cad l'exploit perso conquis

par l'effort la suprématie

d'être quelqu'un sur

l'échelle gravir

les barreaux de

la prison facile

l'étant n'a d'autre

ressource qu'aimer

là comme c'est

pour subsister du coup

ignore la fenêtre ouverte

 

sentir l'obscure montée

du suc de vivre chaque

instant sans rien

à dire ou démontrer

revenir au presque

végétal

 

Regrets

 

quelle voix

s’est tue a-t-elle

un jour clamé

babillé voix

en quoi nous

étions en elle

l’être retiré

–––––––––

(en)tendue vers

elle douce et

dure ne nous

connaissait pas

qu’importe elle

était là

–––––

il suffisait

de cueillir

on l’a voulu

domestiqué

en rangs serrés

le blé capital

dans les silos de béton

châteaux forts

contre l’ennemi

–––––––––––––

et nous aussi

carapaces lentement nous

nous déplacions lourds

d’une richesse en quoi

étouffer

 

 

 

 

 

Porter ce qui me porte

 

quand mise au net

la peau raclée de tous

fantasmes croyances en les belles

raisons quand rien

ne tient au sujet de quoi

avancer par où pour qui

ainsi mis au plus

désert on avait cru

jouir quel tord boyau

toute la maison mise à bas

–––––––––––––––––––––

voulu j’avais

nettoyer nettoyer

chercher le nu

jeter les falbalas

histoires familles amours

idées et combats je moi

et les autres les j’y

viens j’y cours j’en

meurs ou jouis

toutes ces couches

endossées l’une à l’autre

et dessus et dessous et

dedans à ne plus

savoir qu’y suis-je

alors nettoyer décaper

à l’os plus de

chair vibrionnante

mais un pur et serein

réceptacle où n’être

qu’une pure odeur

de rose

 

s’évider

––––––

abandonner ce dont

nous fûmes dépouillés

ces raisons à vivre comme

des loques tombées dans

la désolation au plus net

reste un bourgeon

––––––––––––––

des traces encore

d’une eau sur les sables

l’oued de pierres brossées par

une absence que le vent

la poussière la lumière

on se demande l’arbre

comment les rares branches

et feuilles pointues

faisant l’ombre légère

il pousse

–––––––

évidence

du désert sans histoire

des origines nos traces

donnent matière

au vide

––––––

la peau raclée

de ses graisses

bientôt raide comme

un parchemin

–––––––––––

l’humain tombé

de moi plus de goût

pour (peut-on oser

dire sans encourir

les foudres humanitaires)

il a failli comme

un fruit blet

tombé (voilà pourquoi pas

poète) suite à saletés

il a fallu

se débarrasser

–––––––––––

colère ire irritation courroux exaspération

inimitié antipathie animosité

emportement haine aversion

répulsion répugnance et abomination

exécration hostilité fureur

fiel et venin furie

dépit indignation ressentiment

rogne et rage

agitation déchainement tempête violence

véhémence virulence

frénésie ardeur fougue et foudre

explosion fièvre

et tout autre transport

 

comme tu me fais du bien

–––––––––––––––––––––

bonne vieille rage

mon amie emporte moi

que je parte avec toi

loin de ce champs

dévasté des batailles

 

quelle paix quel silence

plus rien ici

qui nous retienne

 

 

 

 

J'ouis

 

Je n'ai jamais cherché que ça

dans le tremblement décoller

la tête aux étoiles décollée cou

coupé en plein sidéré

d'écrire au jouir comme si le physique

si peu vite fait alors que je voulais

m'installer alors dit Thérèse

« le désir n'est plus mêlé d'inquiétude »

au lieu de la jaculation passagère

tout désir éteint dans la joie

écrire ainsi renverse l'ordre

des plaisirs dans l'ascèse loin de

tout objet la joie détachée et même

libérée de moi par la faux du poème

ce fameux coup constate dans son intérieur

« deux êtres distincts dont l'un semble n'avoir rien

de commun avec l'autre tant ils sont séparés

par une distance immense »  dit encore Thérèse

entre l'assis et celui qui trace ailleurs

dans le méta ainsi voudrais-je

aux quatre coins éparpillé d'être

à la mer retourné le soleil dit l'autre

mais non

–––––––

chercher l'état

pas d'excitation pour ouvrir la porte

se referme au moment d'entrevu

ça venait ça allait venir et puis non rejeté

dans l'oubli déjà ne pas recommencer

l'aller venir trouver l'état

dans le méta mais non

pas d'éternité alors de rage jeter

les papiers d'illusion du poétique

plutôt mytho le faux vrai de l'espoir

toujours recommencé dans le ça va ça vient

seul reste l'oubli et quelques traces

mortes sur le papier comme cendres

ou tache anonyme sur le drap

––––––––––––––––––––––––

la raison en est

dans le retrait du soi plus de main tendue pour

la fécondité le jouir l'exige ne peut survenir sans meurtre

de l'autre plus de moi toi nous le jouir est à soi seul

dans la perte du soi l'autre oublié depuis longtemps

(sauf à entendre ses cris ses battements comme si

la mer retournée à son soleil se prendre

à croire qu'elle parviendrait à l'autre pas à soi)

 

ainsi le jouir serait toujours la perte

disparue d'apparaître

en rien la montée continue d'une sève

le vol sans fin comment se contenter

de ça

 

 

 

MATHIAS LAIR 

 

Il se présente : 

 

 

J’ai vite découvert l’état de l’édition en poésie, ce qui m’a amené à éditer la revue mot pour mot, et à pratiquer l’imprimerie offset. Dans la foulée j’ai été quelque temps représentant pour alternative diffusion. J’ai défendu le droit des auteurs en créant le calcre (Comité des auteurs contre le racket de l’édition), en militant à l’union des écrivains, puis à la SGDL. Donc je connais ce qu’on appelle « la chaîne du livre ».

Sous le nom de mon alter ego, J.-C. Liaudet, je publie chez Fayard, Flammarion, L’Archipel, Albin Michel des livres de psychanalyse pour le grand public.

Sous le nom de Mathias Lair je publie régulièrement en revues (Tarabuste, Europe, la défunte Passages d’encre, Verso, les Cahiers du sens…), et tiens deux chroniques : Il y a poésie dans la revue Décharge, Humeurs dans la revue Rumeurs. Dernières parutions chez les éditeurs :

  • Des poèmes : Écrire avec Thelonious, Atelier du Grand Tétras, 2019 / Amour dépris, La cour pavée, 2017 - encres de Jacqueline Ricard / Bandes d'artistes 19, Lieux dits éd., 2017 - peintures de Jacques Thomann / Ainsi soit je, Ed. La rumeur libre, 2015 / Pas de mot pour, Ed. Éclats d’encre, 2011.

  • Des romans : Reste la forêt, Sans escale, 2019 / L'amour hors sol, Serge Safran, 2016.

  • Des récits et nouvelles : La chambre morte, Ed. Lanskine, 2014 / Aïeux de misère, Ed. Henry, 2014 / Oublis d’ébloui, cinq récits amoureux, L’échappée belle, 2013 / Enfin, Ed. Gros textes, 2012.

  • Des essais : Il y a poésie, Isabelle Sauvage, 2015 / Écrire sans sujet, coll. Trait court, Passage d'encres, 2013 / A la fortune du pot, anthologie d'expressions populaires d'origine culinaire, rééd. L'Opportun, 2013.

 

 

 

 

Matthias Lair - DR

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