Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - ANDRÉ CHENET

Publié par Le Capital des Mots sur 10 Mars 2019, 20:08pm

Catégories : #poèmes

Avant l'aube

 

Petit pays de paroles, sans encre” Thierry Metz

 

Le silence peut-être

un piège mortel surtout

qui efface jusqu'à l'ombre

de la bien-aimée

nie les arpèges

accumulées dans la gorge

du rossignol

détrôné en automne

par le verbe lourd

des corbeaux ventriloques

 

Du dehors au dedans

sont venus les mots

par phrases sans suite

qu'il fallut lier au chant

avec de l'argile et des herbes

avec des songes tristes

des absences sous la lampe

jusqu'à ce que peut-être

une figure se précise

née d'une parole perdue.

 

 

***

 

La douce loi des genres

 

reste là dans ta forme première mais

changeante pour chaque passion.” Jean-Pierre Duprey

 

Tes seins mon amour

ton regard provocant

tes baisers écarlates

tes hanches tes épaules

mon amour

tes fesses ta danse du ventre

tes reins insurgés

tes champs tes bosquets

ta sente serpentante

mon amour

Ton sexe débridé

tes coups de griffes

ton clitoris électrifié

tes murmures tes cris

ta rivière profonde

où je me noie

mon amour

sous un ciel d'extase

ton impatience

ta respiration haletante

ton ventre arc-bouté

ta beauté écorchée

de caresses acérées

mon amour

tes gestes fous ton délire

tes jambes de jument solaire

ruant entre des barbelés

entre lesquelles

je rejoins la foudre

ton coeur battant les tambours

de l'amour mon amour

ta bouche de clown tragique

balbutiante douloureuse

tes yeux en pleurs

qui m'arrachent à moi-même mon amour

ta vie écartelée

sur la roue caressante

d'un soleil attendri

 

***

 

Le jeu des questions

 

« Bouche, anus. Sphincters. Muscles ronds fermant not’tube.

L’ouverture et la fermeture de la parole. » Valère Novarina

 

Quoi! le bonheur?

C'est un chien aveugle

qui renifle le cul des hommes

comment dire enfin

l'anxiété où se consume le coeur

le murmure angoissant des veines

et la neige carbonique de la douleur

comment dire en gardant les lèvres closes

 

dans le silence avorté des limbes

dorment des animaux détraqués

des horizons sans issues voguent

derrière les grillages des regards

 

Comment répondre

à cette part de la nature

qui en nous implore les astres?

Désormais nous regardons

passer les siècles superflus

et la parole se perd

parmi les broussailles sèches

sous des miradors d'acier

 

Quoi! Le bonheur?

il vous brise les jambes

vous prend en tenaille

du matin au soir

 

Rentrer en soi-même

dans l'indifférence du fou

qui se cache derrière les mots?

S'acharner dans la nuit

pour interroger ses peurs ?

Mettre au monde

de jolis petits monstres

s'éparpillant au gré des hasards?

 

Ces trois poèmes sont extraits du recueil “Poèmes volés”, 2017

 

******

 

Sur le fil du temps

 

à Tristan Cabral, poète funambule

 

L'homme tu ne le connaîtras

qu'au bord du chemin

en partageant un repas de mûres

ou bien en titubant d'ivresse

au bord d'un précipice

dont on en voit pas le fond

l'homme jamais comblé

qui t'appelle et te presse

te défie et t'envie

te trahit et t'oublie

il se courbe l'homme

quand il est triste

parfois il demande pardon

mais il est presque toujours trop tard

 

L'homme tu ne le connaîtras

qu'au bord d'un précipice

acculé par un ennemi invisible

qui n'est autre que toi-même

ou plutôt tu le reconnaîtras

après avoir bousculé sa nuit

comme une étoile filante

traversant rêves et désirs inavoués

il a mal à sa vie l'homme

son silence pèse lourd parfois

et les questions qu'il ressasse

finissent par former des noeuds

dans sa gorge serrée de solitude

où les mots d'amour ne passent plus …

 

Buenos Aires, le 14 mars 2018

 

 

***

 

Aux miens

 

Je prendrai mon temps tout mon temps

avant de mourir et m'en aller dans un soupir

ma raison ne me sera d'aucun secours

je vous la laisse je vous l'abandonne

à vous mes amis ensoleillés qui êtes restés là-bas

Je n'aurais été pour vous qu'un arc-en-ciel émerveillé

une apparition soudaine entre deux violents orages

A présent je savoure le calme de la marée haute

sans honte ni remords ni regrets je contemple

tout ce qui m'a retenu et réjoui ici-bas

en dépit des craquelures menaçantes sous chacun de mes pas

J'aurai aimé à ma manière cette existence déroutante

dont l'exil permanent ne fut que le plus aimables des maux

qui m'aura permis d'échapper à la curée des hyènes

se disputant les entrailles encore fumantes de mon humble fratrie.

 

 

Buenos Aires, le 28 février 2018

 

 

ANDRÉ CHENET

 

André Chenet vit entre Buenos Aires et Paris. Depuis 2006, il publie “Danger Poésie, le premier blog français transformé en revue de poésie (http:/poesiedanger.blogspot.com). En 2004, il a fondé la revue imprimée d'Art et de poésie “La Voix des Autres”. Passeur de poésie, il a organisé de nombreuses rencontres dans le sud-est de la France, à Paris et Buenos Aires. Il a fondé le Festival “Les Fous du Loup” (2012-2016) dans la région niçoise, et en 2018 à Buenos Aires il a organisé avec la poète strasbourgeoise Aurélie Menninger le festival itinérant “Poesia en la piel” (La poésie dans la peau). Il a aussi écrit et interprèté de nombreux spectacles de poésie avec des amis poètes et musiciens.

Ses dernières publications: « Au coeur du cri » (Les Voleurs de Feu éd. - 2010), « Secret poème » (Ed. Chemins de Plume – 2013).A paraître en 2019 : « Mélusine Réenchantée ».

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André Chenet - DR

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