Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - KHAMYLLE-ABEL DELALANDE   

Publié par Le Capital des Mots sur 18 Janvier 2019, 14:53pm

Catégories : #poèmes

 

j'aurai vécu à l'instar des clairières

l'âme entre écorce d'ombre et branche soleilleuse

le cœur juste touché par la main des lisières

j'aurai vécu comme un mendiant aux pensées noueuses

ayant dans les poches le ciel d'avant-guerre et pourtant

tirant de mes larmes la nuit heureuse

comme un marcheur qui passe un doigt sur la suie des années

et qui attise le rêve comme le feraient les vents

j'aurai vécu à l'instar des clairières dans l'onde abandonnée.

 

*

le ciel retourne au sol

dont il a été tiré

ses étoiles sont

des branches de vie

où poussent des bourgeons

de liberté

 

le ciel fane

et se transforme

nomade comme les nuages

qu'il accueille

ses racines profondes

puisent dans les pensées

des hommes

 

le soleil

ivre de lui-même

bat.

 

*

quand la nuit te réclame

toi le pianiste aux doigts celés

quand tu dénoues tes gammes

dans le ciel morcelé

quand de tes mélodies

s'érige le blasphème

quand tes silences deviennent des non-dits

et libèrent le frissons des notes blêmes

appelle l'univers à cette orgie de sons

rassemble au-delà de la nuit poètes et mélomanes

et joue le concerto des étoiles gitanes

pour y sculpter nos âmes à ta noble façon.

 

*

peints sur la toile

les sentiments

sèchent

comme des couleurs

évanouies

ils parsèment le tableau

tels des mots engourdis

ne disant

que l'apparente grâce

du monde

 

la nuit chromatique avance

à pas de nuage

les vagues s'étirent

mais il y a plus que les vagues

 

il y a le temps

qui fuit

torrentiel et implacable

il y a l'homme impuissant

il y a le sombre

et le funeste

il y a

les émotions qu'infuse

l'océan

lorsque nul ne le voit

les gestes de la mer

qui semble parler sans mots

et le fragile du monde

dans son écorce

d'éternité.

 

*

quand tu auras atteint les âges difficiles

quand sur toi le temps passera sa faucille

quand ton visage aura le reflet de la mort

quand le blé de l'hiver germera à l'aurore

quand tu prendras en toi la neige dévastée

quand un sillon de feu glacera tes saisons

quand la cendre évanouie collera au tison

que l'âtre pâlira d'un présent contrasté

tu sauras que la vie t'a laissé tout ton dû

qu'elle t'a offert l'espace qu'il fallait à ta course

tu sauras que tes jours ne sont que méconnus

et que tout revient vite au calme de la source.

 

in En cet Épi je couds la destinée – Les Coteaux fugitifs

Novembre 2018

 

 

 

 

 

KHAMYLLE-ABEL DELALANDE 

 

​​​​​​​

Il se présente :

 

 

Poète breton né à Dinard en 1981. Il fait ses études universitaires de Lettres à Rennes. Après quelques années d'enseignement sur Paris et la Bretagne, il se consacre aujourd'hui exclusivement à l'écriture. Il a publié plusieurs recueils dont La Traversée du non-lieu (2013), La Conjuration des Roses (2018), Sémantique de l'absence (2018). Il a été publié dernièrement dans les revues Le Capital des mots et La Page blanche. Il fera quelques apparitions très bientôt dans la revue Lichen.

Il anime aujourd'hui son blog d'artiste : khamylle-abel-delalande.over-blog.com

Khamylle-Abel Delalande- DR

Khamylle-Abel Delalande- DR

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