Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - GÉRARD LE GOFF

Publié par Le Capital des Mots sur 2 Décembre 2018, 21:18pm

Catégories : #poèmes

Noël 

 

Enfants, vienne le vent voulu vif : voici l’hiver !

Vous rêvez Noël comme le vieillard rêve sa vie,

Comme les oiseaux en cage espèrent le chènevis,

Quand le solstice endeuille les jours de l’univers.

 

Vous rêvez Noël comme le vieillard rêve sa vie,

Mais ne pouvez encore savoir du ciel l’avers

Quand le solstice endeuille les jours de l’univers,

Quand le froid du monde se confond avec l’oubli.

 

Mais ne pouvez encore savoir du ciel l’avers

Car trop d’étoiles d’or scintillent dans vos yeux ravis,

Quand le froid du monde se confond avec l’oubli.

Combien d’entre nous saurons les prochaines primevères ?

 

Car trop d’étoiles d’or scintillent dans vos yeux ravis :

Elles sont en carton et les planètes, boules de verre.

Combien d’entre nous saurons les prochaines primevères ?

Enfants, comme il vous tarde ce sapin des envies !

 

Inédit.

Pantoun extrait d’un recueil en cours de composition (sans titre pour le moment) incluant des poèmes écrits en utilisant à dessein des formes traditionnelles de versification comme le sonnet ou le pantoun.

 

***

 

Arthur, l’Abyssin

 

« Je me traînais dans les ruelles puantes et,

les yeux fermés, je m'offrais au soleil, dieu de feu. »

Arthur Rimbaud.

In : Une saison en enfer.

 

A l’été 2017, l’exposition de photographies, qui se tient chaque année à La Gacilly, fut consacrée au continent africain.

Qui ne connaît pas cette charmante petite ville morbihannaise devrait, en cas de visite, être séduit par son étagement coloré. De vieilles demeures, des ruelles fleuries, des ateliers d’artistes, des jardins secrets et des bosquets dégringolent des collines en douceur pour atteindre le cours de l’Aff, une rivière qui se permet une manière de cascade modérée, semée de paillettes solaires, à l’orée de la bourgade.

La majorité des photographies sont exposées en plein air. Les œuvres affichent ainsi des proportions conséquentes voire pour certaines géantes.

Mon attention fut cependant attirée par l’annonce de la présentation de clichés réalisés par Arthur Rimbaud en Afrique ou à lui consacrés. Pour voir cela, il fallait pénétrer dans un bâtiment fait de pierres et d’ardoises baptisé La Passerelle, puis monter à l’étage. On entrait ensuite dans une pièce qui évoquait un grenier.

Les malles ici débarquées et déballées provenaient du musée de Charleville, qui entretient aussi la mémoire charbonneuse du poète.

Je n’avais jamais eu l’occasion de voir les plaques attribuées à Arthur Rimbaud. Elles comportaient une série de trois autoportraits réalisés en 1883 à Harar, antique cité de l’actuelle Ethiopie. Comme il était expliqué dans le texte de présentation, ces images accompagnaient les lettres adressées par l’exilé à sa famille. La première photographie le montrait posant : « les bras croisés dans un jardin de bananes » (sic). La deuxième : devant son logis, sur la terrasse. La troisième : « debout dans un jardin de café » (sic). Complétaient la collection personnelle du « défroqué de la poésie » (Jean Cocteau dixit) quelques prises de vue à caractère documentaire, destinées à l’illustration d’un livre de géographie jamais rédigé : gourbis, venelles, marché. L’auteur commentait au passage la médiocrité des clichés. Elle serait due à la mauvaise qualité de l’eau utilisée au cours du développement des épreuves. D’aucuns pourraient s’étonner du prosaïsme de ces lignes.

Au sortir du bâtiment où régnait une pénombre quiète, je fus ébloui par la lumière et l’azur de ce jour de juillet. Les couleurs de l’Afrique explosaient sur les panneaux démesurés, qui proliféraient çà et là. Elles contrastaient avec les teintes bistre, noires et blanches des photographies que je venais de découvrir. Une profusion d’émeraude et de sang, où l’on discernait, à travers le fouillis des palmes, des rhinocéros scalpés, des éléphants baignant dans leur charpie et tous ces humains chargés de trop d’armes. Cette imagerie dérangeante révélait soudain un continent à la dérive, certes luxuriant mais fragile et tragique.

Moi, qui jamais n’avais dépassé la frontière du Soudan, fasciné par les statues gigantesques de Ramsès II, qui s’érigeaient là près du lac qui faillit les engloutir, comment aurais-je pu deviner l’infini des déserts à venir ? Cet Aden, d’abord, plus proche de l’enfer que de l’Eden ? Cette corne de l’Afrique, ensuite, comme une étrave brûlante rougissant les eaux de la mer d’Arabie ?

Arthur, l’Abyssin, négociant en peaux et café, qui trafiqua de vieux fusils pour le compte d’un souverain se prétendant le descendant de la reine de Saba, mena dans ces contrées une existence blanche comme un vélin abandonné, silencieuse comme une thébaïde. Voulut-il vraiment disparaître dans un univers minéral ? Devina-t-il, plus simplement, qu’on ne pouvait rien inscrire sur le sable, sinon sa propre ombre - éphémère et fugueuse ?

 

Inédit.

Petit poème en prose extrait d’un recueil en cours de composition, provisoirement intitulé : « Les poètes ».


 

***
 


 

Le chat de Charles

 

Innocente bête, sans un soupçon de cruauté,

Le chat frémit sous la caresse ensorcelante

Que lui prodigue le poète d’une main nonchalante,

Quand l’autre dicte avec rage au vélin la beauté.

 

C’est le méconnaître que de ne pas voir le fauve

Qui sommeille en Tibère, cet adorable félin

Qui saigne les souris avec un air patelin,

Et que l’on retrouve ronronnant dans son alcôve.

 

Son regard de fer et d’agate, tel un lointain,

Ne semble exprimer que l’amer et le dédain.

La bête élastique et soyeuse pourtant se meut

 

Pour distraire Charles, dont les pensées de spleen poissées

Enfin se délitent dans une fumée opiacée

Et un parfum angora à peine moins brumeux.


 

Inédit.

Sonnet extrait d’un recueil en cours de composition, provisoirement intitulé : « Les poètes ».


 


GÉRARD LE GOFF 

 

Il se présente : 

 

     Né en 1953, Gérard Le Goff a été successivement enseignant en lettres, cadre administratif de l’Education nationale et conseiller en formation continue. A entrepris depuis son départ en retraite de se plonger dans ses archives, encombrées de manuscrits (sédiments d’avant la révolution informatique), de tapuscrits, de synopsis et de diverses autres élucubrations - plus ou moins inachevés. Un salutaire travail d’élagage (comme on le pratique avec un vieil arbre toujours vigoureux) lui a permis de proposer des textes à peu près cohérents à qui voulait bien s’en emparer.

 

     S’en est également suivie une reprise salutaire de l’activité d’écriture : romans, nouvelles et toujours de la poésie. Travaille en parallèle la peinture et le dessin, accompagné par une artiste professionnelle, qui parvient à le supporter.

 

     A publié quelques poèmes dans les revues Haies Vives (septembre 2017), Festival Permanent des Mots (Mars 2018 et septembre 2018) et Le Capital des Mots (novembre 2018). Une de ses nouvelles (Le jardin dérobé) a été sélectionnée pour paraître dans le numéro 90 de la revue Traversées. La maison d’édition Traversées lui a également proposé la publication en 2019 d’un recueil de poèmes intitulé : L’orée du monde.

 

     Vient de publier aux éditions Encres Vives-Michel Cosem trois plaquettes de poèmes : Cahier de songes (septembre 2018), De l’inachèvement des jours (octobre 2018) et L’arrière-pays n’existe pas (décembre 2018).

 

Son site :

 

https://gerardle-goff4.wixsite.com/monsite

 

 

Gérard Le Goff à Avignon- DR

Gérard Le Goff à Avignon- DR

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