Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - REMOUX

Publié par Le Capital des Mots sur 5 Novembre 2018, 18:22pm

Catégories : #poèmes

Quatre sonnets
 
 
Le parfumeur microscopique
 
Lovés dans l'horizon de l'humus millénaire,
Les antiques parfums, singulier pot-pourri,
Génèrent chaque été l'odeur du pré fleuri,
Campanule et bleuet, cerfeuil et saponaire...
 
Rétréci, j'y recherche un arôme embryonnaire,
Effluve étourdissant, piquant mais non suri,
Qui bouleversera notre odorat tari :
Vaillant je m'enfouis dans le sol quaternaire.
 
J'explore d'un œillet la racine pivot
Puis le germe élégant d'une fleur de pavot.
Cellules contre quartz, motif universel !
 
Je suis piégé, hélas !, si fragile homoncule,
Par une argile sèche, embûche minuscule.
L'âme aussitôt happée abandonne son sel...
 
 
***
 
 
Le taillis
 
Le promeneur l'évite et n'y jette qu'un œil :
Le bois silencieux abrite un grand taillis
Délaissé et touffu, aux baliveaux vieillis,
Charme et hêtre oubliés, havre de l'écureuil.
 
Toutefois une sente a piqué ton orgueil,
Comme ouverte pour toi à travers ce fouillis.
Tu fais deux ou trois pas, défiant les baillis,
Et pénètres vaillant la terre du chevreuil.
 
Le fourré se referme en un piège de bois !
Lierre et ronce alliés t'enserrent, aux abois !
Ton corps est comprimé, bleu de sang empêché.
 
Ton âme épanouie en rêves-chlorophylles,
Les bras couvert d'écorce, aux mille doigts sessiles,
D'herbe et de fleur tu vis l'extrême étrangeté.
 
***
 
 
La serre
 
Dans l'atmosphère moite, une liane enserre
Un imposant ficus et l'étouffe en silence,
Lentement, sans effort, singulière indolence,
Puis retombe en cascade au faîte de la serre.
 
Mousses et papyrus, abrités par le verre,
Prospèrent, émeraude, en leur munificence, 
Emplissant le bassin, la fontaine en faïence,
Et se multipliant jusque dans la resserre.
 
Je me suis assoupi auprès des capillaires,
Aux opposés rêvant des destins similaires :
Devenir végétal, telle est l'apothéose !
 
J'entrebâille mon corps et pénètre dans l'eau...
Myriophylle adhère à mon âme, à ma peau !
Tissus contre tissus se crée la symbiose.
 
***
 
 
L'aurore
 
Au revers de la nuit, l'aurore est ponctuée
De rêves obstinés et d'étoiles têtues.
Les grillons ont cessé leurs comptines ténues,
À l'horizon paraît la lueur irisée.
 
Une ombelle géante empesée de rosée
Ploie dans la pairie haute, où ses douleurs sont tues.
L'ombre tient le taillis aux tiges rabattues
Écrin de la renarde à la robe efflanquée.
 
Au tout premier rayon, encor froid et tranchant,
Les épis oubliés illuminent le champ,
Puis l'entier paysage éclôt dans son émoi.
 
Le lit de lumière découpe la pénombre ;
À sa proue je m'enfuis pour demeurer dans l'ombre,
Retarder ce moment du soleil blanc sans toi.
 
 
 
 

REMOUX 

 

Il se présente :

 

 

Pierre Gondran dit Remoux, né le 29 août 1970 à Limoges, Parisien d'adoption, formé en biologie, je me sens poète sur le tard : pourquoi pas ?
Muséum d'Histoire Naturelle de New York. © Remoux- DR

Muséum d'Histoire Naturelle de New York. © Remoux- DR

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