Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - MIGUEL COELHO

Publié par Le Capital des Mots sur 24 Novembre 2018, 20:49pm

Catégories : #poèmes

 

 

Les rêves de Paris 

 

 

Sables du lointain. Le rêve déclos des banlieues

Et des tours m'emprisonne en ces hautes chapelles

Que l'on peut voir de mon balcon à Marx Dormoy,

Dressant leur silhouette nue, ouvrant de larges ailes

Sur les no man's land du sommeil de Clignancourt

 

Et je me plais à imaginer ces faubourgs

Qui n'étaient que campagne au temps des plus anciens rois,

Cette même aube allumée dans le ciel montmartrois

 

Qui d'un poudroiement d'or sur le moutonnement

Sans fin de la vague des toits fuse et file au loin

Vers les forts de Bretagne et les derniers prés de France

 

Jusqu'à la mer dormant sous l'écume du visible,

La mer que pour un peu j'entendrais battre à mes tempes

 

 

***

 

La banlieue parisienne a des airs de Monet

Quand s'évanouit au loin le pâturage des toits...

 

Alors, la rouille des péniches et les soleils

Déteints venus mourir vers le canal revêtent

La grisaille des eaux d'une couche éphémère,

Intermittente, d'or pâle, et l'heure profonde

Se suspend aux reflets du bel après-midi

Prêt à s'allonger entre la pluie et l'éclaircie,

Aux racines des jours qui se perdent en moi,

 

Et toujours ma pensée est ailleurs, vers ces villes-

Miroirs, ces lieux dont je n'ai pas la moindre idée,

Qui empruntent ton corps, ta langue et ton visage,

Dans la fraîcheur de l'herbe, aux abords de la parole.

 

 

 

***

 

Musique matinale, un piano fait ses gammes

A la fenêtre, un peu d'août est tombé vers l'automne.

Dans la cour de l'immeuble esseulée, il n'est personne

Pour écouter les sons qui pourtant brillent dans l'air

Comme une étoile inaperçue illuminant

          L'espace vide autour d'elle pour des yeux absents

 

          Ainsi l'éternité de ce jour brille en son lieu

          Déjà plein de projets humains, de rumeurs lointaines,

          De vies accumulées en des cités souveraines,

 

           Et le ciel de cet unique instant d'où je vous parle,

           Qui peu à peu se peuple de cris, de roulements

           D'autobus, de toute une mer qui gronde au-dehors,

           Se remplit d'un bonheur sans consistance ni corps...

 

 

MIGUEL COELHO 

 

 

Il se présente :

 

 

Miguel Coelho est né en 1973. Il enseigne la philosophie en région parisienne et mène en parallèle une activité de pianiste improvisateur, en lien, notamment, avec l'association Le Capital des Mots et le poète Éric Dubois. Certains de ses poèmes ont été publiés en revue (Paysages écrits, Traversées, Recours au Poème... ).

 

A publié "Quasi-haïkus" aux éditions Unicité, 2018. 

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