Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - HÉLÈNE LACOSTE

Publié par Le Capital des Mots sur 2 Novembre 2018, 11:41am

Catégories : #poèmes

 ne fais plus couler l'eau dans ma gorge
ce que j'aime est
                                                             sans soif

 

 

***

Lettre de nuit à mon chien rouge

 

 

Chien rouge je n’ai plus d’envie et si je m’y reconnais c’est pour ne pas rire. Rire.

L’éclat que provoquerait l’ouverture de la bouche je ne me le permettrais pas. Trop voyant, trop radical trop de bruit.

Je me confonds dans tes poils mon petit chien rouge c’est pour que tu me souhaites une bonne nuit, un bon rétablissement, un petit bonheur.

Souhaite-moi petit, tout ce que je peux me souhaiter, tout ce que je peux me dire. J’ai besoin de l’entendre de ta voix, de ton filet sonore j’ai besoin de me blottir dans ton courage, dans la monotonie de ton quotidien.

Je me complairai dans ces poils si longuement léchés. Te lèches-tu petit chien, lorsque je ne suis pas là ? Non ce n’est pas toi, mais qu’est-ce que tu fais ? Quand je ne suis pas là, qu’est-ce que tu fais ? Il te suffit d’habiter cette longue journée qui se découpe en jours et d’aller ainsi jusqu’au fond de ta vie. De mourir ainsi après avoir vécu. C’est tout.

C’est tout ce qu’il te faut mon chien rouge, je le décide ainsi quand je te regarde.

 

Sans bruit, j’aimerais que tu nous dises, chien de malheur pour qui tu travailles. Pour quel diable tu te prends à ramper ainsi des jours entiers. Désespères-tu ?

Tu devrais te désespérer de toi, de cette vie dans ton ventre que tu souilles à dormir. C’est un filet de bave au coin de ta bouche, comment tu peux croire que je t’aime.

Penses-tu que je suis comme ce filet de lave qu’il me suffit de couler le long de ton corps pour t’appartenir ?

Je m’approche de toi je caresse ton dos deux ou trois minutes puis je t’étrangle doucement. Je préfère te pincer, te pincer mon ami. Je te précautionne. Je te livre. Je t’étire. Je t’aboie au visage c’est un petit chien. Je suis ce petit chien c’est pour ne pas crier. J’aboie maintenant c’est de plus en plus grave ce qui me passe par la tête. J’aboie plus fort que toi et toi tu ne fais que pleurer j’assaisonne mes coups de poing de petites griffes aiguës. Je résonne dans ta tête. Tu vois je suis tout ce que tu n’es pas. Tu m’entends maintenant. Tu m’entends !

 

Je n’ai plus d’oreille tu m’as mordu à sang. Tu t’es vengé peut-être, c’est un autre nom pour désespoir. Moi j’attendais que tu te venges.

J’ai aimé mon sang dans ta bouche, quoi de plus brutal. Je t’ai pincé. J’ai pris ce goût âpre que tu cherchais je l’ai introduit dans ton corps par la voie de mon sang.

Je n’ai plus besoin de crier maintenant.

 

 

***

 

 

je ne peux pas m'attendre de toi

je me déchire lentement de ta peau sans remord

hors

de l'amour

singuliers nous ne sommes plus sacrés

 

 

 

 

dans les saccades d'un rire oublier le tremblement

la peau bien souvent se referme

 

 

HÉLÈNE LACOSTE 

 

Elle se présente :

 

Notice bibliographique

 

Poésie

 

2018 : Publication de poèmes choisis dans Comme en poésie, Hossegor.

 

2014 : La voix d’hors voix, mis en voix au festival « Sans titre mais poétique », Strasbourg

 

 

Théâtre

 

2018 : Rien ne meurt, représenté dans plusieurs théâtre d’Alsace (Espace Malraux, Geispolsheim – Espace Grün, Cernay – Espace Rive Droite, Turckheim).

 

 

2017 : Blind test Barbara, manuscrit.

L’intuition n’est rien d’autre qu’un hasard habité, manuscrit.

 

Livre documentaire

 

2018 : Vivre dedans dehors : un intime étranger, recueil d’entretiens, auto-édition, Strasbourg.

 

 

Notice biographique

 

Hélène Lacoste commence sa formation théâtrale au conservatoire de Roubaix. À partir de 2009, elle se forme à l’École du Teatro della Pioggia en Toscane, dans l’école de Jerzy Grotowski. Elle étudie ensuite la méthode de l’Actor Studio auprès de Michael Kroutov à Strasbourg de 2011 à 2013. Elle fonde en 2015 la compagnie « Plus d'une Voix » en écho avec l’expression « plus d’une langue » de Derrida. En 2016, elle crée le spectacle « Tombe de Sommeil » avec le philosophe Jean-Luc Nancy, créé à la Maison de la Poésie à Paris. En 2017 elle crée avec deux danseurs butô le spectacle « A nos ennemis » à partir de textes de Michaux, dont la création s’est faite au CEAAC de Strasbourg. En 2017 Hélène Lacoste est comédienne dans le spectacle « Ce jour-là», adaptation d’un texte de Maupassant. En 2018, elle joue dans « Rien ne meurt », texte dont elle est l’auteure, qui sera créé à l’Espace Malraux de Geispolsheim, en partenariat avec la Comédie de l’Est. Elle est aussi assistante à la mise en scène auprès de Marion Granjean dans la compagnie Les Anges Nus pour la création de « Quiprocosmos », créé au Taps de Strasbourg en janvier 2019. En 2019, l’adaptation d’un « Phèdre » de Sénèque est prévue dans une mise en scène de Serge Lipszyc. Diplômée d’un master de Lettres Modernes, elle a écrit Blind test Barbara et La voix d’hors voix.

Hélène Lacoste - DR

Hélène Lacoste - DR

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