Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - GÉRARD LE GOFF

Publié par Le Capital des Mots sur 2 Novembre 2018, 11:24am

Catégories : #poèmes

En ce matin de joie au soleil émeutier

Pour saluer l’été monte le tumulte du monde,

Clameur qui lie hommes comme bêtes aux chaleurs fécondes,

Les voue aux jours d’amour, de fleurs et de fruitiers.

 

Pour saluer l’été monte le tumulte du monde

Et le vent qui façonne les campagnes sans pitié

Les voue aux jours d’amour, de fleurs et de fruitiers,

Quand la source vive étanche la soif des levées blondes.

 

Et le vent qui façonne les campagnes sans pitié

Vague encore ailes et voiles dans sa course vagabonde.

Quand la source vive étanche la soif des levées blondes,

La brise se veut caressante en vue des étiers ;

 

Vague encore ailes et voiles dans sa course vagabonde,

Mais prie et pleure pour tous ces moulins sans métier.

La brise se veut caressante en vue des étiers,

Où le sel de la terre naît du ciel et de l’onde.

 

 

 

Pantoum extrait d’un recueil en cours de composition, sans titre pour le moment, incluant des poèmes écrits en utilisant à dessein des formes traditionnelles de versification (sonnets, pantoums, lais, etc.), inédit.

 

 

***

 

 

Prométhée électrique

 

L’homme vêtu de noir avance, un peu raide dans sa démarche, ainsi qu’un automate dont on viendrait de remonter le mécanisme un rien défaillant. Il marche à petits pas saccadés, le bras droit agité de secousses comme pour saisir un souffle au passage.

Il compulse des disques dans les bacs de la foire. Tous ces souvenirs de rêves en plastique, certes classés avec soin, évoquent soudain pour lui un entassement. Pas mieux qu’un cimetière de voitures, pour finir.

On le reconnaît, cependant. On le salue. Que des spécialistes et des connaisseurs, ici. Il les voudrait plus nombreux.

Il convoite un album qu’il croyait introuvable. Le vendeur lui explique qu’il va lui falloir mettre le prix. Puis, ils évoquent tous deux le bon vieux temps. « Un putain de groupe ! » dit le vendeur en toussant. « On en faisait du boucan alors à grands coups de guitare électrique. » Un autre, un inconnu, lui parle de sa chimère, glisse un bon mot. Son interlocuteur parvient à sourire. Il oublie un moment sa couronne de peau. Presque plus de cheveux. Le vent du temps lui a arraché ses ailes de corbeau.

Une femme suit l’homme vêtu de noir, comme une ombre de l’été que le soir découpe au rasoir sur un mur de hasard. Elle est plus maigre que lui. Sa silhouette est plus sombre aussi. Un teint de linceul. Les lèvres fardées de rouge semblent un trait, une cicatrice fraîche. Lorsqu’il se retourne, parfois la contemple, il envisage sa mort qui le suit à la trace.

Il y a si longtemps déjà, il croyait avoir volé un feu à quelque dieu en sommeil pour l’offrir aux hommes jeunes, ceux de son âge, pour qu’ils puissent ressentir la même rage, la même révolte. S’en sont tous allés désormais vers une vie méritoire. Ils ont oublié. Ils rangent leur nouvelle voiture dans l’écrin à crédit, où rient les enfants.

Il reste seul, enchaîné à son rock, le foie dévoré par l’alcool.

 

 

 

Extrait du recueil : Passants, inédit.

 

 

***

 

Solstice de la solitude

 

Se rendre à nouveau sur cette plage que pétrifie par surcroît l’arrière-saison.

Me voici banni d’un royaume dont la carte est perdue à jamais. Il suffisait pourtant de réunir les feuilles envolées d’un cahier déchiré, les pages d’un herbier tôt fané et puis les bandes jaunies d’un album de timbres.

Quoi reconnaître dans les décombres de l’enfance ?

Qui attendre ici ? Un fantôme daignant s’insérer dans cette pâleur tremblée qu’irradient les vérandas vides au seuil de l’aube. Un repentant tardant à inscrire son halo dans la couleur bise qu’empruntent les façades au ciel fuyant du crépuscule. Ces revenants arpentant à longueur de jour les digues et les avenues, les promenades et les allées, restituées au silence, sans cesse sablées, qui tracent les lisières mouvantes de l’absence.

Dans le déclin de l’automne, l’air mouillé circule, libre, impose ses courants. Il creuse de son haleine océane les balustrades forgées, mettant à vif un rouge orangé qui ignore le feu, écorche de son souffle salin les montants des fenêtres condamnées vers quoi ne montent plus les roses, lèche la lèpre des crépis.

Devrais-je intégrer cette société secrète des cœurs dépris ? Ces errants si reconnaissables à leurs amples vêtements de pluie ? Que me sont ces ombres entêtées frôlant le flux, ces silhouettes claudicantes allant à la rencontre du vent ou mieux d’un gouffre ?

La grève ne semble plus que la jachère bornée d’un désir enfui. Sa blondeur murmurante montait vers l’azur aux beaux jours. La mer feule sa houle inutile, bave une écume de grise chevelure cardée. Dans cet entonnoir fiévreux de la marée d’équinoxe s’abîme la nuit avec sa terreur d’orage, sa ferveur d’encre, ses larges mains de désordre.

Au solstice de la solitude, plus rien ici ne triomphe.

 

 

 

NB  : Texte extrait du recueil : Cahier de songes, paru aux éditions Encres Vives - collection Encres blanches, N°738 © Encres Vives 2018 ISSN 1625-8630 / ISBN 2-8550.

 

GÉRARD LE GOFF 

 

Il se présente :

 

Né en 1953, Gérard Le Goff a été successivement enseignant en lettres, cadre administratif de l’Education nationale et conseiller en formation continue. A entrepris depuis son départ en retraite de se plonger dans ses archives, encombrées de manuscrits (sédiments d’avant la révolution informatique), de tapuscrits, de synopsis et de diverses autres élucubrations - plus ou moins inachevés. Un salutaire travail d’élagage (comme on le pratique avec un vieil arbre toujours vigoureux) lui a permis de proposer des textes à peu près cohérents à qui voulait bien s’en emparer.

 

S’en est également suivie une reprise salutaire de l’activité d’écriture : romans, nouvelles et toujours de la poésie. Travaille en parallèle la peinture et le dessin, accompagné par une artiste professionnelle, qui parvient à le supporter.

 

A publié quelques poèmes dans les revues Haies Vives (septembre 2017) et Festival Permanent des Mots (Mars 2018 et septembre 2018). Une de ses nouvelles (Le jardin dérobé) a été sélectionnée pour paraître dans le numéro 90 de la revue Traversées. La maison d’édition Traversées lui a également proposé la publication en 2019 d’un recueil de poèmes intitulé : L’orée du monde.

 

Vient de signer aux éditions Encres Vives pour l’édition de trois plaquettes de poèmes : Cahier de songes (septembre 2018), De l’inachèvement des jours (octobre 2018) et L’arrière-pays n’existe pas (décembre 2018).

 

Son site :  https://gerardle-goff4.wixsite.com/monsite

 

Cahier de songes (septembre 2018)- Gérard Le Goff . Editions Encres Vives, collection Encres Blanches .

Cahier de songes (septembre 2018)- Gérard Le Goff . Editions Encres Vives, collection Encres Blanches .

De l’inachèvement des jours (octobre 2018) . Gérard Le Goff . Editions Encres Vives, collection Encres Blanches .

De l’inachèvement des jours (octobre 2018) . Gérard Le Goff . Editions Encres Vives, collection Encres Blanches .

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