Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - GÉRARD LE GOFF

Publié par Le Capital des Mots sur 11 Novembre 2018, 11:35am

Catégories : #poèmes

Ils ont arrêté le travail à midi. Quelle autre heure pour le partage ? Le pain tranché tout de suite, à chaque échange davantage, jusqu’à épuisement de la mie, jusqu’à la faim étanchée. Le lard trop rare en deux bouchées ravivera la force nécessaire. L’eau, parfois mêlée de vin, pour ranimer le courage insincère, sans que pourtant tremble la main.

Ce n’est pas un festin sous les dais de feuillages à foison : simplement une trêve, un instinct, une nécessité et une raison.

La terre les attend, encore indocile malgré les sillons tracés de longtemps. La vie fragile, artésienne, sourd pourtant de l’argile, s’offre déjà aux dévotions païennes. Les vaches, attablées à l’ombre des haies, ruminent leur rancœur à l’envi des mouches, qui butinent leurs yeux, leurs bouches, leurs plaies.

Des geais criards en s’abattant sur le talus mettent un terme au repos. On chasse les intrus vers les roseaux. C’est une belle envolée de claquements de mains et d’ailes.

Les hommes sont debout désormais, font face comme toujours. Ils avancent en un seul rang sur le sommet du jour.

 

Extrait du recueil De l’inachèvement des jours, paru aux éditions Encres Vives - Michel Cosem, collection Encres blanches, N°741 © Encres Vives 2018 ISSN 1625-8630 / ISBN 2-8550.

 

 

***

 

 

Jour de marché

 

Son corps s’alourdit au fil des heures, depuis chaque matin de clairvoyance jusqu’à chaque nuit redoutée. Il se souvient pourtant avoir perdu un peu de sa masse, ou se persuade que cela est bien arrivé.

Son sang s’échine à circuler, depuis le cœur ruiné jusqu’aux gestes difficiles.

Il perçoit la douleur rouillée dans ses chevilles, dans ses genoux. Chaque rouage d’os rongé peine à le porter.

Enfant, il survolait les combes, le pas si léger à effleurer le silence, si large à franchir tous les gués. Le regard toujours à hauteur d’horizon.

Désormais ses yeux lui brûlent sans l’excuse d’un grésil.

Parfois son ombre le double, lorsque le soleil défait l’ordre des murs.

Avancer quand bien même jusqu’au détour, gagner encore une fois le marché qui ondule là, bariolé de sourires et de fruits.

 

Inédit.

Extrait du recueil : Passants.

 

 

***

 

 

Le dit de toi

 

Aux soirs d’hiver, dans les miroirs rôdent des formes lasses.

Les reflets argent du fleuve épousent l’ombre des rives

Quand s’abolit la lumière en son point déclive,

Tel le tain résurgent en surface de la glace.

 

C’est la ferveur du matin qui détisse l’angoisse

De la nuit, qui pourchasse les araignées hâtives

De tous mes cauchemars. Jamais l’aube ne s’esquive,

Dame blanche venue effleurer le seuil de l’audace.

 

Alors, le dit de toi monte haut à mon éveil

Puisque je t’appartiens comme le jour est au soleil.

Chaque ciel nouveau teinte mon amour de ton aurore

 

Et les heures limpides courent dans une fièvre d’orpailleur.

Argile accordée à tes gestes comme à ton cœur,

Je t’appartiens comme une gangue recelant ton or.

 

Inédit.

Sonnet extrait d’un recueil en cours de composition (sans titre pour le moment) incluant des poèmes écrits en utilisant à dessein des formes traditionnelles de versification comme le sonnet, le pantoum ou le lai.


 

 

GÉRARD LE GOFF 

 

Il se présente :

 

Né en 1953, Gérard Le Goff a été successivement enseignant en lettres, cadre administratif de l’Education nationale et conseiller en formation continue. A entrepris depuis son départ en retraite de se plonger dans ses archives, encombrées de manuscrits (sédiments d’avant la révolution informatique), de tapuscrits, de synopsis et de diverses autres élucubrations - plus ou moins inachevés. Un salutaire travail d’élagage (comme on le pratique avec un vieil arbre toujours vigoureux) lui a permis de proposer des textes à peu près cohérents à qui voulait bien s’en emparer.

 

     S’en est également suivie une reprise salutaire de l’activité d’écriture : romans, nouvelles et toujours de la poésie. Travaille en parallèle la peinture et le dessin, accompagné par une artiste professionnelle, qui parvient à le supporter.

 

     A publié quelques poèmes dans les revues Haies Vives (septembre 2017), Festival Permanent des Mots (Mars 2018 et septembre 2018) et Le Capital des Mots (novembre 2018). Une de ses nouvelles (Le jardin dérobé) a été sélectionnée pour paraître dans le numéro 90 de la revue Traversées. La maison d’édition Traversées lui a également proposé la publication en 2019 d’un recueil de poèmes intitulé : L’orée du monde.

 

     Vient de signer aux éditions Encres Vives-Michel Cosem pour l’édition de trois plaquettes de poèmes : Cahier de songes (septembre 2018), De l’inachèvement des jours (octobre 2018) et L’arrière-pays n’existe pas (décembre 2018).

 

Son site :

 

https://gerardle-goff4.wixsite.com/monsite

 

Gérard Le Goff . Portrait ( Avignon) - DR

Gérard Le Goff . Portrait ( Avignon) - DR

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