Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - KHAMYLLE-ABEL DELALANDE

Publié par Le Capital des Mots sur 7 Octobre 2018, 10:09am

Catégories : #poèmes

 

il y a des nuits qui courent

aux doigts de la couturière

l'eau maintenant s'enfuit

comme un tissu désordonné

l'oeil accouche d'une lumière fébrile

et l'aiguille y passe

toute de vent et d'amertume

on ne sait où la poésie écoute

ni quand le désir revient

il y a des matins où l'haleine du temps

change comme la pluie sur la fenêtre

le tissu brûle de ses larmes défaites

sur l'oeil coule la vie

son rêve endeuillé lui rend le ciel

qui embarque aussitôt pour la prière furtive

ces blondeurs ne sont pas un jeu

l'art de la caresse s'ajuste

sur les hanches de la nuit prochaine

la paix se consumera

douce d'avoir promis le baiser

passagère et véritable

comme la rive parfumée.

 

*

en cette heure inexplorée

j'enracine la prose

le reste de l'écriture

se consume avec l'intransigeance de l'être

toute la nuit prend la fuite

et je recherche sa flamme

les mots passent et se posent

indélébiles ou délétères

je mets le mors du temps

à la mâchoire des poèmes

ils s'accrochent aux présences

et dociles répondent

au murmure de l'étoile

à l'appel des névés

en cette heure habituelle

j'achemine la rose

jusqu'au semblant domaine de l'air

tout confus de devenir espace

comme on devient bruit ou brume

et je m'enracine en vous

ranimant d'un pleur tout le désert des mots.

 

*

tu es recueillement dans l'aube

tu es désir dans l'infini

tu es trace

là où l'heure maintient sa ville

tu avances

tu hésites et tu t'endors debout

entre les griffes du silence.

 

Je sais que ta doublure

n'est que d'âme humiliée

ton nom est un rapt d'ombre

je te sais malhabile

quand les mots manquent

quand l'avenir s'abîme

et quand le doux linceul te couvre de sa tiédeur

tu te promènes sur mon corps

comme une caresse sans gestes

tu es roman de brouillard

tu es langueur d'automne

quand la nuit te dénude

je sais que tes baisers sont froids

qu'ils sont l'hiver qu'ils sont l'ivresse

qu'ils sont trépas et pardon.

 

Tu cours et tu existes

à contre-ciel ta rage allume un feu

tu terrifies le jour

et tu t'éveilles

tu n'es que porte sur le présent

et l'invisible te convoite

pure éclipse des remparts

où tu mens à ta vie.

 

 

Extraits de Le Berger des Larmes

 

 

 KHAMYLLE-ABEL DELALANDE 

 

​​​​​​​

Il se présente :

 

 

Poète breton né à Dinard en 1981. Il fait ses études universitaires de Lettres à Rennes de 2000 à 2004. Mais sa vocation littéraire commence bien avant, en 1997, lorsqu'il écrit ses premiers textes. Petit à petit, il se découvre une passion pour la poésie et la philosophie. Après quelques années d'enseignement sur Paris et la Bretagne, il se consacre aujourd'hui exclusivement à l'écriture. Il a déjà publié les recueils suivants : La Volonté du peuple (2013), La Traversée du non-lieu (2013), Le Sel aride suivi de L'Arrêt du réel (2013), Les Racines et les ombres (2014), La Conjuration des Roses (2018), Sémantique de l'absence (2018).

Khamylle-Abel Delalande- DR

Khamylle-Abel Delalande- DR

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents