Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - HENRI CACHAU

Publié par Le Capital des Mots sur 7 Octobre 2018, 17:48pm

Catégories : #poèmes

Effusion

 

 

Les autres

Toujours les autres

Ils sont légion

M’impressionnent...

 

Mais est-ce à moi

De faire l’effort

De m’avancer vers

Ou à eux

D’individuellement

Venir à ma rencontre...

 

Craindrais-je leurs réactions

Irrationnelles menaçantes

Leurs effusions d’individus

Ils sont légion

Toujours croissant...

 

Circonvenant mon horizon

M’étouffant sous la loi

Du plus grand nombre...

 

Mais est-ce à moi

Ou bien à eux

Ils sont légion

De déposer les armes

De me tendre la main...

 

Surtout

Ne pas se prendre les pieds

Dans le pathos

Dès la conclusion

De l’armistice…

 

 

 

***

 

Dis Platon

 

 

Altamira Lascaux monde cavernicole

Assujetti à d’obsolètes rituels

Ne préfigurait-il cette licence folle

Accablant aujourd’hui notre audiovisuel...

 

L’émoi l’effroi les sens y sont subordonnés

O Platon et nos parois mentales sont lisses

Comment dès lors vieux sacripant coordonner

Les diastoles et systoles de cœurs qui dévissent...

 

Qui de la femelle ou du mâle y prétendit

L’immodestie de l’un l’égotisme de l’autre

La nature ô Platon appartient à celui

A ceux qui l’imaginent ceux la faisant nôtre...

 

Ni tien ni mien ici-bas l’écran départage

Du divertissement du bruit des balivernes

Mêmement subjugués par ce fouillis d’images

Pouvions-nous ô Platon délaisser nos cavernes...

 

Un soleil au-dehors piégés dès l’ouverture

Nos pas précipités nos mains tendues vers l’astre

Tu ne nous as rien dit ô Platon des voussures

Qui s’effondrant sur nous conduiraient au désastre...

 

 

***

 

La Maison

 

 

La maison bouge sous le vent

Son toit tendu comme une voile

Presse son pas gonfle sa toile

Sur le chemin des hurlements...

 

La maison bouge sous le temps

Son toit vibrant comme un navire

Simule un peu ce bateau ivre

Et bat du pied tel un chaland...

 

La maison bouge sous le vent

A crève toit à crève voile

Et nos enfants du peu de toile

En font mille et un cerfs-volants...

 

***

 

Histoire d’eau

 

 

 

Ce grommelant nuage noir

Fallait-il le craindre

Ou la mutine goutte d’eau

Qui s’en détacha

Selon son choix

Opter pour le paratonnerre

Le parapluie au cas où...

 

Sur le toit la goutte rebondit

Digne chatte des gouttières

Par la chanlatte se faufila

Avant d’à son aise

Elle a son temps jusqu’au ruisseau

En large flaque se répandre

Tout en craignant le caniveau...

 

Le chenapan y barbote

Y fait voguer ses p’tits bateaux

Un piéton malgré ses bottes

Malencontreusement chut dans l’eau

Se rattrapa-t-il à la branche

A sa traction elle céda

Moisie... patatras...

 

La goutte poursuivit son périple

Elle n’avait ni le temps ni la tête

A consacrer au défunt

Lui fallait

Dare-dare gagner l’océan

D’où l’implacable météo

A nouveau la condenserait

En particules d’eau...

 

Morale :

Ne jamais laisser la goutte déborder

Et de l’urne noyer les cendres...

 

 

 

***

 

 

 

 

Vengeance

 

 

Les mots pour le dire puis les maux pour médire

Aurions-nous survécus qu’à titre de vengeance

Depuis l’aube des temps condamnée notre engeance

A s’ébattre d’abord puis sûrement s’occire...

 

Pourtant les monts les vaux ont retenti de rires

Provoqués notamment par nos communs faux-pas

L’expérience des uns n’engageant en ce cas

Pour les plus clairvoyants qu’une notion du pire...

 

Plus douce que le miel a dit le vieil Homère

Pour les siècles à venir nous garantissant

D’un mal déjà acquis dont le retentissant

Sont propos avisés de compères et commères...

 

A longueurs de journées leur haine fourbissant

Sur l’autel sacrifiant leurs amitiés si chères

A ces dieux justiciers qui au titre de pères

Leur intiment de vivre en s’anéantissant...

 

 

***

 

Dira-t-on le suicidé

 

 

Peu pressé malgré leur malsaine envie

D’abandonner triste miséricorde

L’assemblée délibérant de son destin

Sans y devoir dresser un panthéon

Il songea à son éventuelle absence...

 

Ne leur offrit aucune occurrence

Les laissa moisir dans l’indéfini

Parier sur l’eau le gaz la corde

Les plus futés sur le féminin

Les plus blasés sur l’entropie...

 

A leur insu leur amena la discorde

Sachant que toute amitié s’y délie

Au gré de ses procrastinations

Vit leur estime s’effilocher enfin

Débarrassé de leurs prévenances...

 

Laissa seul un A.V.C. l’emporter...

 

             ***

 

 

Bouteille à la...

 

 

Amis buvons un verre il en fallut plus d’un

Issus des meilleurs crus et des meilleurs cépages

Avant de l’euphorie atteindre au radotage

Dans la rue tituber éructer c’est commun...

 

Ces flacons alignés correspondant aux heures

Plombées passées à s’interroger seul à seul

Sur le cru et le cuit la blancheur du linceul

L’inanité des sens et de l’amour son leurre...

 

Boire ou choisir pour de ces maux lequel s’éprendre

Débuter au bordeaux finir à l’ermitage

Au plus noir s’étancher de ces divins breuvages

Puis enfin saoul inviter Dieu à condescendre...

 

Téméraire sans soif à nouveau remplir l’outre

Dégonflée d’avoir exprimé tout son venin

Sur la page ou biffée se corrige un quatrain

Signaler d’un espoir celui de passer outre...

 

Notavinophile hélas tes pichets sont vides

L’ivresse a ses raisons que n’a pas l’étiquette

Jamais déshonorant ces vulgaires piquettes

Dont l’insidieux poison demeure seul subside...

 

Bouteille à la mer un matelot a crié

L’ancre a été jetée sont ramenées les voiles

A terre un poète encalminé se dévoile

D’un revers de sa main bouscule l’encrier

 

***

 

Fils

 

Sans savoir ni pour ni quand

Ni par où ni comment...

 

Quels jeux seront les vôtres

Quand au petit matin

Tairont les patenôtres...

 

Survivre au temps clos

A l’amour qui se meurt

Au doute qui tenaille...

 

Quels seront vos apôtres

Pierre Paul Vespasien

Ces dieux qui furent nôtres...

Survivre à l’espoir

A l’amour qui ne vient

Au doute qui cisaille...

 

Quelles sont ces cohortes

Tyrans vos noirs desseins

Trop tard... ma porte...

 

Sans savoir ni pour ni quand

Ni par où ni comment...

 

Survivre au froid

A vos témérités

A l’amour...

 

Assassins...

 

***

 

Méandres

 

 

S’étaler en méandres ou creuser son sillon

Jamais aucun cours d’eau ne dévia sa course

Gonflé dans son élan par de multiples sources

Y mêlant leurs transports et leurs inspirations…

 

Ainsi en va-t-il concernant nos destinées

Périlleuses ou hardies selon les aléas

Des barrages et canaux de notre mise au pas

Sinuant entre monts plaines ou défilés…

 

Avec l’obligation suivant sa propre pente

D’abandonner aux abords des grèves et rivages

Selon leurs basses eaux en ultime échouage

Ces véniels péchés dont il faut qu’on se repente…

 

Alors que gros d’espoirs bientôt jetés en mer

Bénéficiant d’un ultime mascaret

Sur l’arrière jetant un regard effaré

D’un parcours en zigzag nous constatons l’amer…

 

 

 

 

    HENRI CACHAU

 

 

Plus d'infos : www.henri-cachau.fr

 

Henri Cachau - DR

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