Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - MOKHTAR EL AMRAOUI

Publié par Le Capital des Mots sur 24 Septembre 2018, 13:08pm

Catégories : #poèmes

     Oriflammes 


Comme des feuillets d’almanach,
Tes sourires vacillent dans le vent d’automne.
Glorieux, le train meuglant
Décapite la marguerite.
Je ne peux, de mes plaintes,
Déposer sur ton autel
Les ouragans des grands naufrages.
Cette olive diamant
Ton essence, ta flamme, ton âme,
Bruit en adieux pressés
Sous le soleil mégot de crépuscule.
Les mouchoirs des mères,
Au verdict des sirènes,
Deviennent oriflammes
Et les guêtres dures rapetissent, se ramollissant
Pour s’en aller crever en moues gamines,
Dans les boues chaudes des derniers cris,
Dans le duvet rapace de l’oubli.

 

 

***


 Miroirs


A ces songes de la mer dont les vagues colportent la rumeur

Ô miroirs !
Engloutissez, donc, ma mémoire,
Dans vos veines de tain et de lumière.
Là-bas,
Dans le jardin des échos,
Arrosé des plaintes des vagues,
Je dévalerai la plaine de l’oubli
Où j’ai laissé fleurir un coquelicot,
Pour ma muse
Qu’un peintre agonisant a étranglée.
D’elle, me parvient
Le parfum ensanglanté
De toiles inachevées.
C’est dans le lait de ses rêves
Qu’ont fleuri le cube et la sphère.
Ô interstices du monde !
Laissez-moi donc percer
Ses inaudibles secrets !

 

 

***
 

Sans valises

 


Quand les ailes se déploient,
Je me tais
Et écoute mon maître le pigeon.
Sans valises,
Sans mémoire,
Il décide de la portée de son clavier
Et ouvre, seul,
Les veines de la ville
Et ses cieux.


***

 Derrière le souffle

Chute de feuilles
Ivres de lune.
Aboyant tournoiement,
Comme la douleur
Sous le soc des heures !
La figue ensanglantée crie
Dans le miroir
La trajectoire des veines.
L’ombre se glisse, 
Derrière le souffle.
L’oiseau n’a pas encore su se faire lumière.
Il se cache dans le mouchoir mort d’un passager !

 

 

***


 Chants de regards

Nous nous engendrons de nos silences, 
De nos regards qui chantent 
De ciel et de profondes nuits. 
Le poème recouvre nos linceuls 
Troués de questions en roses 
Et toutes nos horloges oubliées 
Qui lapaient des crépuscules sifflotés, 
A l’heure où la pierre rencontre 
La sanglante lumière 
Qui fait ailes de toutes mains.

 

 

***


 Ciel en lambeaux

Le clapotis des vagues bat les cartes effritées.
Les rames nerveuses découvrent
Le rire désargenté des écailles explosées
Et le jasmin rouillé d’une dernière soirée
Sans parfums ni lendemains.
Le chat édenté ne peut plus miauler.
Il pose ses pattes sur chaque rive du canal,
Pour avoir, des pêcheurs,
Quelques têtes de sardines éméchées.
Une ombre chancelante jette toute grondante
Comme une lune fracassée contre le phare vert
La bouteille d’alcool à brûler en plastique,
A flamber les veines pisseuses
D’un vieux soleil fou fatigué
Qui s’étrangle
Dans les tourbillons nerveux
Des cordes d’un oud fané
Qu’on asphyxie
Comme une grenade pourrie,
Tête ensanglantée
Qui vomit toutes ces promesses non tenues !
Les griffes noires du ciel en lambeaux
Ecrivent sur les remparts
Les cris bouffés par le sel de la morte lune !

 

 

***


 Paysage

Putride fiente de pigeons-corbeaux
Comme des mots de radio
Comme des chansons matinales soporifiques
Glaire d’espoir au temps des glaives atomiques
Lymphe carbonique d’appels phtisiques
Partouzes de nymphes et de restes d’éphèbes assassins
Flétris bourrés de protéines vaches !

Les os calcinés des nuages vomissent les rayons carnivores
Des rendez-vous rapiécés dans les labos de survie
De systoles diastoles plates des poubelles saturées
D’azurs glacés dans les barbelés des mensonges planifiés !

 

 

 


 

MOKHTAR EL AMRAOUI 

 

 

Il se présente :

Je m'appelle Mokhtar El Amraoui. Je suis né à Mateur, en Tunisie, le 19 mai 1955. J'ai enseigné la

littérature et la civilisation françaises pendant plus de trois décennies, dans diverses villes de la Tunisie.

Je suis passionné de Poésie, depuis mon enfance. J'ai publié deux recueils. Le premier, en 2010,

s'intitule "Arpèges sur les ailes de mes ans" et le second, en 2014, "Le souffle des ressacs".

J'ai publié plusieurs de mes poèmes sur le net et des revues-papier. Voici quelques-uns que j’aimerais

bien voir publiés.

 

 

 

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