Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - CLAIRE DEVILLE

Publié par Le Capital des Mots sur 8 Août 2018, 14:54pm

Catégories : #poésie

Tous mes cheveux  *

 

 

 

Je voudrais que tu tiennes tous mes cheveux

J’ai fait chauffer le sucre, je l’ai roulé sur ma peau

 

Dans les vapeurs j’ai lavé mes cheveux

je les ai serrés essorés

 

Posé les masques d’argile et de rose

gommé mon corps

rincé à l’eau glacée

tamponné mon corps

 

Raclé mes peaux mortes

toutes ces peaux elles sont mortes

mortes des vapeurs

 

Je l’ai enduit d’huile

 

J’avais l’idée d’une fontaine une vasque des oiseaux

des oiseaux et des fleurs un jardin

où les peaux ne seraient pas mortes

où rien ne serait mort

où tu dormirais dans mes cheveux bien vivants

 

J’ai insisté sur le cou qui retient mieux le parfum

qui c’est connu retient mieux les parfums

toujours plus d’entêtants parfums

 

Je voudrais que tu tiennes tous mes cheveux

que tu emmêles tous mes cheveux dans tes mains

que tu dormes tes mains dans mes cheveux

tenus

qu’ils soient à toi

comme moi je serais à toi si tu tenais mes cheveux

sur mon visage j’ai mis des crèmes des baumes encore des parfums

pour te montrer

les masques d’argile et de rose

pour te donner

l’odeur de miel et de lait d’amande qui va couler

lentement, couler

 

Et mes lèvres pour toi mes lèvres

rouges toujours rouges même privées de fard

 

C’est drôle, le soir où je t’ai rencontré

j’avais ce masque déjà

d’argile et de rose, de fleur d’oranger

de la lotion pour les mains à la poudre de riz

pour que tu touches longtemps

j’étais prête et mon cœur battait

avec l’odeur dans mes cheveux qui partait dans les oreillers

avec l’odeur sur tes mains qui restait sur tes mains

elles retiennent bien les parfums aussi, tes mains

dans mes cheveux

 

Quand elles tiennent mes cheveux tes mains

pour que tu touches longtemps

j’avais ce masque là déjà

 

Viens je suis prête

je ne peux plus bouger.

 

 

 

CLAIRE DEVILLE

 

 

 

Elle se présente :

Claire Deville est née le 1er août 1984 dans le sud de la France. Après des études de danse et un master de littérature (boursière honorifique du gouvernement chinois en 2006), elle travaille plusieurs années comme danseuse puis comme régisseuse dans le monde de l’opéra. En 2013, elle participe au concours pour jeunes écrivains APAJ du journal Libération qu’elle remporte avec son texte Dernier tango à Bruxelles. Elle part vivre à Buenos Aires, où elle écrit son premier roman Les Poupées Sauvages paru aux éditions Délirium en 2014, qui remportera un succès critique et public. Son deuxième roman Les Citrons est publié en avril 2017 aux Editions Murmure des Soirs, avec une bourse découverte de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle travaille actuellement à un livre de contes de fées avec l’illustratrice Cathy Beauvallet, et à son prochain roman intitulé C’est toi la nuit.

 

Bibliographie

 

Les Citrons, roman, éditions Murmure des Soirs, 2017

 

Collaboratrice au Dictionnaire Passionné du Tango, Seuil, Paris, 2016.

 

Les Poupées Sauvages, roman, éditions Délirium, Avignon, 2014

 

C’était au temps où Bruxelles… , Dans le tourbillon de la nuit, articles, Libération, 2013

 

Dernier Tango à Bruxelles, article lauréat du concours Libération – APAJ 2013

 

Canton sous la pluie, Portraits d’ailleurs, collectif, Editions Riveneuves, Paris, 2013

 

Le détachement féminin rouge : analyse chorégraphique, Programmes de l’Opéra de Paris, 2009

 

 

 

NB  :

 

* Ce poème a été finaliste ( mais pas lauréat) du prix Pierre Nothomb .

Claire Deville. © Ishka Michocka. - DR

Claire Deville. © Ishka Michocka. - DR

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