Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - WALTER RUHLMANN

Publié par Le Capital des Mots sur 8 Juillet 2018, 13:21pm

Catégories : #poèmes

Commencer

 

 

Commencer de rien,

d’un bout de terrain sec, d’une friche,

non cultivée, au repos

comme le tapis rouge pendu

par-dessus la rambarde

sur le balcon.

 

Commence ton travail,

travailleur acharné,

commence ton ouvrage poétique,

arrête de parler à voix haute,

de te lamenter sans cesse sur le passé.

 

Commence à écrire

d’autres vers terribles

que d’autres liront

s’ils l’osent.

 

Reprend et commence,

dépose tes lettres noires sur le vélin blanc,

cette surface vierge où tes pensées s’effondrent

chaque fois que tu en es plein

au point

de non retour.

 

***

 

Bow-Window

 

Qui sera aimé ?

Qui sera blessé ?

Il y aura du sang et des larmes,

des cris, des lamentations, voire

des dépressions, des tentatives de suicide.

 

L’un se pendrait au bout d’une corde dans le jardin d’Eden,

ou sauterait comme un fou du haut de la montagne

jusqu’en bas du village, la chute de l’homme n’a jamais pris autant de sens,

tomber est non seulement essentiel pour tout recommencer :

c’est un acte nécessaire, un sort crucial, la souffrance

des genoux écorchés, des têtes ouvertes, des joues contusionnées,

à plat ventre, tu mords la poussière, la terre, des toquades

rustres pour d’autres effondrements, des bâtiments bombardés.

 

L’autre se planterait une aiguille dans le bras maigre,

le louveteau est comme une tâche irisée sur le chemin d’un pivert

qui perce la peau, la chair, les os, comme son bec perce le bois,

un autre shoot, un de trop, la mort à l’horizon,

des lignes, des bouffées, sentir son haleine rance dans l’air,

entre quatre murs, un bow-window ouvert sur une surface

plane en bitume, deux vieilles venues pour un bain dans les eaux

chaudes qui jaillissent des sources de roches et traversent le lac.

 

Personne n’a jamais été autant aimé.

Personne n’a jamais été autant blessé.

Du sang et des larmes coulent sur la pente,

ils pleurent leurs lamentations, sans quoi

ils seraient éjectés de la seringue.

 

***

 

Cœur d’artichaut d’artiste

 

 

Le louveteau a remplacé Franckie.

Il voulait quoi ?

Il voulait que la lumière émise par ce cerveau,

par ces yeux – d’autres fenêtres germaniques

passant à travers le prisme – empêchent l’ombre

d’envahir son repère : une chambre poussiéreuse

où des rats, des chiens, des chats, des souris, et d’autres rongeurs,

des puces, des bactéries, des virus, tant d’atroces

parasites nés ici-bas, ce trou

décati, s’évanouissent en copulant avec ses amis junkies,

et sa famille inquiète et funèbre.

 

Des corps cachés sous le lit,

le canapé-lit rouge,

qui pourrissait lentement pendant que nous baisions.

Des amis pour le sexe : une quête ridicule

mais comment échapper

à l’absurdité quand elle nous entoure,

nous aveugle, nous rend sourd, nous étouffe à en crever.

Après la lobotomie, vider ces crânes en coquille d’œuf,

remplacer la lutéine par de l’albumine,

ou de la vase.

 

Extraits de "Le foutoir" 

 

 

WALTER RUHLMANN

 

Il se présente :

 

 

Walter Ruhlmann enseigne l’anglais et écrit depuis plus de 20 ans. Il édite et dirige les blogs et éditions Beakful et Urtica. Son dernier recueil en français Civilisé est paru chez Urtica en 2017.

Ses blogs personnels: http://thenightorchid.blogspot.fr/ et http://nightorchidsselectedpoems.blogspot.fr/

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