Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - PHILIPPE LABAUNE

Publié par Le Capital des Mots sur 2 Juillet 2018, 11:38am

Catégories : #poèmes

Lacrimosa

 

nuages dans le sous bois et les feuilles mortes – chlorobenzylidène - flèches de fumée tu me vises avec le flash-ball depuis tout à l’heure la prairie les arbres le reflet de mon miroir dans ta visière à la pelleteuse tu déconstruis je reconstruis et jouent la trompette le clou et le marteau je plante un arbre c’est une installation collective quatre mille grenades – malonitrile - la maison dans l’étang la barque à l’aube c’est une zone de rébellion - une cache d’armes - un puits pour la musique l’hélicoptère le jour la nuit je construis de petits îlots je plante des cabanes en plein ciel les gars mobiles dans le pré debout – chloroacétophénone - c’est un lieu et un combat chaque lieu chaque personne - isoler l’individu de l’esprit de la foule - le bois les fenêtres boire l’eau de pluie l’influence de la lumière – ici à Babylone - tu cherches le temps du bois mort partout ne pas l’enlever - une internationale de la violence - tout en douze volts - dispersion démoralisation - l’intuition de la branche et de la terre-paille les plantes me reconnaissent je vois des visages dans la glaise humide cassez-vous - et personne je dis bien personne ne pourra s’y opposer - on vous demande de ne rien nous demander juste une étincelle et la boue la vapeur blanche vient du sol - ARES L2 - la fumée monte dans les arbres le bruit de pierres qui tombent ça pète c’est le désencerclement - bien décidés euh à garder euh leurs positions - la départementale quatre-vingt-un comment écrire le son de l’hélicoptère doucement doucement courez pas des petits îlots yeux clignent et pleurent il pleut de la fumée dégagez vous êtes foutus deux enfants juste les yeux qui dépassent - il faut refuser l’installation d’une contre-société utopique - scier le bois marcher dans la boue franchir les ruisseaux son silence derrière la visière le regard de ceux qui se taisent qu’est ce qu’on vous a raconté ? transporter une cabane debout dans la fumée des prairies comment écrire le son d’une grenade - une explosion irrésistible de douleur aveuglante et suffocante - la fumée glisse et sort de la terre à ras d’herbe les futaies la boue ce que tu démontes je le remonte – dibenzoxazépine - première sommation dispersion ultimatum à la terre ouverte une maison qui avance dans les bras de plusieurs here is an alternative

 

 

 

 

Extrait de la série Monde diplomatique

 

7 juin 2018

 

***

 

Et tant donné

 

 

le chemin et dedans la ruine les arbres morts dans la maison pièces d’automne les pas dans les feuilles j’écoute le froissement d’une femme et tant de femmes l’une derrière l’autre la mer en désordre dans le grand salon où rien à peine une chaise ça frotte et glisse défilent les fantômes main dans la main les yeux dans les cheveux sept notes pas plus ça démarre je coupe je reviens anna soror rampe dans tes bras longue diagonale de douleur et rampe encore et mange les feuilles et ton murmure tekhelet et je bande et sept notes pas plus je coupe ton corps sous moi m’emporte si péniblement toujours et encore les corps cloués au mur je fus ce monstre et encore les cous égorgés maintenant devant la porte en bois les doigts en sang sans clé me tire par la main dans le pantalon et cogne ma tête sur le bois et cogne encore coutelas perdu égaré n’ai plus le geste pour viens assis ici mari des damnées perce la porte avec les yeux je perce creuse des yeux la porte non pas la tendresse mes yeux dans les trous deux fentes et paysage le dehors dedans je vois le mur brisé les briques éparses et maintenant au loin une image de la nature je ne veux pas corps saisi projeté cogne la tête le bois encore fiche les yeux regarde disent ses mains mur de brique derrière la porte comme explosé coups de masse dans le mur dans la tête par les yeux oui je regarde pardonne-moi mes yeux pleurent anna soror courir cogner s’évanouir et reprendre sept notes toujours et je coupe et la main par les cheveux regarde au travers du mur tiens la tête et la verge dure dans sa main comme prise saigne du sang immobilité tout yeux dans l’orifice le mur de briques ouvert et au loin voir la forêt où êtes-vous les frères pour me sauver grand silence au sol derrière la porte au loin les cyprès la rocaille la chute d’eau et la brume et des nuages traversent le ciel d’illusion presque dans la main ce que l’œil voit et bande et pénétrer dans cette chambre optique manger les arbres bleus roses verts et le torrent tu presses et serres anna soror fort me tiens comme un chien devant ce paysage colorié à la main au fond mes yeux entendent le tambour qui tourne et l’ampoule qui brille un paysage en miniature passe le train électrique mes yeux reculent maintenant une main et la lumière du gaz sans la clé je marche en arrière comme un corps sans jambes accroupi assis les yeux entrés fixés vissés je regarde par les trous de la porte interdite les fantômes dans mon dos silence des spectres c’est un théâtre un paysage dans une boîte une poche de temps oubliée anna soror me tiens la tête mon visage creuse le bois puis un lit de branches et brindilles le dehors oui dedans enfin vient de l’ombre un corps couché dans la nature de ronces tout tient dans une valise mes yeux saignent voient rasé le corps sans tête à portée de la main de l’œil impossible glisse vers le haut mais quelques cheveux sans un bras et les jambes nudité nue flamme entêtée dans la mort massacré le corps comme une bête dépecé au nid ma femme aux cuisses écartées je reconnais notre sculpture ma femme au chat ouvert épilé une peau de porc ta soeur anna soror cogne le marteau me cloue à la porte fixé condamné et caresse-moi je suis le petit chat lubrique avec ta voix d’enfant oui je vois le secret je signe sur le bras droit me souviens d’avant la clé et le sang et les yeux la matière repousse la pensée derrière moi je crie je t’aime et tu tournes sur toi-même et je sais qu’il est trop tard et tu ris de me voir cloué dans l’image pense au vieux Dürer sept notes et tu cries de bonheur je coupe c’est comme toujours la fin et le commencement ensemble je laisse mes yeux dans la porte et soixante dix polaroïds pour pénétrer dans le paysage par le côté démonte remonte mon château de peine et de douleur c’est un jeu d’enfant la clé à jamais en sang de théâtre j’entends vos courses votre départ les fantômes t’accompagnent et claquent des mains fallait pas ouvrir j’arrache mes yeux

 

 

***

Panoptikon

 

un œil dans la serrure de mon optical toy une grille un couloir une grille c’est un circuit imprimé au centre du plan je suis la reine des abeilles toute une vue des points mon code barre digital au coeur sur l’axe je tourne tourne rotonde à roulettes à la pointe du cercle de l’œil vingt-cinq fois quatre alvéoles une passerelle une grille je suis l’isolé je vois l’œil bande et saisit je danse avec les caméras sous surveillance je suis l’œil et la main sans les jambes le sol de béton vernis tout brille et pas d’ombre rien j’inscris sur mon bras pardon mille projecteurs pour laver l’espace je suis le pivot et la rétine à genoux devant les images du soleil que je répète à l’infini à m’en brûler les nerfs ma planète close sur elle-même ma tour tourne écrans écrans écrans mes véroniques que je dévore au doigt et à l’œil - suce mon doigt - la caméra filme dedans dehors filme le grand vide du cœur de ma maison et filme ses vitrines sans nombre et tower power du cinquième étage je vois au-dessus des toits les palombes et les paons s’envoler dans le blanc un couloir une grille une fenêtre une porte une grille mes scarabées épinglés dans la lumière de part en part tapote la main les doigts au pli de l’aine lumière dedans lumière dehors la campagne autour sais-tu qui te regarde ? deux cercles l’un dans l’autre et tu n’as que le sentiment de la surveillance - donne tes doigts - et tac je suis le gardien invisible j’inscris sur mon bras pardon et justice les souvenirs à genoux devant mon regard tes fenêtres sont aveugles traversées tu réclames ta peine je pointe dans le registre joue avec mon instrument je vois le jeune homme tête en bas le creux de la vallée la butte qui dévale au ralenti le sexe ouvert et rasé le fond de tous les yeux et le sentier qui monte tout qui défile au gré devant moi toutes mes images tournent sur mon axe lentement rotation cligne des yeux images closes sur elles-mêmes à l’infini dans le piège des choses vues articulation du temps et de l’œil quelle est cette punition ? pris dans des rapports des machines et des nasses tout voir et être vu j’inscris sur mon bras pardon justice et vigilance what are you looking at ? je cligne il y a une guitare et une batterie quelque part

 

 

 

19 juin 2018

 

Extraits de la série Panoptikon

 

 

 

 

PHILIPPE LABAUNE

 

Il se présente :

 

Philippe Labaune est né en 1959 à Paris, il vit et travaille à Lyon.

Auteur tardif et metteur en scène précoce, il a fréquenté pour ses créations nombre de poètes : Rilke, Pessoa, Collobert, Zürn, Gleize, Prigent, Dubost …

Il met en scène également les textes de la jeune génération d’écrivains dramaturges : Roche, Mougel, Gallet.

Passeur de langues, il a fabriqué pendant 25 ans des spectacles comme autant de poèmes théâtraux. Il y défend un « théâtre de poésie » qui ferait la part belle à la perception sensible et inconsciente.

L’écriture émerge aujourd’hui comme une rivière souterraine qui atteindrait le jour après tant d’années de travail invisible.

Il publie aujourd’hui ses premiers textes nourris probablement, par capillarité, de l’univers des auteurs dont il a pris à bras le corps la langue sur les plateaux de théâtre.

Philippe Labaune. Juin 2018. - DR

Philippe Labaune. Juin 2018. - DR

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