Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - RAPHAËL ROUXEVILLE

Publié par Le Capital des Mots sur 8 Mai 2018, 07:14am

Catégories : #poèmes, #photos

© Raphaël Rouxeville - DR

© Raphaël Rouxeville - DR

Le Noyau

Arraché comme fragment d'équinoxe
Je glisserai gravier chevaux vapeur vers mon noyau

Derrière
Miniature Canada gorgé de brumes

Arrière
Le sommeil de la maison
Chênes charmes chargés de gouttes

Mais c'est quoi ton noyau ?

J'avalerai des glissières
Zébras lignes vignes colline de Sancerre
Barrières des péages


- Oh la tendresse du verger -

Arraché comme fragment d'équinoxe
Ballast un café
Je glisserai au rail cloué depuis l'enfance
Rien d'autre
Vers le noyau

Derrière
XIIIe - Frères Tang - aux pieds de l'oracle Baudruche
Infinités des caves

Mais c'est où le noyau ?

Devant là ?
Rouaud seul en terrasse ferme ses yeux de carpe

Devant là ?
Parthénon pacotille, pas une égratignure - Est-ce là le noyau ?
J'te foutrais ça par terre - et le sang des Communards et patati, les peshmergas, mes grands principes et tous ces hommes noirs dans la nuit, étincelant les yeux, assis sous Stalingrad ?

Devant là ? Oui...
Cachée, ombre de toc Acropole, tu en fais, toi, dis, une tête de noyau

Arraché comme fragment d'équinoxe
Glissant au rail cloué depuis l'enfance


Sera-ce toi ? Sera-ce ?

Sera-ce moi le noyau ?


 

*

 

Long feu

L'été a fait long feu
Tu le savais
Paille et carabine
Chapeau pour tout brasier

La terre est un brûlot
Il faut rouler les tentes
Suivre les troupeaux
Vers quelque nord avant l'automne

Il faut suivre un soleil
Qui réchauffera l'hiver
Qui rayera la neige
Le feu pour qui grelotte

Suivre aussi
Quelques maigres traces
Aveugle dans le givre

Fourrure pour tout brasier
Paille et carabine
Tout cela sera si loin

Je serai avide de printemps
Je le savais
Du cri renvoyant à la prairie
Et ne veux au prochain été
Plus long feu ni brûlot
Ni paille ni carabine

Et si le feu revient
Je le veux incendiaire

En cendres alors paille
Fourrure et carabine.

*

La lampe

 

Comme il nous en faut peu comme carburant
nous autres en alchimie
un seul morceau de corne, un seul cheveu
peau, calcium
à peine une cellule pour fondre le miroir

C’est si peu de choses - que le don de l’enfance
à faire naître, chauds, les mondes fabuleux
tous les châteaux d’Asie

Comme une miette suffit - juste l’oeil dans ton
regard
à peine une vie passée
pour ensemer Japons, chevaliers
lacs et brumes, parvis bitumineux

Si peu dans la cornue nous autres
pour traverser la lune
et que luise, continue, dans la nuit
la lampe à carbure
petite mais diffuse.


 

*

Les écharpes

Deux saisons sont passées
dans l'air niais

Et qu'as-tu fait des amitiés

Plus de paroles
Plus même de musique

Et puis
Plus de mots

Ta voix même, dis
Est d'un pâle
Bouh !
A manger des spectres

Tes deux mains
regarde
n'ont agilité
qu'à laisser braire le vent

Et tes doigts attrapent les écharpes
que tu portes à ta bouche
les écharpes
les écharpes des morts.


 

*

L'enfant sage

J’ai bien volé un jour un tournesol, chapeau melon
en habit vert - oh il est si sage, on ne l’entend jamais
c’est si calme quand il joue, ça m’inquiète, alors je vais voir -
Je l’ai rendu le lendemain sans sommeil, oui
à demi-mort de peur

Pourtant combien ma déraison aux écouteurs
combien aux formats italiens, combien de jours trop ouverts
combien au guichet de mon coeur
combien

J’ai aussi une nuit sous les draps
attendu ma venue en messie
- c’est sûrement moi, nouveau-Jésus, je suis si gentil
Safet Suzic, Marie-Madeleine, hé vous, priez pour moi

Pourtant combien ridicule ce buste droit à un vacher
anneaux d'acier sur fesses nues, oui
combien embusqué aux reflets de la Centaure
combien

Et puis, en loggia d'or, à l'opéra, dites, d'où sort ce type
là, combien aux mains rougies, dans le lorgnon
combien à courtes manches – et pourquoi pas ?

En enfant sage, en petit Christ, hé, en homme fou

Pourtant combien fille de ma raison est la magie folle où j'ai bu
combien d'une goulée et sans façon, oh là là

Combien, en enfant sage, oh oui, combien en homme fou.


 

 

RAPHAËL ROUXEVILLE

 

Il se présente :

 

 

Raphaël Rouxeville est poète. Il pratique aussi la photographie. Par ailleurs, sans aucune espèce de rapport, il regrette le temps où Jean-Pierre Pernaud présentait à la télévision des sujets sur les petits métiers de province en voie de disparition. Il avait l'art, à la fin du sujet, d'incliner sur commande la tête, comme un épagneul à qui on aurait appris à sourire benoîtement. C'était touchant.
 

Les voyages de Raphaël ne nourrissent pas particulièrement sa poésie. C'est pourquoi il a choisi d'en faire état dans sa biographie (voir saison 2, 3, 4). Toutefois, par solidarité avec les cheminots en grève, il a décidé de pratiquer, lui aussi, une grève perlée de la relation de ses voyages (Pays-Bas et Londres à venir).
 

Raphaël Rouxeville sera présent les samedi et dimanche 9 et 10 juin 2018 au Marché de la Poésie à Paris afin, notamment, d'y rencontrer des trices.éditeurs. Il portera (peut-être) pour signe distinctif un poireau dans la main gauche mais aussi un sac-à-dos avec des tapuscrits qu'il jettera, deci-delà, sur son passage. Il pense que les vases communiqueront et qu'au fur et à mesure de sa glorieuse distribution, son sac-à-dos se remplira de recueils et de revues; son compte bancaire reconsidérant, lui, ses ambitions à la baisse.

© Raphaël Rouxeville . L'auteur, enfant. - DR

© Raphaël Rouxeville . L'auteur, enfant. - DR

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