Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - RAPHAËL ROUXEVILLE

Publié par Le Capital des Mots sur 7 Avril 2018, 15:18pm

Catégories : #poèmes, #photos

© Raphaël Rouxeville - DR

© Raphaël Rouxeville - DR

Dernier râle

 

On y est

Le dernier râle

 

Des Eaux de Brunes au Fou de Verdun, le dernier râle est un silence

 

Le bonheur est en barquette

 

Il n'y a plus d'hommes, il n'y a plus personne, il n'y a plus de mains

 

Rien qu'un silence
Que le ventre sans oreilles finira bien par digérer

 

Du Bois de Moussy à La Fille morte, tout est à prendre

Rien n'est plus à vendre

 

Le bonheur, c'est la barquette

 

La boucherie et la forêt, la main qui coiffe

La main qui saigne, la main qui guide

Les volets clos, mêmes les bouches

Tout est à prendre

 

Hors les étoiles

 

Rien n'est à vendre

 

Le pain quotidien s'annonce continu


Et il n'y a plus d'hommes

Plus personne

Plus de mains

 

Encore les fleurs qu'on arrose, un mot pour le passant

Les géraniums

Mais le bonhomme est sous barquette

 

Bientôt aussi, la main qui soigne, celle qui nourrit la bête

Lui fait ployer la tête et ne sait plus la tuer

Sera aussi, Paul O'Corral, aussi à prendre

 

Et quand le ventre aura tout dévoré

du Montpillard à La Goutte du Charme

Quand enfin il n'y aura plus d'hommes

Plus de mains

 

Hors les étoiles

 

Le ventre dormira sur ses deux oreilles

Rêvant et pleurant ses rêves d'affamé.

 

***

 

Aux Eaux de Brunes

Aux Eaux de Brunes
J'irai toujours boire
Mon sang mes larmes

Comme au déversoir

Les Eaux de Brunes
C'est
Un peu à l'écart
A la sortie du bourg
Le haut de la côte
Après les gens
L’école
Loin
Un bosquet humide

Aux Eaux de Brunes
Source jamais tarie
J'irai tremper ma peine
Et ma vie
Et puiserai
L'eau verte
A la corne du Roi berger
Mon Saint-Patron

Aux Eaux de Brunes
Je me baignerai toujours
Avec de belles passantes
VRP et filles de ferme
RASED et infirmières
COPSY ou lavandières
DIR COM ou noires sorcières
Pour d'aquatiques sabbats

Aussi Les Eaux de Brunes
Diront toujours au solitaire
A l’oiseau à l’homme perdu
D’aimer boire à l’amour
De nager à la vie
De rêver en poisson
Comme en un déversoir.

 

 

 

RAPHAËL ROUXEVILLE

 

 

Si des supporters de Lance Armsrtong, la veille de « la leçon », dans la descente de l’Alpe d’Huez, n’avaient jeté fortuitement sous ses roues des ampoules vides d’amphétamine, Raphaël Rouxeville serait aujourd’hui agrégé. Il est certifié de Lettres modernes et titulaire d'une maîtrise sur les rapports entre poésie et chanson dans l’oeuvre de Rimbaud. Ce sujet, tant il est véritablement riche et passionnant (chez Rimbaud comme chez Verlaine), pourrait faire l’objet d’une thèse. Aussi Raphaël Rouxeville, afin de pouvoir se consacrer à ce qu’il n’a fait qu’effleurer et devenir docteur, lance un crowdfounding auprès de mécènes amoureux de littérature comme l’Université française, la région Grand-Est, Total, Véolia, Vinci ou autres fonds de pension russes ou quatari (allocation mensuelle à débattre sur 3 ans).

 

Raphaël Rouxeville est aussi expert en sémiologie et communication (Master 2 Sorbonne). Il ne croit pas que la "langue soit fasciste", comme l’a pensé Barthes, un jour qu’il avait reçu deux contraventions pour mauvais stationnement. Certes, la langue peut être une structure enfermante, avec ses automatismes, ses règles d'usage, son prêt-à-parler et surtout ses marqueurs sociaux qui distribuent les rôles interlocutoires en terme de pouvoir. Mais Raphaël Rouxeville se dit, au contraire (comme Barthes, finalement revenu sur ses dires en contemplant deux pigeons par une belle journée de printemps), que "la langue est amour". Chaque mot : "handicapé", "je t'emmerde", ou même "je t'aime », chaque mot est mot d'amour.

Saison 3. La poésie de Raphaël Rouxeville ne s'inspire pas beaucoup de ses voyages (voir Saison 2). Avec une troisième Isabelle, il est allé au Portugal. Parce qu’il y a eu une deuxième Isabelle, brune, aux yeux noisette mais qu’il n’a pas fréquentée assez longtemps pour partir en voyage avec elle ; Raphaël se souvenant peut-être du voyage annulé en Irlande et appliquant le conseil maternel, toujours avisé, qu’il reçut alors, selon lequel on ne voyage pas avec des filles qu’on ne connaît pas bien (surtout quand il s’agit de sa propre cousine, certes aussi belle qu’Isabella Rossellini au même âge). Avec la troisième Isabelle, donc (Raphaël Rouxeville, précisons-le, n’a jamais voyagé avec Isabelle Rossellini), ils se rendirent à Salamanque, sur la route du Portugal, dans une Ford Fiesta hors d’âge qu’il fallait alimenter en huile à peu près tous les 50 km. Salamanque, l’Oxford espagnol, sa pierre qui devient jaune au couchant, les émerveilla. Ils visitèrent Porto, Coïmbra, Tomar, Lisboa. Isabelle portait un carré à la garçonne. Elle avait teint ses cheveux châtains d’auburn. Une robe tablier, bleu pâle, monochrome, lui arrivant sous le genou et lui découvrant tout le dos, lui donnait ce charme à la française qui faisait que, sans avoir prononcé un mot, de vieux messieurs portugais, souriants, s’approchaient d’elle pour lui parler en français de la France, de Limoges, de comment on faisait le béton dans les années 70, de Montluçon, de Paris et des Françaises, avec, au creux de leur visage buriné, des yeux pétillants. Elle les regardaient, les écoutant, avec son bon sourire, ses joues comme des pommes et ses yeux brun-vert. Raphaël était plutôt fier. Même si Montluçon, comment on faisait le béton dans les années 80, les patrons, les Françaises, pendant 25 mn, sous les 35° de Tomar, parfois le faisait piétiner.
Sur les docks de Lisbonne, des serveuses avec des piercings étaient étonnées de les voir essayer de passer leurs commandes en portugais, faisant des phrases sujet+verbe+complément. On les félicitait sincèrement pour cela, même si l’échange se terminait le plus souvent en anglais. A Aveiro, ils ont déjeuné dans un de ces merveilleux restaurants de poisson (dont le génial concept est de cuisiner du poisson et non, comme en France, de la sauce au poisson). Quand ils ont passé leur commande, la serveuse leur a dit : « It’s a fish I don’t know the name in english ». Ils ont pris ça quand même. Ils l’ont mangé dans une tuile dont on fait les toitures. Et c’était bon. (en attendant la Saison 4)


Et ajoutons, que Raphaël Rouxeville écrit de la poésie. Pour Le Capital des Mots, Lichen, Terre à Ciel et Décharge (précieuses revues qu'il remercie sincèrement) et qu'il se sent prêt à faire éditer un recueil (raphaelrouxeville@gmail.com). A moins que, comme le dit si judicieusement Heptanes Fraxiones, il attende et, à l’instar de Charles Baudelaire, ne sorte qu’un Best of.

 

© Raphaël Rouxeville - DR

© Raphaël Rouxeville - DR

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