Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - RAPHAËL ROUXEVILLE

Publié par Le Capital des Mots sur 28 Avril 2018, 19:05pm

Catégories : #poésie

© Raphaël Rouxeville- DR

© Raphaël Rouxeville- DR

Le mal des fleurs


Ô il ne fait pas de doute que
Les Gallois l’ont parié
Vos beaux yeux clos
Ô les faons de Cadiot
                         Charlie et Charlot sont dans un bateau
Vos pommettes ô sures
Deux coupoles de Samarkand
Vos mèches toutes mousses de Java
                         Charlie se penche pour voir la lune
Votre cou blanc
Ô la glace des Ecrins
Semée de rochers de beauté
                          Charlot la regarde un peu et tombe à l’eau
Orneront une pique
Où perlera l’or d’absolu
De votre chère tête !
Les gouttes sur ce bâton
Descendront vermillon
                          Charlie boude toute seule sur le bateau ; toujours pareil avec Charlot
Dorées de lymphe
Jusqu’à ma bouche
Ouverte et pâle
Posée coupée
Dans un panier.
                           Qu’est-ce qu’il reste ?
- Du mal et des fleurs, répond quelqu’un.

 


*


Colette à la plage


Mer où,
T’es où Mérou ?
T’es jamais là Mérou !

T’es pas assez salée ?
Reviens dans mon lait, Mérou !

Notre mère et puis Grand’ mer
Où t’es ?

T’as bu toute l’eau, Mérou, dans mon canal,
T’as tout tari les pis !

 

Où t’es mer où ?
T’as tout bu le lac, jamais le lait !

Basse terre, Grande terre,Tatihou,Lifou ?
Tu vas pas toutes me les faire, Mérou,
Boire du lait antillais !

Où tu plongeras encore, Mérou ?
Baltique ou Mer de sel,
J’sais pas où mer où ?

Tu vas pas couler,
Chercher l’ambre des forêts englouties ?
                                ou passe-moi la salière…

T’as pas assez brassé ?
Te poussent des écailles, Mérou !
T’as plus de peau,
L’as laissée où tu swimmes,
Où Mérou tu crèches
                                poule !
Allez, lape le lait d’ânesse !

Par où tu bordes ? Mer
                                d’alors des chagrins !
T’as tout laissé le chlore !

Où t’es mer où ?
Tatihou, Lifou, Pataugeoire,
Lavabo, Petit-bassin,
T’as pris tout le sel, Mérou !

Et moi, je chlore mes larmes dans du lait !

 

*


Chocolat

Viens, Chocolat, je sais qu’il t’en faut toujours plus
Viens !
On braquera les supermarchés
On n’en a plus rien à foutre, Chocolat
Ramène ta fève, belle âme, beau cul
Et ton béret !

On va tordre les grilles, Chocolat

A la masse les vitrines
Tes pieds de biche !

On galopera dans les rayons mamie-nova-cornetto-chocopops-kinderbueno
Tout, Chocolat, tout
La camelote, toute,  à la lampe frontale
Je sais qu’il te faut tout
Tout le chocolat !

Viens Cacao, viens Casse-du-siècle
On remplira nos sacs à dos
On sera Cassius Clay !

Tu t’assiéras, petite ogresse
Au pied des tablettes
Aluminium, carton, papier, carrés, tout le bon
Tout, tu croqueras tout
Dans un grand rire de tragédie
Si beau, si fou, que j’éclairerai à la frontale

Et on se cassera ma plantation
Avec le reste, chaud-les-marrons
Chargés lourds comme baudets
On foutera tout dans l’estafette
Et ton béret

On rentrera, Chocolat
Dans la nuit noire
Et on distillera tout
On fera fondre la camelote pour ton grand
Bain de Chocolat
 
Et je frotterai ta peau doucement
Vigoureusement, pour qu’y pénètre le chocolat

Tes cheveux, tes pieds de biche
Tout ton corps blanc, alors, sera détendu
Tout ton corps blanc dans la baignoire

Et tu basculeras la tête dans le soir
Enfin, et ta bouche d’extase, Chocolat !

Alors j’ouvrirai la bonde
Et tu te colleras au fond

Et tout le chocolat coulera doucement, lentement
Absorbé, bu, bu, bu, entièrement, bu par tes grands yeux !

 

 

 

 

RAPHAËL ROUXEVILLE

 

 

 

L’étudiante eurasienne qui suivait un Master Recherche en Langues Orientales et surveillait, ce jour-là, le couloir du lycée Buffon à Paris, eût été moins jolie, Raphaël Rouxeville se fût moins souvent rendu aux toilettes pendant les 7h00 de préparation de « la leçon ». Aussi Raphaël eût-il pu prétendre à l’agrégation. Il eût fallu toutefois, au-delà de sa fréquentation abusive des cabinets d’aisance, qu’il ne tirât point au sort « La Chanson de Roland ». Seule œuvre sur laquelle il avait fait l’impasse et qu’il dut commenter, comme il se doit, dans sa version originale du XIème siècle.

Bref, n’en parlons plus, il est certifié de Lettres modernes et titulaire d'une Maîtrise sur les rapports entre Poésie et Chanson dans l’oeuvre de Rimbaud. D’ailleurs, si la vie n’était pas cet entonnoir, il aimerait prolonger ses recherches par une thèse (sans doute faut-il inverser l’entonnoir). Quelles chansons entendaient Rimbaud et Verlaine à Paris, à Bruxelles, à Londres, à Charleville, à Metz, entre 1869 et 1875 ? Quelles chansons, s’entendant partout, dans la rue, dans les cabarets, à l’opéra (on sait déjà l’influence des ariettes de Favart sur la poésie de Verlaine) alors qu’aucun moyen technique n’était encore en mesure d’enregistrer et de diffuser la voix ? Quelles traces ces chansons envolées ont-elles laissées dans leur poésie ?

Raphaël Rouxeville est aussi titulaire d’un Master expertise en sémiologie et communication (Master 2 Sorbonne).

Saison 4. La poésie de Raphaël Rouxeville ne s'inspire pas beaucoup de ses voyages (voir Saison 2 et 3). Avec Isabelle, quelque temps après leur périple au Portugal, ils ont eu deux enfants, ce qui arrive lorsqu’on voyage souvent ensemble. Alors, tous les quatre, ils se sont principalement rendus en Normandie, dans la Nièvre, au Pays Basque, en Normandie, au Bassin d’Arcachon, en Normandie, dans l’Héraut, dans la Nièvre, dans l’Ain, dans la Nièvre, dans les Alpes et en Normandie. Isabelle, secrètement, le temps passant, nourrissait un affreux complexe. A quarante ans, elle n’avait jamais pris l’avion, ce qui, compte tenu de sa CSP (elle est professeure de lettres), relevait de l’anormalité. A l’occasion de l’anniversaire d’Isabelle, Raphaël Rouxeville, n’écoutant que son courage, a alors organisé (lui qui est effrayé par le simple vue d’un calendrier, un coup de fil à passer et blêmit devant une facture) en cachette, une cagnotte et, grâce aux dons d’amis, réservé deux billets d’avion pour Rome. Il a bien aimé quand au décollage Isabelle lui a serré le bras et s’est blottie contre lui. Ils ont aperçu par le hublot un pic enneigé des Alpes déchirer les nuages. Ils sont arrivés sains et saufs. La lumière de Rome était ocre. Surtout le soir. Surtout aux abords de la Villa Médicis. Surtout en haut des escaliers de la Trinité-des-Monts. Nous étions en août. Dès qu’ils sortaient du métro presque vide, ils entendaient « Get lucky » de Daft Punk, gouttes d’ondes sonores très énergisantes. Il n’y avait pas plus de deux Romains dans Rome et deux millions de touristes. Les mots qu’ils ont le plus entendus ont été « woneuro-woneuro-woneuro-woneuro », prononcés par des vendeurs du sous-continent indien pour leur vendre des bouteilles d’eau quand il faisait chaud, un parapluie ou une pélerine en plastique quand l’orage éclatait, une araignée fluorescente (le soir) avec des ventouses, que l’on jette sur un mur et qui redescend lentement en faisant des galipettes, pour les enfants.

Campo di Fiori, Isabelle et Raphaël se sont installés en terrasse, dans l’atmosphère doucement ensoleillée du marché. Isabelle a commandé : « Due capuccini», avec un aplomb et une prononciation tonique et chantante qui a sidéré Raphaël. Bien sûr, sa première réaction a été de se moquer un peu. Mais l’image d’Isabelle, vivant éternellement à Rome, dans un monde parallèle, sur une Vespa, accrochée à Nanni Moretti, a fini par s’imposer à lui. Jusqu’à ce que l’orage éclate sur la fin du marché, les déchets de légumes et la tête noire de la statue encapuchonnée de Giordano Bruno.

Au retour, Isabelle et Raphaël ont voyagé dans l’avion avec Olivia Ruiz, qui est petite, brune, avec des yeux châtain foncé. Son prince charmant devait mesurer le double d’elle. D’ailleurs, dans son siège, les genoux du monsieur touchaient ses oreilles parce que c’était un vol low cost. Olivia Ruiz, elle, ne connaissait pas ce type d’inconfort et, au-dessus des Alpes, mangeait vraiment du chocolat.

Et ajoutons, que Raphaël Rouxeville écrit de la poésie. Pour Le Capital des Mots, Lichen, Terre à Ciel et Décharge (précieuses revues qu'il remercie sincèrement) et qu'il se sent prêt à faire éditer un recueil (raphaelrouxeville@gmail.com).

© Raphaël Rouxeville- DR

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