Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - RAPHAËL ROUXEVILLE

Publié par Le Capital des Mots sur 3 Mars 2018, 15:18pm

Catégories : #poèmes

Sagesse du milan


 
Même lacérée à coups de ciseaux
ta beauté reste encagée
par les forêts qu'elle fait lever
 
Aussi sous la futaie
mon désir frappe enragé
les reflets qu'il ne peut attraper
 
Il est sur les versants des beautés
qu'on a peine à endurer
 
Qu'en pense le milan
au-dessus des Pyrénées ?

*


Ton cinoche

D’ajoncs en ajoncs, au bain brun, j’y ai nagé
Tout à mon cinoche que l’étang
C’était tes yeux

Les herbes à plumes, pourries sur pied
Tout le camel à la pampa est retourné

Au sternum, écartant la cage
Au givre, la fêlure – c’est souvent
Elle est revenue
Me faire accroire que le vent, c’est ma poitrine

Ligne après ligne, la vigne de Salomon peut fleurir les halliers, enrouler sans fin le vieux châtaignier - résille des laines blanches, que jamais ses merveilleux akènes, fauves, aux yeux d'amour, n'en combleront l’orbite, le repaire de l’effraie.

Pourtant, sans accroire, au brun, au givre
Refais-moi ton cinoche.


*




Folk song

J'ai le complexe de Chapman, sans revolver, en chiffonnier
J'enfile de vieilles défroques pour tout costume de ville

Je suis fripier, j'ai glissé ma vie dans le papier à bulles
De mannequins de morts
Et d'un vivant

Chez moi, ça sent le daim serré, le cuir râpé
La poussière dans la laine

Je sais, j'ai bel air, dans mes bottes à chanter Ô gué, Ô gué, les belles paysannes
Devant les beaux monts bleus

Je vais te ramasser ces vieilles chemises à carreaux de 1966
Avec rabat derrière
Taillées par les couturières de la grand-mère
						                          [ On ne dort pas dans le linge d'un mort ]

J’en ferai un feu de joie
Comme lorsque je fumais seul à point d'heure 
Veillant nuit après nuit un bûcher d'épicéa 
Avec son feu tordu sous la lune vers l'autoroute

Je suis beau dans mon gilet camionneur
Droit dans mes sabots face à la pente
Remuant l'épaule, Ô gué, Ô gué, Coco bel œil
Le beau western face aux boeufs blancs
			             [ Arrache-moi ces yeux d'iris et vois la vie, ta vie qui file ]

J'ai le complexe de Chapman
Et un brasier allumé tout prêt
Pour les défroques, les chemises à rabat et mes sabots.

 

 

*

 

Pays

 

Mon territoire n'a plus de nom
janvier le lui aura ôté

Il s'est perdu dans l'alphabet
quand m'est poussée la vigne blanche

Mes pas encore sur le gravier fleuriront le visage gelé
de Coeur-Fier
de trois galets
dans le cimetière de ce pays
dont seul je porte le nom

Mon territoire- c'est cette année
s'en est allé
dans l'hiver de la carte et je n'en savais rien
quand janvier me l'a avalé
et que je l'ai pris pour nom
tressant ma vie de vigne blanche.



*



Mon œil

Déjà mon œil se parchemine

Il a trop fait l’hirondelle
Battant folle le carreau

Mon œil est ce vélin bleu
Tendu sur la déraison

Il est cet ours roux
Courant dans tes chansons.

 

 

 

RAPHAËL ROUXEVILLE

Il se présente :

 

Les poèmes de Raphaël Rouxeville ont récemment été publiés en revue par Le Capital des Mots, Terre à Ciel, Lichen et Décharge.

 

 

Raphaël Rouxeville - DR

Raphaël Rouxeville - DR

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents