Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - RAPHAËL ROUXEVILLE

Publié par Le Capital des Mots sur 24 Mars 2018, 19:46pm

Catégories : #poésie, #photos

à Michel Piccoli
Naissance du poème amoureux

D’Obscures renOncules OrnerOnt nOs Orbites
Quand leur hymnes immondes là-haut retentiront
De fringants liserons nettoieront nos vertèbres
Mais les vers vagiront la sourde vérité
Qu’empourprés nos édiles voileront à la masse
Gonflée d’un sang d’amour qu’elle n’aura pas versé

Tu fais quoi, là ?
- Je me récitais un ancien poème à moi.
- Okay. On va boire une bière et toi, tu te récites tes poèmes.
- Excuse-moi.
- Tu sais ce que c’est qu’être Frappaware ? C’est quand tu est tellement amoureux, que tu te sens comme frappé et comme si un poing te tassait au fond d’un TupperwareCONTENT CONTENT...

et comme si tu étais une pâte pétrie, collée au fond du récipientCONTENT DES BATTEMENTS DE TON COEUR…

et comme si ce poing, il t’avait fracassé. Tu vois ?PAS COMPTABLE ...

- Mh.PAS COMPTABLE PAS COMPTABLE DES BATTEMENTS…

- Donc, c’est ça, être Frappaware.
- Oui. Mais tu peux dire aussi Fracaware.
- Hein ?
- Tu as dit « fracassé », donc tu pourrais aussi bien dire être Fracaware.
- Oui.PAS COMPTABLE PAS COMPTABLE DES BATTEMENTS DE TON COEUR…

- Et le couvercle ?
- Quoi le couvercle ?
- Du Tupperware. Il est fermé ou ouvert ?BATTEMENTS DE TON COEUR …

- J’en sais rien.
- Tu en rebois une ?
- Oui.
 
 
RAPHAËL ROUXEVILLE
 
Il se présente :


S'il n'avait pas été contrôlé positif, la veille, dans l'ascension du Tourmalet, Raphaël Rouxeville aurait été agrégé. Il est certifié de Lettres modernes et titulaire d'une maîtrise sur l'oeuvre de Rimbaud.


Il est aussi expert en sémiologie et communication (Master 2 Sorbonne). Aussi n'aime-t-il pas entendre dire que la "langue peut être fasciste". Certes, il comprend bien qu'il s'agit là d'une façon un tantinet excessive pour décrire la structure enfermante que peut être une langue, avec ses automatismes, ses règles d'usage, son prêt-à-parler. Raphaël Rouxeville pense au contraire que "la langue est amour". Chaque mot : "poubelle", "secrétaire général", "handicapé", "je t'emmerde", ou "je t'aime", même; chaque mot est mot d'amour.

Saison 2. La poésie de Raphaël Rouxeville ne s'inspire pas beaucoup de ses voyages. A dix-huit ans, il a failli aller en Irlande avec deux filles à peine plus âgées que lui (dont sa cousine), en 2CV, en ferry et sous une toile de tente. Sa mère n'a pas voulu. Il est allé à Londres en ferry, avec son cousin. Il y a acheté une cassette soldée à 9£99 de Martin Stephenson and the Daintees et a ramené le Melody maker.
Plus tard, il a visité Barcelone, avec une étudiante en Lettres appelée Isabelle. Elle avait les cheveux longs, très bruns, en cascade. Elle était plus catalane que les Catalanes. Hormis qu'elle ne s'adonnait pas à cette curieuse pratique des Barcelonaises consistant, sur un banc, assises sur les genoux de leur compagnon, à examiner leur peau masculine, à en extraire entre leurs ongles les points noirs de leur nez, dans leur cou, sur leur front. L'étudiante en Lettres, elle, n'a rien trouvé de mieux que de se fouler la cheville alors qu'ils ne leur restaient à peine que 2 immeubles de Gaudi à prendre en photo.
Puis il est retourné à Londres en ferry avec un ami, qu'il a depuis perdu de vue et c'est dommage
Il a voyagé ensuite à Athènes, à Delphes, avec sa soeur qui, très bon public, entre les colonnes, et dans les amphithéâtres, répétait souvent en serrant les cuisses : arrête, arrête de me faire rire, je vais encore faire pipi dans ma culotte.
Toujours avec sa soeur, il a assisté à Saint-Denis à la finale France-Brésil, sans avoir de billet et en passant trois postes de contrôle  (ce qui peut sembler hors-sujet mais, en définitive primordial, afin de relater les voyages de Raphaël Rouxeville). Le cousin était là aussi mais n'est pas entré dans le stade, prétextant qu'il préférait voir le match sur grand écran. Raphaël, une fois dans la tribune, s'est tout de suite lié d'amitié avec une jolie stadiaire en tailleur rouge qui faisait des études de marketing. A l'issue du match, avec sa soeur, le cousin, la stadiaire (qui arborait un long carré effilé châtain foncé) et d'autres amis rencontrés sur les Champs-Elysées, Raphaël a célébré le 1et2et3zéro jusque dans l'appartement du XIIIe arrondissement sororal. La jolie stadiaire, qui était de Marseille, lui avait donné son adresse, là-bas, lui disant tu passes quand tu veux. La raccompagnant galamment, Raphaël a voulu l'embrasser dans l'ascenseur parisien ; mais elle l'en a suavement dissuadé en mettant sa main sur sa poitrine à lui, lui murmurant j'ai un copaing. Raphaël s'est tout de même rendu à Marseille quelques semaines plus tard, avec l'ami perdu de vue, et l'adresse de la stadiaire. Il ne l'a pas retrouvée. Il sont allés à l'Isle-sur-la-Sorgue, à Arles, ailleurs, en voiture, en écoutant de la très bonne musique.
Plus tard, avec son cousin, notre voyageur est allé à Essaouira, à Ouarzazate, dans l'Atlas et à Marrakech. Dans la casbah en pisé de Ouarzazate, les cousins ont été accueillis par une véritable nuée d'enfants, un essaim aux cheveux de jais, magnifiques, qui les a littéralement conduits à travers les ruelles, essaim hilare, riant en arabe et montrant du doigt les yeux des deux cousins, avec des mots français "jolis, jolis", "beaux, beaux". C'est mon plus beau souvenir de voyage. Puis, sur un grand boulevard de Marrakech, par un soir orange, une mannequin de type nordique, qui revenait probablement d'une séance photo, s'est avancée vers eux, pieds-nus, ses chaussures à la main, au ralenti. Elle a demandé une cigarette au cousin. Leurs yeux clairs se rencontrèrent. Il a fallu le réanimer à l'hôtel. C'est peut-être le plus beau souvenir de voyage de son cousin.
Plus tard, au Mont-Saint-Michel, un autre ami perdu de vue, a présenté à Raphaël une doctorante néo-zélandaise. Quelques semaines plus tard, très déprimé, il prenait le ferry pour Londres. Il y retrouva la Néo-zélandaise qui portait des bottes noires, était brune, avec les cheveux courts et des mèches acajou. Sa thèse, qu'elle conduisait à Londres, portait sur la littérature médiévale française. Elle était très déprimée. Raphaël a passé deux jours à discuter avec un Sri Lankais parce que c'est lui qu'il comprenait le mieux.
Là ne s'arrêtent pas les voyages de Raphaël Rouxeville. Mais il nous faut préciser, d'ores et déjà, qu'il retournera à Londres (voir Saison 3).

Et ajoutons, que Raphaël Rouxeville écrit de la poésie. Pour Le Capital des Mots, Lichen, Terre à Ciel et Décharge (précieuses revues qu'il remercie sincèrement) et qu'il se sent prêt à faire éditer un recueil (raphaelrouxeville@gmail.com).
© Raphaël Rouxeville - DR

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Raphaël Rouxeville 03/04/2018 11:49

Merci Eric ! Mais "encore deux quoi" ? Remettez-nous ça, patron ? C'est risqué ! A partir de trois, ça ne vaut plus rien pour la poésie. Bien amicalement. RR.

Eric Costan 29/03/2018 21:20

Oh Raphaël, bravo!
Et encore deux !!
Je partage fb, c'est trop ...
Bye

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