Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - CHARLES ORLAC

Publié par Le Capital des Mots sur 18 Février 2018, 19:04pm

Catégories : #poèmes

( Maj 19/02/2018. Les textes publiés initialement avaient déjà  été mis en ligne en Février 2017 ont été supprimés et sont remplacés par les bons textes cette fois-ci. L'auteur Charles Orlac s'excuse. auprès de vous.)

 

 

 

Inventaire

 

Nouvel an : impossible bilan.

À tout hasard pourtant j’ai dressé l’inventaire

De tout ce que j’ai gardé en dépôt

De ce qui n’est qu’un désordre de plus

Un désordre nouveau :

 

Des frénésies pour crânes exigus,

Des chevelures houleuses tranchées dans la soie,

Des draps pliés parfumés, une averse dans l’armoire,

Un billot de chêne maculé d’éclaboussures

D’aube sur des restes de nuit

 

Un escargot à la rue, expulsé,

Des limaces coquettes essayant sa coquille,

Des camelots, les lundis, sous le métro aérien

Des nuits incertaines mal refermées

Comme de vieux tiroirs sur des envies lubriques,

 

Dans la ruelle étroite, pavés luisants,

Des réverbères amnésiques

Angelots vieillots, retraités du gardiennage

 

Des lèvres célébrant le calice l’autel,

Des livres genèse des pires génocides,

Des candélabres aux murs de manoirs délabrés,

Des arbres, le tronc noir et la branche coupable,

Blanche à l’endroit de la corde nouée,

L’envers d’un décor bucolique, lynché

 

Des machines de guerres froides sanglantes

Avec dans leurs tambours toutes les voix petites,

Le silence qu’on étrangle.

 

***

 

Renouveau

 

Les illusions mortes sont mortes à jamais

J’enfonce enfin dans des certitudes nouvelles

Mes yeux tantôt gonflés d’orage

Ont perdu leur colère et je vois mieux

Et j’entends mieux, qui sait, comme un mutant.

C’est l’heure béante de l’ultime beauté

Visages ovales regards d’opale

Tout éclaire mes pensées jadis entrelacées de ronces.

Les illusions mortes sont mortes à jamais

J’enfonce confiant dans des certitudes nouvelles

Les bruits dans les buissons relèvent la tête

Sur le fleuve glissent des maisons en allées

Les fanaux des locos dans la rase campagne

Surprennent la vie animale des talus

Des oiseaux kamikazes foncent ignorants

Sur d’invisibles miroirs qui volent en éclat

Le vent qui sait lire dans le linge étendu,

La vie des pauvres gens,

Sur la terrasse sèche ses larmes et va

Se pendre plus loin au-dessus des champs enneigés.

Les illusions mortes sont mortes à jamais

Aux carrefours hennissent à nouveau

D’anciens courriers de cahoteuses diligences

Des calèches sombres traversant le temps

Tandis qu’au bout de la plaine

Retournée, soulevée par de grands chiens noirs

La mer demande pardon à ses noyés

 

***

 

Les mots

 

Taries les nappes phréatiques de la pensée.

D’avoir trop puisé dans la sécheresse de l’été,

Les puisatiers sont épuisés,

Les sourciers sourcilleux. Tous attendent

Que reviennent les pluies d’automne.

 

Il n’y a plus rien

Plus de matière à penser

Dans la citerne des mots

Il n’y a plus d’eau…

 

Ne prenez pas ombrage

Cabanons des Calanques

Si l’éclat du Midi

Éblouit vos fenêtres

C’est une autre langue

Celle de la mer

Qu’on voit depuis la sente

 

Verte marbrée de mouettes

Rocailleuse lorsqu’elle s’enroule

Aux galets de la plage

Aux paroles des vieux ritals

Qui roucoulent en ces lieux

Des jours meilleurs.

Les mots sont des fruits invisibles

Sur le bout de la langue souvent,

Quand ils ne sont ces gommes qu’on remâche

Ces salades qu’on retient, que d’autres lâchent

Fraise rouge parfois,

La braise d’un feu de camp

À l’aube des collines

Toute une nuit à se nourrir

Des lumières de la plaine

Et ne posséder que ces restes…

Mots de pierre mots cailloux

Les premiers cairns sur les sentiers de nos rêves

 

 

***

 

mémoires

 

1

falaise crépitements de blanches mouettes

Sur le tableau noir la craie se rappelle

Le vent, les courses, les surplombs d’azur

Elle qui n’est plus sous les doigts

Que poussière d’enfance à présent

 

2

La mémoire des choses perdues

S’imprime dans le vent

Et le vent me décoiffe encore

Moi qui suis chauve depuis longtemps

 

 

***

 

Miniatures et haïkus

 

Crayon à la main

Posté dans mon canap

Je guette un vol de haïkus

*

Sa terre était bleue comme une orange

La mienne est blessée, rouge sanguine

*

 

Matin- Neige vierge

comme Reine encore infante

au règne immaculé

*

Flamme vacillante

sur son dernier bout de cire

Incessamment la nuit

*

Première goutte

L’hiver me pend au nez

Rhume et froidure

*

Nuit de granit.

Éteinte à mon chevet

La lampe Dolmen

*

Gravité.

Monter en flèche

jusqu’à l’inévitable fléchissement

*

Je n’ai jamais si bien chanté

que lorsque j’étais merle.

Aujourd’hui

qu’ils sont rares les mots

qui ne soient que musique.

 

CHARLES ORLAC

 

Il se présente :

 

Charles Orlac, né en Italie en 1953, a vécu sa jeunesse dans le sud de la France avant de s'installer à Paris en 1980.

Agrégé de musique et diplômé d'une maîtrise d'italien, il partage son temps entre l'enseignement, son activité de musicien et l'écriture. Son recueil de poésie « vie d'origami et autres pliages » est paru chez Edilivre en septembre 2016 https://www.edilivre.com

 

Charles Orlac- DR

Charles Orlac- DR

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