Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - ALIX LERMAN ENRIQUEZ

Publié par Le Capital des Mots sur 2 Décembre 2017, 19:53pm

Catégories : #poèmes

                 Chagrin d’amour


 


 

Une femme pleure dans la nuit nouvelle.

Une femme pleure dans un bistrot parisien.

Elle tient dans sa main tremblante

une cigarette mentholée.


 

Les larmes coulent sur ses joues

comme sur le visage figé d’une poupée de cire.


 

Une femme pleure dans la nuit violette.

Devant elle, sur le comptoir obombré,

un ballon de rosé dont le vin doux virevolte.


 

Au dessus de ses boucles rousses comme le feu,

la flamme blonde tamisée de la lampe

éclaire son visage d’enfant.


 

Au dessus de sa tête, la lampe trace

des halos de lumière sur sa main blanche

aux ongles vernis, parfumés,

d’un rouge violent presque violacé.


 

La lampe vacillante éblouit un instant

son regard de soie bleue encore trouble,

ses yeux tristes au-dessus

de ses lèvres de velours embué,

au-dessus de son silence,

de ses mots tus, de ses pleurs cadenassés.

 

 

***

 

L’égarée


 


 

Elle arpente le bitume,

effarée de toute la solitude de la journée,

égarée dans la rue, juchée sur ses escarpins,

son œil violet, hagard d’avoir déjà trop bu.


 

Titubante comme une toupie de chair tremblante,

une toupie de soie frêle,

un pétale recourbé envolé à la face du levant,


 

elle avance lentement, très lentement

comme une fleur effritée qui s’éclipse

dans la nuit parfumée.


 

Nuit effeuillée comme la rose nue de son silence,

comme un phare affrété à ses pleurs fragiles,

comme un sémaphore clignotant sur la mer

qui pointe, ivre, son amère destinée,

sa douleur lancinante, sa joie égarée.


 

 


***

 

Les brodeuses


 


 

Je marche dans la moiteur,

la touffeur d’une journée sans retour.

Le soleil fond au-dessus

des arbres d’automne,

au-dessus de leur chevelure d’or cendré,


 

maculant leur dentelle de soie ciselée

qu’aurait tissée une invisible brodeuse,

à présent ensevelie.


 

Leurs feuilles mortes sont pareilles

à des mains de vieille femme racornie,

toutes recroquevillées

sur la solitude de leur paume gelée,


 

Feuilles jaunies, toutes effritées

comme la peau ridée

de leurs doigts d’ombre éculés.


 

Vieilles feuilles de soie séchée

comme des mains de brodeuses

usées à la corde,

des mains d’ouvrière usagées

qui ont tant travaillé


 

et qui choient maintenant sur le sol,

forment un tapis d’or

sous le ciel à jamais cendré.

 

 

 ALIX LERMAN ENRIQUEZ

 

Elle se présente :

 

 

Alix Lerman Enriquez est née à Paris le 5 mai 1972. Depuis très longtemps, elle s’adonne à l’écriture poétique et, à ce titre, a déjà publié plusieurs recueils de poésie comme Météores (2005) aux éditions La Bartavelle, Les territoires de la nuit pourpre (2012), chez Do Bentzinger Editeur, A-Contre-jour (2013) chez Hervé Roth Editeur, Les fruits blets de ma solitude (2014) et Herbier d’errances (2016) aux éditions Flammes Vives. Dernièrement, elle a également publié Au-delà de la nuit (2016) aux éditions Les poètes français, ainsi que Tessons et miroirs aux éditions Vox Scriba (2017).

 

Membre de l’Union des poètes et Compagnie, elle est lauréate du prix de poésie Jean Rivet 2017 pour son recueil Lever l’ancre.

 

Alix Lerman Enriquez a également participé à plusieurs anthologies et recueils collectifs édités par la Société des poètes français et par l’association Flammes vives. Elle a par ailleurs collaboré aux revues Xero, Le Portulan bleu, Portique, La Revue alsacienne de littérature ainsi qu’à Poésie sur Seine. En outre, elle écrit des poèmes dans les revues poétiques en ligne : La Cause littéraire, Le Capital des mots, La toile de l’un, Infusion, Recours au Poème et Lichen

 

Enfin, elle est l’auteur de proses poétiques sur le site de l’éditeur Hervé Roth éditeur et nourrit son propre blog Perles de poésie à l’aide de petits billets d’humeur teintés d’humour et de rêverie.

 

 

Alix Lerman Enriquez - DR

Alix Lerman Enriquez - DR

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Gabriel Meunier 04/12/2017 07:30

Leurs feuilles mortes sont pareilles

à des mains de vieille femme racornie,

toutes recroquevillées

sur la solitude de leur paume gelée,

merveille de cette image ... si nous pouvions plus souvent (re)voir la beauté de tels instants, peut-être que le recours à bien des médicaments, alcools et autres lois ne serait plus tellement nécessaire ! Bien à vous

Béatrice HOREL 03/12/2017 20:40

C'est toujours empreint d'une tristesse inouïe, qui me touche

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents