Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - JOSÉ GARCIA OBRERO

Publié par Le Capital des Mots sur 9 Novembre 2017, 22:12pm

Catégories : #poèmes

 

PENUMBRA

Solo un punto de fuego, que lento se consume.

Ni más ni menos eso: calor de luz muy débil,

apenas perceptible si pasas distraído.

Así que aprieta el paso porque el miedo da alcance

y es un bosque que espera con brillo de mil ojos.

Párate. Sácate la angustia de las uñas como si fuera tierra.

Si te agarra, ¿qué importa? Es solo miedo, es solo miedo

y el miedo es blanco como sábanas que apagan las estrellas

(desmenúzalo luego en un tazón con leche que te sacie).

Cruza las calles; observa cómo irradian tu sombra las farolas;

explota con el índice ladridos suspendidos en el vaho

igual que pompas de jabón. Otros ruidos se alejen: zumbidos,

risas deshilachadas, borrachos que se enojan

y dicen ser la muerte, y siembran esa duda en las esquinas.

El lecho es ahora blando y el corazón, una medusa:

una sepia muy blanca, que se impulsa con pálpitos

e inflige quemaduras con su roce.

Se baña en sal y cae como pluma

mar abajo

donde el fuego es un ascua y la luz

el soplo.

 

PENOMBRE

 

 

Juste un point de feu qui lentement se consume,

Ni plus ni moins cela : chaleur de lumière très faible,

à peine perceptible si tu passes distrait.

Accélère donc le pas car la peur nous atteint

et c'est une forêt qui attend avec l'éclat de mille yeux.

Arrête. Sors l'angoisse de tes ongles comme si c'était de la terre.

Si elle t'attrape, qu'importe. C'est juste la peur, juste la peur

et la peur est blanche comme des draps qui éteignent les étoiles

(émiette-la ensuite dans un bol de lait qui te comble). 

Traverse les rues ; observe comment les lampadaires irradient ton ombre ;

explose avec ton index les aboiements suspendus dans la buée

tel des bulles de savon. Que d'autres bruits s'éloignent : bourdonnements,

rires effilochés, ivrognes qui se fâchent

et qui disent être la mort, et qui sèment ce doute dans les recoins.

Le lit est maintenant mou et le cœur, une méduse :

une seiche très blanche, qui s'anime en palpitant

et inflige des brûlures en te frôlant.

Il se baigne dans du sel et tombe comme une plume

dans la mer au loin

                                où le feu est une braise et la lumière

                                                                                               le souffle.

 

***

 

AÑO CERO

Horizontal.

En la mirada

nada de pie,

erguido.

Sombras vacías

en la planicie.

El sol directo

en los escombros.

Alguna hormiga

por las aceras.

Ralo paisaje

que se disuelve.

Rasas las ruinas

que se amontonan

sobre reptiles.

Es un paisaje

sin artefactos

y sin arbustos:

puro delirio.

Puro derribo

de los semáforos.

Hierbas que rompen

el pavimento.

Hierven los gatos

en los solares.

La polvareda

de un viento enfermo

cubre los troncos

que yacen lívidos.

Desde la altura,

solo los pájaros

nos ven cruzando

la tierra yerma.

 

ANNEE ZERO

 

Horizontal.

Dans le regard

rien debout,

dressé.

Ombres vides

sur la plaine.
Le soleil direct

sur les décombres.

Une fourmi

sur les trottoirs.

Paysage clairsemé

qui se dissout.

Les ruines rases

qui s'entassent

sur des reptiles.

C'est un paysage

sans artefacts

et sans arbustes :

pure délire.

Pure démolition

des feux tricolores.

Herbes qui brisent

le bitume.

Les chats bouillent

dans les terrains vagues.

La poussière

d'un vent malade

couvre les troncs

qui gisent livides.

D'en haut,

seul les oiseaux

nous voient traverser

la terre aride.

 

***

 

POESIA

El poeta-músico vociféró al auditorio

que la música era lo único vivo en la poesía,

y desapareció rompiendo una orquídea,

secando un lago, degollando a los bueyes

que araban el sembrado de las tierras cercanas.

Yo busqué desde entonces

su paisaje perdido;

lo encontré en un sendero

camuflado entre zarzas

tras la desierta selva guardada por las bestias.

Un camino de baches tan profundos

que las sienes redoblaban el pálpito de la idea.

Estaba ahí; un día apareció revelándose

despacio como el sonido de los bares al amanecer.

Era el papel de gelatina de plata que atrapa la luz:

una mujer, un amor, una fe: esta certeza.

Ahora la niebla no eleva hasta mi boca

sus sacos de algodón bloqueando la puerta;

navega suavemente sobre la tierra fresca

recorriendo el camino que se rompe y bifurca,

pero que ya no quiere dejar de ser paisaje.

 

 

 

POESIE

 

Le poète-musicien se mit à vociférer vers l'auditoire

que la musique était la seule vie dans la poésie,

et il disparut en brisant une orchidée,

en séchant un lac, en égorgeant les bœufs

qui labouraient les champs des terres voisines.

J'ai cherché depuis

son paysage perdu ;

je l'ai retrouvé dans un sentier

camouflé parmi les ronces

derrière la déserte jungle gardée par les bêtes.

Un chemin aux trous si profonds

que la palpitation de l'idée résonnait dans les tempes.

Il était là : un jour il apparut en se révélant

lentement comme le son des bars à l'aube.

C'était le papier de gélatine d'argent qui attrape la lumière :

une femme, un amour, une foi : cette certitude.

A présent le brouillard ne lève plus jusqu'à ma bouche

ses sacs de coton qui bloquent la porte ;

il navigue doucement sur la terre fraîche

et parcourt le chemin qui se rompt et bifurque ,

mais qui ne veut plus cesser d'être paysage.

 

***

 

 

BOSQUE

Un bosque se abre paso en la memoria;

el corazón, hermoso, acaricia raíces.

Acacias cimbreándose al paso de la sangre

anuncian vida nueva para sus ramas verdes.

Poco importa esta noche la destrucción afuera,

el paisaje que alterna la nieve con las llamas.

A veces se derriten los copos con el fuego,

a veces cesa el ruido de las crepitaciones

ante el rotundo golpe de su helada blancura.

Poco importa esta noche el abandono afuera:

crece un bosque en el pecho que se puebla

de pájaros. Emerge el archipiélago

del cuerpo boca arriba esperando otra fauna.

Mi jauría te acerca sus fauces con fiereza;

tus pequeños roedores salen de sus guaridas;

un río desbordado inunda las caderas.

 

 

 

FORET

 

Une forêt se fraye un passage dans la mémoire :

le cœur, beau, caresse des racines.

Des acacias qui se balancent au passage du sang

annoncent une vie nouvelle pour leurs branches vertes.

Peu importe cette nuit la destruction dehors,

le paysage qui alterne neige et flammes.

Parfois les flocons fondent avec le feu,

parfois le bruit des crépitations cesse

face au coup retentissant de leur blancheur gelée.
Peu importe cette nuit l'abandon dehors :

une forêt pousse dans la poitrine qui se peuple

d'oiseaux. Émerge l'archipel

du corps sur le dos en attente d'une autre faune.
Les gueules de ma meute s'approchent farouchement de toi;

tes petits rongeurs sortent de leurs tanières ;

une rivière déchaînée inonde les hanches.

 

Extraits de  « La piel es periferia », Ed. Visor, Madrid 2015

 

 

Traduction de Miguel Angel Real

 

 

 JOSÉ GARCIA OBRERO

Présentation par Miguel Angel Real

 

José García Obrero est né à Santa Coloma de Gramenet (Barcelone, Espagne) en 1973, mais il réside à Cordoue depuis 1997.

Il est l’auteur des recueils Un dios enfrente (La Garúa, 2013), finaliste du prix Ciudad Alcalá de Henares de Poésie en 2014; et Mi corazón no es alimento (Ediciones En Huida, 2014). En 2015, l’éditoriale Valparaíso a publié sa traduction de Mal, du poète catalan Jordi Valls.

Avec La piel es periferia (Visor, 2017) il a obtenu le Prix de Poésie Ciudad de Burgos en 2016.

Actuellement il fait partie de l’équipe de rédaction de la revue de poésie contemporaine Caravansari, consacrée aux différentes langues de la péninsule ibérique. Il collabore également avec le supplément culturel Cuadernos del Sur, du journal Diarío Córdoba.

 

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MIGUEL ANGEL REAL

 

Traducteur.

 

Il se présente :

Il poursuit des études de français à l’Université de Valladolid (Espagne), sa ville natale. Il travaille en 1992 à l’Agence France Presse à Paris. Agrégé d’espagnol, Inspecteur Pédagogique Régional dans l’Académie de Rennes en 2012, il enseigne au Lycée de Cornouaille à Quimper et intervient occasionnellement à l’Université de Bretagne Occidentale. Il se consacre aussi à la traduction de poèmes en collaboration avec Marceau Vasseur. Leurs traductions ont été publiées en 2008 par la revue Passage d’encres et en 2015 par le Festival de Cinéma de Douarnenez. En 2017 ils collaborent avec La Galla Ciencia (Espagne) et Le Capital des mots.

Il écrit également. En tant qu’auteur, certains de ses poèmes en français ont été publiés dans Le Capital des mots. Certains de ses poèmes en espagnol ont été publiés par les revues Letralia (Vénézuela), Fábula (Université de Logroño, Espagne), Marabunta ,El Humo et La Piraña (Mexique). Il a reçu le troisième prix du VII concours de Poésie "Atiniense" (Argentine) en 2016.

José García Obrero  - DR

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