Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - CHRISTOPHE ELOY

Publié par Le Capital des Mots sur 14 Novembre 2017, 18:04pm

Catégories : #poèmes

Au Zam Zam Cool Bar

 

 

Ruisseaux, fleuves, rivières,

deviennent Gange

au toucher du Gange.

Toukarem, Psaumes du pélerin,

psaume XXVIII

 

Au Zam Zam Cool Bar,

je t’attendrai en méditant

les affluents du Gange.

Viens vite m’y retrouver.

Quand tu descendras du taxi

on boira des lassi

au Zam Zam Cool Bar.

 

Plus voir que par tes yeux.

Je n’vais rien conserver.

Jeter par dessus bord

tout c’qui me faisait moi.

D’abord l’horreur m’a pris,

ensuite l’idée m’a plu.

 

Comme unique ambition,

être à ta dévotion,

devenir ton fervent,

tout accepter de toi.

D’abord l’horreur m’a pris,

ensuite l’idée m’a plu.

 

Loin de toi, je me sens

comme un poisson sans eau.

Peu importe le bois

pourvu qu’il y ait le feu.

Peu importe qui je suis,

le lait est toujours blanc

quand je me sacrifie.

 

Rien ne me restera

si je me sacrifie.

D’abord l’horreur m’a pris,

ensuite l’idée m’a plu.

 

Au Zam Zam Cool Bar

je t’attendrai en méditant

les affluents du Gange.

Viens vite m’y retrouver.

Quand tu descendras du taxi

on boira des lassi

au Zam Zam Cool Bar.

 

 

***

 

 

La dernière cigarette

 

 

Y a toutes ces cigarettes

qui se fument sans moi,

l’abruti que je suis,

c’est moi qui l’ai voulu.

Le bourreau de moi-même.

 

Au fond de l’horizon,

ce type qui surgit.

Bordel, mais qu’est-ce qu’il fout ?

Ce con s’en allume une !

Et juste à mon oreille

un briquet qui crépite !

Et juste sous mon nez

un souffle qui s’exhale !

Et cette fille qui me parle

et tient dans ses doigts fins

un léger bâton blanc !

 

L’abruti que je suis

Y a toutes ces cigarettes

qui se fument sans moi,

c’est moi qui l’ai voulu.

Le bourreau de moi-même.

 

Chaque heure est au couteau.

Chaque instant qui me reste,

il me faudra lorgner

à la bouche des autres.

J’avance sur des rasoirs

et mon corps sans elle

n’est plus qu’une solitude,

mon unique solitude.

Chaque seconde devient

un triomphe inutile.

Des jours à l’infini

sans aucune solution,

sans une négociation

sans une compromission.

 

 

L’abruti que je suis

Y a toutes ces cigarettes

qui se fument sans moi,

c’est moi qui l’ai voulu.

Le bourreau de moi-même.

 

La délivrance viendra,

un jour comme les autres.

Je vous supplie, j’exige :

glisser entre mes lèvres

mon amante éternelle

pour un dernier baiser.

Qu’ensemble nous puissions

passer sur l’autre rive

notre dernier soupir.

 

***

 

 

La jeune fille au portable

 

 

La jeune fille au portable

penchée sur son écran

avec ses hauts talons

et ses jambes croisées, nues

comme des lames de poignards,

et tout auréolée

de son indifférence,

elle ne m’adressera

jamais un regard,

un monde nous sépare.

 

Mais comme une évidence,

la jeune fille au portable,

elle semble toujours

avoir été là

sur un banc de métro,

Renoir aurait aimé

la peindre,

la jeune fille au portable

scène de genre de la vie urbaine.

 

Plus rien ne la distrait,

rien qui vaille la peine

de lever ses beaux yeux

vers un pauv’gars comme moi.

Je me sens tout petit !

Plus petit qu’un écran

de jeune fille au portable

sur lequel s’afficherait

mon corps nu et bronzé

et qu’elle contemplerait

très absorbée,

comme retirée du monde.

 

Et qu’elle contemplerait

très absorbée,

comme retirée du monde.

 

 

 

CHRISTOPHE ELOY

 

Il se présente :

 

 

Christophe Eloy. Né en 1956, longtemps Parisien convaincu, il s'est depuis quelques années, converti au sud. Il a été (dans une vie antérieure) informaticien, pour faire ensuite enseignant (de français). À une certaine époque, il a (re)trouvé le chemin de l'université pour y suivre des études de littérature. Il considère que la véritable unité de sa vie, il la trouve dans ces deux activités Lire-Écrire.

Depuis quelques temps, il a publié des recueils de poésie et de nouvelles. Trois au total.


Le désir en toutes lettres, 2013

Les trains que nous prenons, ceux qui partent sans nous, 2014

Dans cette vile, 2015

 

Son blog : http://elogedelamollesse.over-blog.com/

 

 

Christophe Eloy - DR

Christophe Eloy - DR

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Friedlander 15/11/2017 09:04

Bonjour,
La lecture de vos trois poèmes a été un plaisir, j'aime beaucoup votre style et ces répétitions.
pour "au Zam Zam cool bar" j'aurais bien aimé plus de descriptions sur l'inde mais ce n'était sans doute pas le but.

C. Eloy 16/11/2017 15:19

Merci pour votre commentaire. C'est vrai qu'il y a cette idée dans ma tête. Moins on en dit, plus on suggère.

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