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Raphaël Rouxeville - DR

Raphaël Rouxeville - DR

Vin herbé

 

Quand il a bu le vin herbé
C’est là que tout a commencé

 

Il a jeté les nerfs du masque
Ses cils sont tombés dans le lac
Ont pris racine à même la lune

 

Il a nagé sur le soleil

Il a dormi sous l’eau châtain

C’est là que tout a commencé

 

Il a laissé la langue des biches

Boire rose à ses yeux cernés

Quand il a bu le vin herbé

 

La peau des yeux s’est débâchée

 

Il a écarté la nasse aux poissons

Il s’est chauffé sous l’eau du ciel

 

Il a souri la lèvre en coin

A l’océan dans le lointain

Quand il a bu le vin herbé

 

C’est là que tout a commencé

 

Il a veillé dans le plexus une lumière
Folle, noire et bonne

Qu’il désenroule sans fin

Depuis qu’il a bu le vin herbé

 

Il a jeté

Il a nagé

Il a dormi

Il a laissé

Il a écarté

Il s’est chauffé

Il a souri

Il a veillé

 

C’est là que tout a commencé.

 

 

*

 

 

 

Haut pétrole

 

Sur la pointe des pieds, les bras tendus, du bout des doigts
Haut haut haut, je tends la lune aux nuages, j'en attrape parfois
Mon disque est un filet

Dedans les bonnes nuits, les nuages cavalcadent

Haut haut haut, dans le flux de la lune, j'aimante
Apaloosas, courbures
Tes reins qui dansent dans mes mains et des sourires d'enfants

Les nues m'envoient, les bonnes nuits, cheveux de paille ou bien de laine
Des doigts noirs et blancs qui recouvrent tes seins
Un globe si sauvage, tant de neige, d'Amazones
Haut haut haut, je pêche les étoiles

Mais les sombres nuits, dedans du bout des doigts
Oukazes en pluie, traités battant l’orage
J'attrape au vent ma colère, des armes, des couteaux

Haut haut haut, ma lune est un puits noir et je suis sanguinaire
Le globe est misérable, temples, banlieues, gares
Tes larmes sur les draps, comme il est trop humain


 

Alors tout au fond de ma lune, haut haut haut
Je bois, je bois, je bois, le pétrole de la nuit.


 

**


 

L’Ost

 

Ta quête dans l’encre des batailles
Même vaincu tête basse
S’en est presque effrayant
Ne se départit de l’Ost



Ta quête jamais dépouillée
Ni tout à fait de hampe
Ni de gonfanon
Du glaive ni du trophée

Dans l’encre des batailles, je te connais
Toi chevalier fou
Cinglant de ton glaive
Les pins
Guerroyant les pommes d’or
Comme si je t’avais fait

La cavalcade, ô ton inquiétude
S’écarte pourtant, tu le sais
De la sente montrée par le moine
Où se donne ce qui est là

Mais relever le gant, toujours
Il te faut
Porter la coupe aux lèvres
Indéfiniment
Anime ton coeur blessé

Et ton orgueil sans dieu
Aveugle
Qui veut l’amour d’un roi, je t’ai fait
Immense, sans mesure

Il te faut l’or, les louanges
La peau des Muses, je te sens

La taille, ô ton orgueil
De la biche sous ta caresse
Et l’assentiment intarissable
De ses yeux, je t’entends

Pourquoi te faut l’Ost tant et plus
Pourquoi chevaucher infiniment vainement
Tous les chemins de ligne

Comme un page blond garçonnet
Bercé par le parfum oublié
Chemise et long collier
De la dame noire qui
T’enveloppant un soir dans ses mains
Te couvrira enfin de baisers froids
Enfin sur son sein.

 

 RAPHAËL ROUXEVILLE

 

 

Il se présente :

 

Raphaël Rouxeville a étudié et enseigné la littérature. Il a plus particulièrement travaillé sur l'oeuvre de Rimbaud. Ses poèmes ont été publiés en revue par Le Capital des Mots, Terre à Ciel, et prochainement par Décharge et Lichen.

 

 

 

Tag(s) : #poèmes

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