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TROUVILLE EN HIVER

 

 

Les Voiles sous crachin surchauffent leurs Vapeurs

Le dandy sans loisirs rumine ses déboires

La mondaine en disgrâce exorcise ses peurs

Le serveur sous cape brocarde les pourboires

 

Traîne sa nostalgie la belle ridicule

Son écharpe l'étrangle son manteau l'étouffe

Les amours lointaines perdent leurs molécules

Son fantasque caniche ébroue sa grosse touffe

 

Trottine sur les quais vaillante centenaire

Brillent dans son regard des cristaux de jouvence

Secoue fourrure au loup l'indolent partenaire

Arrosent saphistes leur fraîche connivence

 

Mélusine à l'écart s'amuse du spectacle

Le scribe et sa muse décryptent leur grimoire

Le dernier estivant quitte son réceptacle

Trouville en hiver retrouve sa mémoire

 

 

Le marinier sans fret défrise ses bacantes

Rouillent les chalutiers sommeille l'estuaire

Rôdent les korrigans dans la cité vacante

Lutins et farfadets quittent leur sanctuaire

 

Savignac sur planches souffle ses particules

La coquette écrase son fou-rire sous robe

Mâtine mouette s’embrume au crépuscule

La magie s’estompe le dessin se dérobe

 

Marguerite Duras hante la promenade

Dissout grise écume ses pages soupirantes

Loin des Roches noires s’émiettent ses monades

Roulent ses mots-galets sous la vague mourante

 

La côte sauvage sous lanterne impalpable

Déroule sa légende ancestrale et précaire

Yggdrasil foudroyé sous roc inextirpable

Mimir décapité dans linceul de calcaire

 

La mer de main d’artiste affine ses sculptures

Creuse dans la pierre son fascinant discours

Tirailleurs sans stèle marins sans sépulture

Grondent dans l’abysse leur appel au secours

 

Les spectres paradent dans la brume marine

Les blockhaus explosés libèrent leurs fantômes

Trépassent cormorans gavés de muscarine

Démon désincarné disperse ses atomes

 

Le rivage au couchant dévoile ses dédales

Lézardes gauloises sur stigmates romaines

Cicatrices vikings sur brèches féodales

Empreintes fossiles d'énergies surhumaines

 

Le chêne souverain gardien des destinées

Préserve fleurs de gui de froidure létale

Le saule mignote colombe couronnée

La baie récupère sa virginité natale

 

Limpide cascade couve son territoire

Chante sa louange dans l'oreille du barde

Entre clams et clovisses ruisselle son histoire

Défilent ses génies sous tambour et guimbarde

 

Cascatelle tarie sous rayon de lumière

Profile sur paroi figure du messie

Désinvolte pécheresse exhibe sa trémière

Gratifie l'Apollon de sa fleur de cassie

 

Pleure Sainte Vierge dans chapelle d'ophite

Nerthus Terra Mater morte sur son autel

Perpétue l'ordalie griffure sur graphite

Disparaît bergère s'égare son cheptel

 

Regarde chouette rescapée d’un couvent

Le grand large engloutir son obscure aventure

Dresse sa crinière dans le sable et le vent

Le lion des fables dévoreur d’écritures

 

Frigg d'aiguille d'argent tricote ses stratus

La tempête ébranle l'antique citadelle

S'écroule dans la foudre le grand eucalyptus

Villa Montebello protège ses chandelles

 

Téméraire flâneur à mi-chemin se désiste

La galerne exalte son parfum baptismal

Le fauve immobile sous fracassants résiste

Lila crinière au vent cravache l'animal

 

Les Nornes sur puits d’Urd remaillent les destins

La falaise s’éboule blanche effraie l’abandonne

L’infernal Ratatosk saccage les festins

Nidhögg crache son feu sur maudite madone

 

Odin sur promontoire observe l'hécatombe

Les berzerks en furie les drakkars en naufrage

Nerthus la féconde choisit la mer pour tombe

Le trésor disparaît surnage son coffrage

 

Couve son mystère la crypte millénaire

Sur paroi s’imprime l’image d’Aphrodite

Le savant s’intrigue du message lunaire

Erato s’invite dans l’enceinte interdite

 

Entrelacs en chaîne déclinent leurs symboles

Triangles spirales nœuds tresses circulaires

Figures mouvantes sublimes paraboles

L'ivresse s'amplifie sous rayons spéculaires

 

Les lacis sur silex content les temps divins

La danse des nymphes les agapes florales

Le banquet des druides la ronde des devins

Les récoltes joyeuses les ardeurs pastorales

 

Taranis en fanfare surgit du fond des âges

Libelle à coups d'éclairs l'énigmatique augure

La bourrasque exauce son merveilleux présage

En jardin d'agates l'écueil se transfigure

 

S'élèvent crescendo carnyx et castagnettes

Taballos et Syrinx cornemuse et cymbales

Morgane s'enflamme sous nuée de guignettes

Libane à contre-sens chevauche sa bubale

 

Rosmerta déverse sa corne d'abondance

Morrigan propage la nitescence astrale

Sirona ranime son fanal en concordance

Epona préside ripaille et bacchanale

 

Dionysos agite en dansant sa bannière

Dana sous le charme desserre sa tenaille

Le roi fou gouverne l'ours brûle sa tanière

Les gueux s'étoffent d'or la reine s'encanaille

 

Le rhapsode en transe qu'allégresse ensorcelle

S'arrache en cadence mantelure et plumage

Quel mystère anime sa secrète étincelle

L'étoile polaire le réincarne en mage

 

S’abat grosse averse sur cirque des idoles

Revêche corneille délaisse sa couveuse

Sirène d’Andersen enfourche sa gondole

Marée basse envoûte l’imprudente rêveuse

 

Ici mère nature invente l’insondable

Ici naît le mythe dans la source profonde

Perpétue l’ondine son œuvre inoxydable

Nul génie créateur qu’Océanos ne fonde

 

 

 

MUSTAPHA SAHA

 

 

Sociologue, poète, artiste peintre


 


 

Mustapha Saha -  © Elisabeth et Mustapha Saha - DR

Mustapha Saha - © Elisabeth et Mustapha Saha - DR

Tag(s) : #poésie, #photos

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