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Ah tu danses ?
Oui je danse
je danse sur les trottoirs
comme une affamée
le coeur qui claque
contre les visages des passants
Mes veines s’accrochent au bruit des arbres
Je brûle le temps
oui je danse
comme une herbe folle
contre les paumes des passants
Je respire le vent
dans son audacieuse course
Je lui siffle ma peau
Contre sa chair
Je suis le vent, le temps, les passants
oui je danse
comme une odeur d’un parfum de larme
qui cherche sa vie
Dans les peaux usées
oui je danse
comme un soulier qui tape
dans la farandole de verres secoués
Je lève le ciel dans mon tourbillon
de terre inachevée
Je suis née en dansant sur le fil d’un éclair
Où le feu porte son baiser à sa racine toute entière
Ah tu danses ?
Oui je danse.

 

***

Sous la couche nocturne
        S’élèvent les coeurs d’abime
        Les verres s‘embrassent comme un vide étouffé
        Les chaises tanguent au rire du mal à l'âme
        Secousse de rêve suspendue au col déchiré
        Des visages de la couleur des naufragés
Sous la couche nocturne
        Les miroirs reprennent leur étreinte
        Comme un baiser de liane acide
        Le plancher devient la braise d'une danse qui peint ses ailes
        dévêtues
        Les bouches s’habillent dans la bouteille défendue
        Les corps se crient dans leur manteau de glace
Sous la couche nocturne
        Des êtres blessent l‘abandon du jour
        A la vomissure de leurs illusions
        Le refrain d’une vie désossée
        Transpercent le sommeil dans sa coquille de terre
        La folle lueur des pas perdus
        Rouille l’absence d’une rosée sans lune
Sous la couche nocturne
        Se caressent les heures écorchées
        Du parfum des oubliés.

 

***

 


CREDO


J’ai pris le vide pour une matière de lumière
J’ai pris les maux pour une pluie d’allégresse
J’ai pris les larmes pour une obscurité
J’ai pris l’aliénation pour une chaîne de liberté
J’ai pris le oui comme un visage égratigné
J’ai pris le coup d'enclume pour une caresse incontrôlée
J’ai pris la vomissure des mots pour une semence nourricière
J’ai pris l’orgasme comme une cicatrice de la chair
J’ai pris la décadence pour un commandement infaillible
J’ai pris le masque pour une véracité du langage
J’ai pris le nauséabonde du néant pour un Credo.

 

***


On cogne sur nos murs
Comme si on voulait se renaître
Où est cette foutue entrée
Pour se rejaillir sans s’effrayer
Où est la route qui permet de se choisir
Sans nous renverser
On veut casser
Déchirer notre vertige
Pour lui donner un écho
A nos fêlures de nos âmes écaillées
Au poison de ce temps qui ne nous habille plus
Dans les armes qu‘on avait si bien dessinées
On sème nos rêves comme des naufragés qui courent,
Après une étoile qui se perd
En abandonnant ses larmes à son dernier voyage
On couche nos vies
Comme si on voulait les froisser pour les perdre dans un autre miroir
Et leur cacher leur liane
On marche sur nos lunes
Comme si le jour pourrait se grandir plus vite
Et nous redonner un peu de notre argile
Nous promettre que nos coeurs reprendront leur tambour
Brouillonner l’hier pour lui donner un demain.

 

***

Au bistrot du marché


Il y a la femme qui picole à côté
Elle me plaît
Je ne la regarde pas, mais elle me plaît
Son corps est droit dans sa chaise, l’air absent mais elle est bien là
Elle a ses deux mains collées contre son verre, elle aspire le soleil
Elle boit des petites rincées, je sens ses bras qui tremblent
Elle n’attend rien, je ne sais pas
Elle me plaît, elle me plaît parce qu’elle fait danser le monde
         dans son silence,
         dans son élégance frêle d’une vie usée qui ne se dit plus
Son gosier est plein, je sens qu’elle va partir …
       et puis merde, elle s’en va !!
En quelques secondes tout l’espace qu’elle avait rempli est envahi par
       de gros mufles qui se mettent à parler fort,
       ils sont laids,
       ils sentent le soufre,
       ils parlent de rien,
       c’est blanc ce qu’ils disent .

 

****


Les larmes de ma nuit se sont serrées dans mon coeur
Je ne devenais plus qu’une bulle essuyée
En sens inverse crachée au vent
Je regardais mes mains pleines de la laideur de mes jours
Où j’avais assis le temps pour le défaire
J’avais rempli mon miroir avec les traits de mon ciment
Caché à la rosée de mon essence
J’étais cette montagne dépouillée à vif des éclats d’une pénombre.

 

***


Comme des gouttes au roseau de leur soif
Qui viennent prendre leurs larmes
A la foutaise de leur immensité
Comme toi chargé par les ombres
De la fibre du temps
Comme toi qui souffle l‘intérieur
Qui se tue
A vouloir te prendre à la caresse
Du levant de ta peau
Comme toi mon silence
Le fruit qui s’effeuille
Aux chairs de mes errances
Comme toi le feu de mon cristal
Qui se jouit à l’eau de ma vie
Comme toi qui m’habille de ton regard
A chercher mon embryon
Mon enclume de lumière
Le sabot de ma terre
Qui perce mon indélébile
Ma moisissure
Pour la poser à la souche de mon âme
Comme toi qui souris
A la danse de mon visage
Comme un frisson de douleur
Au reflet de mon poitrail.

 

****


J’écris , je ne sais plus
Il y a une porte qui s’ouvre
Je cherche des mots tout neufs
Des mots sans tache
Les autres sont trop déchirés
Trop appris , trop lavés

 


J’écris , je ne sais plus
Il y a une porte qui s’ouvre
Je cherche des mots roses
Des mots non vieillis
Pas bleus comme les souvenirs
Dans l’océan des oubliés
Pas des mots qui tanguent
Qu’on a envie de libérer
Comme une putain qui n’a plus envie


J’écris , je ne sais plus
Je cherche des mots qui n’ont pas l ‘odeur
D’un vent rouillé
Des mots qui s’érigent
Comme s' ils gommaient un instant
Pour redessiner la vie .

 

***



Corps qui se danse
A l’histoire des sons de son poitrail
Corps qui s’éprend de ses membres
Jusqu’à l’étourdissement de sa mémoire
Corps qui allume la source de sa recomposition
Pour devenir un souffle d'abandon
Corps qui se cherche dans son goût d'excitation
Comme les vagues en pleine renaissance
Corps qui se cambre comme la voile
D’un bateau qui repose sur le flan des eaux
Et qui se laisse frôler par la douceur incertaine
Pour mieux se crier dans sa confession.

 

 

 

 

 

 

 

ANNE B.

 

Je suis née le 10 octobre 1975 à Milan.J'avais des souliers trop grands alors je me suis mise pieds nus et j'ai commencé à écrire mon verglas , ma rosée sur les trottoirs de la vie .
Je suis une artisane des mots .
On ne cherche pas un port d'attache quand on écrit . L'écriture est tout sauf rassurante.
Plus on pose nos mots, plus on s'égratigne, plus on doute de soi, des autres.
 
Anne B. - DR

Anne B. - DR

Tag(s) : #poèmes

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