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Minuscule révolution

 

 

 

Ce soir non plus le monde n'aura pas changé.

 

Tournant dans ses failles.

Rayé de refrains mensongers.

Gorgé d'une rougeoyante injustice.

Cousu de barbelés.

 

 

16H41. Pourquoi attendre ce qu’offre l’impatience ?

 

Et si la seconde d'après devenait un point de bascule.

 

Je t’élance, je te suis.

 

Emmène-moi où partir va jusqu'à la mer.

 

 

 

Dis-moi encore en voyage ces mots comme une tendresse qui n'avait pas existé.

 

 

Sois ma femme de fuite, ma fugueuse entraînante, ma fileuse étoilée.

 

 

 

A l’arrivée, déverse ma fatigue où les vagues l'aspirent. Mes crampes où les cailloux se retirent.

 

 

 

Souffle-moi l'air de tes baisers insouciants.

Écris-moi des virgules dans les points de côté.

Donne-moi des bouffées de désert où la place a manqué à mes désordres.

Mélange tes doigts dans ma main.

L'autre fait son nid sur ta hanche pour la première heure du soir.

 

 

 

Le sable mouillé a le vocabulaire du silence. Et l’horizon, la persévérance des oiseaux.

Tourne avec moi.

Valse les deux temps du dedans du couchant.

 

Danse le sable émouvant.

 

Faisons voler au loin ce qui nous pèse.

Tourne, tournons, tourne encore. Nos espoirs sont dans la ronde.

 

 

Nos joies aimantent comme des lunes nos marées de délivrance.

 

 

Tourne en bonds. Sautille, pétille. Sens-tu comme vacillent nos angoisses?

 

 

Je vois sur ta nuque ce regard qu’a ta peau pour fixer mes pensées.

 

 

 

Tu as la main, je ne sais pas – « chaude » serait une température trop simple.

 

La liberté est une braise dans chaque phalange.

 

 

 

Dans un coquillage je pourrais écouter l’adieu de la mer aux tristesses inutiles.

 

 

 

Faisons le tri sur la plage. Brûlons d’insouciance ce qui ne compte pas assez.

Savourons ce qui manque. Trouvons des forces cachées dans nos creux.

 

 

 

Tourne. Notre minuscule révolution.

 

 

Fais tout le tour de nous-même. Jusqu’au tournis d’être mieux à deux que tout seul.

 

Nos tyrans intérieurs en perdent la tête.

Notre minuscule révolution.

Le monde ce soir ne l'a pas changée.

 

 

***

 

Refais-moi une fleur, l’ami

 

 

 

L’ami, tu lis maintenant mes dernières lignes de fuite.

 

Je t’écris ma dernière lettre. J’assume ma dernière dette.

 

Je me suis cassé la tige ou j’ai fané par accident ou je me suis desséché. Je me suis peut-être noyé dans le fond du vase. On se fout de quelle façon, j'y suis resté comme on le dit de ceux qui s'arrachent.

 

Refais-moi une fleur, l’ami, la dernière.

 

Refuse la mise en bière. Ça ne me dit rien, tu sais, faire la planche jusqu'à perpétuité sur la nappe phréatique.

 

Trouve-moi une mise en abyme, peu importe la forme, à toi de choisir.

 

Refuse la tombe. Je n'aime pas cette chute.

 

Refuse le caveau. Ça sonne comme un caniveau où personne ne ferait son nid.

 

Refuse l'incinération. Je resterai moi-même mon propre incendie.

 

Des cendres tu en auras, l’ami.

Brûle mes factures impayées, mes lettres d'excuses retournées à l'expéditeur, mes listes d'envies avortées, mes récits des cauchemars qui ne m'empêcheront plus de fermer l'œil, toutes les photos où je n'ai pas su sourire.

Ne conserve aucune image qui me ferme la gueule.

 

Garde mes poèmes ratés d'adolescent pressé de vivre, mes lettres d'amour que je pensais poster demain, mes missives à tête chercheuse contre les bourreaux ordinaires.

 

Déterre-moi des convenances mortuaires. Je ne serai pas l'engrais des chagrins fallacieux.

 

Je n’ai été qu'un autre fumier qui n'avait pas fini d'apprendre à aimer.

 

J’ai été le foin d'un bonheur en feu de paille.

 

Compose-moi un bouquet final de fusée de détresse.

Je reste un marin qui ne sait pas revenir du large.

Une voile gonflée de rêves.

Mes amarres n'auront été que mes amis, mon amour.

Mon ancrage c'est les rives de vos vies.

Et mes iles joyeuses, mes enfants.

Toujours au bord de vous-même, en dérive dans l'au-delà.

 

Pas besoin de messe. Seulement d'une promesse.

Restez le miel de vous-même.

Butinez encore ce monde qui remet souvent à plus tard les seuls printemps qui importent.

 

Ceux et celles qui voudraient peut-être se recueillir, je les remercie. Dis-leur d'aller un peu se perdre dans les forêts sans chemin, dans les champs en jachère, dans les brouillons de routes, dans les criques secrètes, dans les hameaux sans nom, dans les ruines sans visiteur, dans les caravanes de bédouins, dans les jeux d'enfants qui changent les mauvaises règles, sous les pluies diluviennes, dans les dessous d'arcs en ciel, au cœur des nuits étoilées, dans les mouvements des dunes, dans des fugues d'amoureux. Ils ont des chances de m'y cueillir. J'y reste un peu. Mon au-delà est là.

 

Merci l'ami.

 

 

***

 

 

Tout n’est pas perdu

 

 

 

Rien n’est encore gagné. Ca se répète dans toutes les longueurs d’ondes.

 

On a la nouvelle tous les matins, le monde le rappelle de bonne heure.

 

Tout se joue point par point, tout s’invente note à note.

 

Tout est suspendu, la chanson n’est pas fichue.

 

Il y a des meutes d’émeutes émiettées.

 

Tout n’est pas perdu.

 

Il y a des vagues contestataires dans ce torrent d’hiver.

 

Après les nuits solitaires, viennent les aurores solidaires.

 

La moindre victoire se tricote si tard le soir.

 

Les vieux de la guerre veillent encore à le faire savoir.

 

Les corps mutilés en témoignent dans les couloirs.

 

Tout n’est pas perdu.

 

 

Les noyés dans l’amer nous l’expriment dans leur faire-part.

 

La chair des charniers l’écrit sanglant dans nos mémoires.

 

C’est un peu foutu pour l’innocence, mais tout n’est pas perdu.

 

On tisse, on maille, on trame, tout est à dénouer.

 

On a les doigts tout troués de coutures qui s’égarent.

 

Tout n’est pas perdu.

 

 

On a au cœur les encoches des coups de pioches de cruauté.

 

L’espoir fond moins vite que les glaces ne s’effritent.

 

Même sur les chemins vaincus, l’horizon n’est pas si ténu.

 

Pas à pas, les points chauds brûlent de renouveau.

 

Point par point, nous répondrons aux déconvenues.

Tout n’est pas perdu.

 

 

Pas à pas, les points tendus visent à la tête les malentendus.

 

On cristallise les buées invalides.

 

On gueule au courage dans les parages du silence.

 

On consolide les chrysalides.

 

On embrase le large où s’accumulent nos absences.

 

Tout n’est pas perdu.

 

 

On défait les lits de nos nuits captives.

 

On trace des issues à nos sentiers d’errance.

 

On refait une vie à nos forces fugitives.

 

C’est un peu foutu pour l’innocence, mais l’espérance n’a pas perdu.

 

On laisse nos muscles tendus dans l’inconfort.

 

Tout n’est pas perdu.

 

On laisse nos regards percer le brouillard.

 

On laisse nos veines dans les courants forts.

 

On laisse nos langues répondre aux cauchemars.

 

C’est foutu pour les larmes qu’on n’a plus, mais la joie n’est pas perdue.

 

On va crever les abcès qui gangrènent dans les marches infectées.

 

Tout n’est pas perdu.

 

On sème nos rêves de graines alternatives.

 

On va cogner aux portes closes des lâchetés.

 

On boucle nos dégoûts avec le goût de l’insoumis.

 

On va scier les langues de bois et fendre les murs des censures.

 

On va butiner dans les caves nos butins gelés.

 

Tout n’est pas perdu.

 

On va jardiner les fils barbelés.

 

On va se rencontrer où personne ne s’en doutait et s’écouter où personne ne s’est croisé.

 

C’est foutu pour le temps qu’on n’a plus, mais l’espoir n’est pas perdu.

 

 

 NORE AVRIL

 

Tag(s) : #poèmes

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