Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - GABRIEL ZIMMERMANN

Publié par Le Capital des Mots sur 25 Avril 2017, 15:43pm

Catégories : #poèmes

Encore

 


 

Si le ciel s’affranchissait des nuages

Ou le désert de son sable, au dénuement

Je n’aurais rien à enseigner ; or c’est moi qui suis vide,

Cœur de gouffre et machine impatiente,

Invocateur de la vie rouge, élogieux pour les fous

Et injurieux pour les hommes qui tremblotent.

J’appelle à la fureur, aux fééries du feu,

Aux arcs-en-ciel multipliés, aux concerts sur la falaise

Mais le silence est leur réponse et me voilà

À quêter la braise humaine, en exhortant

Et clamant, poussant vers la mer ma barque,

Ordonnant clairvoyance à l’ivresse et ivresse à la clairvoyance,

Interpelant les chiens, les poissons, les montagnes ;

J’espère aussi que la poussière

S’indignera, que les enfants pleureront

Pour des tambours,

Que la foule entonnera un poème insurgé,

Je prie pour une pluie de lumière, un hymne

Scandé de rue en rue, de ville en ville, heureux et abrupt

Mais autour de moi, tout murmure et s’enfuit.

Qui me remplira ? Qui me donnera raison

Lorsque je hurle ? Au fond de quel regard

Se reflètera ma soif ? Qui dans un amour de vertige

Me parlera ? Qui lancera la symphonie des brèches

Et l’écume enflammée ?


 

***


 

Éclipse


 


 

Ces quelques mots

Avant la grande ombre


 

Oui elle passera

À peine plus qu’une marche en forêt

Elle sera ce que tu en dis

Puissante mais brève

Une zébrure

Un ondoiement du temps


 

Après

Nous retournerons à nos habitudes

À notre usage du jour

Après nous dînerons

Le pain les fruits sont frais

Mais je ne peux cacher

Tu la sens cette peur

Qui monte en moi

À l’instant où le soleil


 

S’absente


 


***


 

Stèle


 


 


 

Si la mort était un exil,

Il ne survivrait pas

En moi, son visage

Aurait le profil de l’oubli,

Sa voix s’entendrait moins qu’un soupir de fantôme,

Pour linceul l’absence

Le couvrirait comme une paix sans mémoire,

Il résiderait invisible

Mais il est ici, pas de voyage

Ni de présence qui s’efface

Immuable pour ceux qui le pleurent

Il a fait de moi son sillon

Et mes yeux le trouvent

Partout.

 

 

 GABRIEL ZIMMERMANN

 

Il se présente :


 

Né en 1979, Gabriel Zimmermann vit à Paris. Ses poèmes sont publiés dans plusieurs revues (Europe, Les hommes sans épaules, Inuits dans la jungle, Le capital des mots, Recours au poème, Traversées, Décharge, Lichen, Neiges, Nouveaux Délits, Poésie2001, Libelle). Son premier recueil, La soif et le sillon, est à paraître au printemps 2017 aux éditions Tarabuste. Il a aussi écrit un livre de nouvelles, Une dizaine de femmes, édité chez Édilivre. Enfin, il tient un blog, Ceci n’est pas un blog soporifique sur la littérature, qui contient des récits et des chroniques sur la société contemporaine.

Gabriel Zimmermann - DR

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Alix Lerman Enriquez 26/04/2017 07:47

C'est vraiment très beau.

Poétiquement vôtre

Gabriel Zimmermann 26/04/2017 12:20

Merci pour vos mots. C'est un "signe", un égard tel que le vôtre, aussi bref et pudique soit-il, qui renforce l'envie d'écrire de la poésie et de la partager...

Béatrice HOREL 25/04/2017 20:39

C'est une force d'acier que je sens en vous lisant...

Gabriel Zimmermann 26/04/2017 12:55

D'où viendrait cette force que vous mentionnez dans votre commentaire? Peut-être de ma soif d'observer la vie sous toutes ses formes (un chat lapant son lait, des enfants qui jouent aux billes, la fixation du lierre sur les pierres) et de la transcrire avec un langage qui, au-delà des peurs, des insuffisances et des béances qui nous criblent, dévoile l'ampleur exaltante du réel...

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