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SORTIR D’ICI


 

Je veux rester face à moi je veux quitter mon ombre. Je fais des gestes je suis vivant je gesticule, je prends tout des autres. Je donne aussi je crois que je donne aussi. J'espère ce que je peux, ce que je crois savoir. Je repars à zéro j'ai perdu mon passé, il m'obsède. Je n'ai pas d'armes je n'en désire aucune autre, j'ai les miennes. Elles m'obsèdent. Je n'ai pas d'obsessions je me possède je n'ai pas de volonté, j'ai l'habitude, je repars à zéro.
J'ai perdu l'habitude d'être moi cette nuit j'ai de la volonté j'ai des fragments de colère un peu partout éparpillés, et je sais pas quoi en faire. Je construis quelque chose, elle m'obsède et je me dirige. J'ai pas d'armée à ma botte j'ai pas de bottes j'ai les pieds trempés je manque d'esprit et les esprits me possèdent. J'ai peur de rien j'ai peur du vide. Je suis plein de vide et je déborde, je me démasque je manque de confiance, comme tout le monde, je cherche. Je crois pas avoir trouvé.
Je voudrais savoir comment on se repose.
La nuit je me fracasse le crâne contre des murs colorés je vois des morts et des émissions télé de quand j'étais petit je me vois savoir dire "je t'aime" élégamment et j'emmerde mon éducation. Je lui chie dessus, sereinement. Je suis pas sot maman je te jure, je suis trop sage, pourquoi tu m'as pas appris à frapper avant de mordre au cou? Moi j'ai pas de travail et je travaille tout le temps.
Je suis retourné je sais pas voir devant je me cogne je m'abîme et j'y retourne maman. Pourquoi tu m'as pas appris?
Je sais c'est à moi d'apprendre.
J'ai rien trouvé et je me racle encore contre les écorces. Je veux tout pénétrer je veux qu'on me pénètre, je veux te connaître mon amour. Je veux apprendre à t'épouser mais je veux pas habiter, je me possède et je suis seul.
Mon fils j'essaie d'être serein d'être malin et quand tu es curieux je ne suis plus seul. Je fais pas exprès de te parler c'est naturel. C'est presque naturel. Et j'ai pas de bottes, j'ai les pieds trempés. Papa je me suis trompé de père. Je me suis trompé de père et je t'ai aperçu. Je voulais te dire plein de choses je m'étais préparé.
J'attendais ça depuis longtemps tu sais? Les retrouvailles. Mais j'ai perdu l'habitude et je sais plus te parler. Je crois pas en Dieu mais Dieu n'existe pas. Ca me fait rire parce que j'en aurais peut-être besoin. Je me suis inventé d'autres cieux et des kilos de prophètes qui poussent des cris de joie des cris de vie, j'ai plusieurs vies mais je suis tout juste l'habitant de ma propre maison. Je suis le père de mon fils le frère de mon frère le maître de mon chat le frère de ma soeur l'amour de mon amour peut-être.
Je doute. Et je veux douter élégamment. On peut pas forcer l'élégance.
Je prends le jour pour la nuit, pour une autre nuit, je vis la nuit, j'ai deux lunes, j'ai les pieds trempés, et je me corrige. Je suis pas juste parce que je suis pas mort. Je voudrais être immobile juste un moment savoir me reposer, je me fracasse contre la honte. Je chie sur des murs colorés la culpabilité. Je veux être pénétré je suis un homme je suis une femme je veux pénétrer, je suis un petit garçon je suis un enfant sans sexe, je suis pas un ange, évidemment puisque ça n'existe pas. Je suis Dieu. Je suis Dieu parce qu'il existe pas.
Je lis pas ce que j'écris j'aime pas.
J'écris pas ce que je veux.
J'écris peut-être, mon corps je rebondis.
Je m'arrêterai pas, je travaille tout le temps.
Et je ne sauve jamais personne.
Je fous rien de mes journées je m'abîme et j'ai pas de travail.
Mais j'ai plus de tête, j'erre parce que je trouve de l'élan que dans les choses que je découvre.
Je me suis pendu dans une impasse à 17 ans, pourquoi on allait pas se baigner ensemble? Je vais y retourner demain, et je vais m'asseoir. Je veux m'apercevoir je veux me voir contempler les fantômes, ceux qui étaient sortis du mur blanc. J'ai personne à ma botte je vais m'emmener, tendrement. J'ai pas de maître.
Je crois que c'est ça être seul.
Je l'ai décidé je me commande et la nuit je transpire je vois des morts et je cours et je me poursuis.
Les peupliers et le vent m'obsèdent quand je vois plus rien. L'amour ça veut rien dire, ça me dit rien. Ca me dit rien et pourtant je t'aime, je m'abîme à me contredire j'ai les pieds trempés je me trompe jamais je me raconte des histoires je me mens pas, je me raconte des histoires c'est joli, je plonge, je suis une petite fille comme les autres. Je crois au prince charmant je suis une princesse je suis un roi, je me déguise quand je veux je me déguise en eux, je m'exhibe et je m'enterre. Je me montre qui je suis.
Je suis nu et j'attends qu'on m'applaudisse.
J'attends plus rien des autres, je suis pas seul je veux pas être serein. Je veux pas viser cette cible fantôme. Je me retourne pas j'ai peur de rien je cours je tombe je me relève je crois que j'aurais besoin de quelque chose que je connais pas "Assume maintenant il y a rien d'autre à foutre qu'assumer" j'ai pas besoin d'aide je déborde juste je me salis je me nettoie. Rien d'autre que le plaisir, se faire belle comme on peut et se faire miroiter des jolis lendemains.
Je parle que pour moi que de moi et j'écris pas, tout ça devrait rester dans mes tiroirs,
Tout ça devrait rester dans mes tiroirs mais je me découvre un peu, j'oublie pas la lune j'oublie pas de l'admirer j'oublie pas que c'est une chance de l'avoir la nuit au-dessus de nos têtes. J'ai peur de rien. Tout me transperce. J'erre immobile et je me poursuis je rebondis et je me fracasse le crâne contre des rochers fumant en caressant de la glace. Je suis bien, je voudrais être bien. Sincèrement. Je voudrais qu'on s'aime longtemps, paisiblement, je veux qu'on se connaisse. Je voudrais être un homme je voudrais être une femme je voudrais sortir d'ici.

 

 

 

****

 

 

« Je ne me retourne jamais »

José Poilu, allongé sur son lit, regarde une photo de lui. Une photo de lui quand il était plus petit.

Il y a un quart d'heure José avait amorcé un tri, il comptait trier ses papiers. Je me rappelle, il était sûr de ce qu'il allait faire. José Poilu était décidé à ne pas se laisser avoir cette fois-ci. « ce ne sont que des feuilles, du papier, je vais trier, sélectionner, déchirer, et jeter», « je ne peux pas laisser les feuilles mortes se décomposer et pourrir ici plus longtemps » José était décidé. Et quand José décide quelque chose il est vraiment décidé et très souvent après quelques minutes, il se désobéit.

« C'est navrant et délicieux ».

José Poilu allongé sur son lit regarde une photo de lui, une photo de lui plus petit.

Et le José plus petit regarde José Poilu. José moins petit sait très bien que l'enfant ne le voit pas. José moins petit n'est pas débile, il sait pertinemment qu'une photo est une photo et il sait bien que l'enfant de la photo n'existe pas. Il n'y a pas d'enfant dans la photo, José Poilu n'est pas une buse.

Pourtant l'enfant le regarde. L'enfant le regarde et l'enfant l'écoute. Alors José Poilu lui parle et l'enfant écoute.

« Tu penses à quoi ? »,

« …»

« C'est quoi tes rêves ? »

« ... »

« Tu as des rêves ? »

« ... »

«Et qu'est-ce que tu penses de moi ? »

« ... »

« Je te fais peur ? J'ai besoin que tu me dises »

« ... »

« Tu ne me connais pas tu me reconnais un peu ? »

« ... »

« Moi je te connais peu ,

je voudrais tout savoir de toi, tout réapprendre »

« Je voudrais vivre le temps qui nous sépare »

« Je voudrais savoir,

je voudrais qu'on se retrouve

et je ne changerai presque rien c'est promis,

je pense que je pourrais t'aider un peu, j'ai grandi,

je t'ai écrit une lettre hier matin, j'aimerais que tu la lises

et j'aimerais que tu répondes

j'ai besoin d'avoir de tes nouvelles

je voudrais savoir que tu es bien je voudrais savoir à quel rythme bat ton cœur

je voudrais qu'on respire à nouveau ensemble

je voudrais te comprendre un peu

je voudrais saisir ce qui nous sépare, la distance entre nous ce n'est pas que du temps

Je me rapproche, je le sens, laisse-moi m'approcher, je n'ai pas le choix je viens.

Je suis dans ta direction »

José Poilu allongé sur son lit regarde la photo, il se regarde plus petit dans la photo de lui plus petit, il se parle, et l'enfant l'écoute :

« Je crois que tu n'as pas de rêves,

tu ne sais pas rêver

tu es un enfant sage

tu es bon à l'école

parce que tu n'as rien d'autre

tu n'as pas de rêves

et les gens t'apprennent ce qu'ils veulent

pour que tu sois ce qu'ils veulent que tu sois

un enfant sage

un enfant sage et apeuré

un adulte »

José Poilu allongé sur son lit regarde la photo de lui. Il regarde la photo de lui quand il était plus petit. José moins petit n'est pas débile, il sait qu'une photo est une photo et il sait bien que l'enfant de la photo n'existe pas. Il n'y a pas d'enfant dans la photo, José Poilu n'est pas une buse.

« Si, j'avais un rêve, je voulais mourir, j'avais ce rêve

je rêvais de mourir alors j'avais un rêve,

c'était un rêve, et mieux que ça,

c'était un désir ».

José se souvient. L'enfant lui a dit. L'enfant n'éxiste pas mais José l'écoute. Ils se rappelent.

C'était dans cette tête là que José plus petit s'était aperçu qu'il ne parviendrait pas à mourir par lui-même, José, enfant, plaquait son coussin-doudou sur son visage. Il voulait mourir dedans. Il voulait mourir chez lui, dans son doudou trempé de larmes, il voulait mourir au chaud. Il voulait s'étouffer, il voulait se noyer, il rêvait, il désirait mourir ici.

Mais le coussin-doudou ne voulait pas le tuer. « On ne peut pas compter sur les doudous.

Ces animaux n'ont aucune volonté ».

José ne voulait pas mourir autrement. José voulait mourir chez lui, il voulait mourir dans toute sa vie. José désirait mourir dans l'odeur de ses nuits dans l'odeur de ses jours, dans l'odeur de ses colères de ses larmes de ses fièvres et de ses maladies, il voulait mourir dans le son de ses confidences, dans le silence empli de ses cris.

José avait un rêve, José avait un désir : il voulait mourir en lui.

José a essayé, il a réessayé, José ne faisait pas semblant, il voulait mourir, c'était un désir. Il ne faisait pas semblant il était absolument certain de parvenir à sa fin. Et puis non. La fois d'après il était bien plus sûr d'y arriver, il était plus déterminé que jamais, le désir devenait plus fort, le rêve plus accessible. Mais non, José a survécu.

L'instinct de survie est un super-héros qui n'a aucune compassion.

 

 

 

© Fabien Drouet

© Fabien Drouet

FABIEN DROUET

 

 

Il se présente :

 

Il paraît que Faire c’est prendre le risque de se tromper

Quand je ne Fais pas je meurs à petit feu
à feu doux
à feu silencieux...

un Matin je me souviens bien de Ce matin

quelque chose en moi a pris une Décision

très sincèrement je n'y suis pour rien…

J'ai décidé de me tromper

Je ne me mens pas je me raconte des histoires

Poésie Nouvelles Musique

Auto-portrait  © Fabien Drouet - DR

Auto-portrait © Fabien Drouet - DR

Tag(s) : #dessins, #poèmes, #texte, #nouvelles

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